Il n'existe pas a priori une science objective de la réalité ; des réalités, oui, on peut parvenir à une saisie contrôlée de ceci ou cela. Masi il n'existe pas non plus une vision épistémologique de la connaissance ; pas au sens où cette épistémologie remplacerait l'unité absente qui creuse la philosophie (et si la philo est vraie, qui creuse l'être de l'homme).


On ne peut pas dissoudre l'intention qui nous anime dans un contrôle en amont ; pas plus qu'en aval ; ni l'origine, ni la finalité dernière ne peuvent être pensées mais seulement dites, exprimées autant qu'on le peut (ce qui demande une historicité et de comprendre cette historicité au fur et à mesure). On peut éventuellement contrôler ici et là le trajet du fleuve, mais ce sera « en cours de route ».  De sorte que ce contrôle fera lui-même partie du trajet, de l'intention, et qu'en définitive celle-ci reste seule maitre à bord. Sauf qu'elle ne sait pas où elle va ni ce qu'elle prononce, énonce, exprime. Qu'elle doit ainsi tirer de son chapeau » cela, qu'elle dit ».


De où cela s'origine-t-il ? Et comment cette origine ne saurait être qu'unique et constante, et hors de tout relativisme, ne signifie pas que l'on s'en réfère à une vérité (toute universelle), mais à une subjectivité capable de l'universel ... ce qui est tout différent d'une subjectivité d'une part, livrée à elle-même, (y compris en instance intersubjective, ce qui est raisonnable, mais est aussi la porte ouverte à tout), et différent d'un universel qui existerait hors et sans le sujet ... ce qui est impensable.


Impensable à moins de descendre d'un niveau ; cad de fabriquer une science de/sur la philo ; ce qui est tout à fait acceptable et bien intéressant, ça n'est pas le problème, mais ce qui manque de fondement ... Et par fondement il ne faut entendre que l'on désire un fondement qui s'imposerait hors la décision des sujets ; mais un fondement qui justement impose que les sujets décident (cad qu'ils sont condamnés à être libres, en gros).


Ce qui est remarquable, c'est que finalement la démocratie qui n'a aucun contenu privilégié a priori, est la forme de l'organisation qui pose le libre partout où il est judicieux. En ce sens la démocratie st une non société et c'est pour cela qu'elle est toutes les sociétés. Soit ; le passage de la communauté (de n'importe quelle type mais intégrée), à la forme (absolument abstraite, mais de par le fait, effectivement réelle). Nous sommes devenus, glissés dans la forme pure et simple ; la forme pure du sujet cartésien, de la moralité kantienne, de l'Etat hégélien, de l'existentiel sartrien, etc.


Toutes mises en forme qui affectent considérablement notre être, notre personnalité, notre statut, nos rôles, notre vécu, dans sa matière même, dans sa perception qui atteint elle aussi un art pur et simple, et dans sa proximité au monde même, là.

Dans la mesure où nous sommes des êtres de signes, utiliser les signes, change, modifie, approfondit notre être ; il serait selon notre être réel d'écouter de la musique classique constamment, mais nous peinons au-delà d'une certaine capacité d'attention : ainsi nous avons inventé une musique qui puisse nous accompagner quotidiennement. Il faut bien marquer l'ampleur du phénomène ; c'est une musique qui joue le corps, qui suit pas à pas le corps lui-même ; comportement compris. Où l'on voit que dans ce monde-là, le signe est redevenu symbolique ; il représente quelque chose pour quelqu'un ; il ne représente pas les signes pour les signes ; et ne libère donc pas le sujet de son être déjà là. Puisque seuls les signes valant en eux-mêmes permettent au sujet de délivrer l'espace au-devant de soi comme n'appartenant à aucune intentionnalité particulière.

Or le moi n'existe jamais sans un tel particularisme de l'intentionnalité. Il peut bien se perdre dans la multiplicité des choix, mais ce sont déjà des choix choisis ; on ne s'adresse pas au monde n'importe comment, à n'importe qui, n'importe où, en n'importe quel sens. La vérité est que tout est intensément codé ; même si il existe de plus d'immenses zones incodables-selon le langage ; entre les groupes, au-dedans des interrelations, des relations entre chacun.

Une quantité considérable de réalités humaines ne participe pas même du langage ; le langage est uniquement utilisé ici et là dans telle ou telle opportunité afin d'ouvrir ou de clore une action, une activité, une mise en organisation d'un donné. Le langage est pris dans des ensembles ; disons ; de comportements qui, eux, existent dans les choses, entre les objets, entre les rôles, entre les identités. Il existe un outil des ensembles comportementaux eux-mêmes complets. Complets parce que les comportements sont nécessairement organisés tels que déjà inscrits dans un monde ; dans un monde on n'y est pas hasardeusement ; parce qu'un « monde », c'est déjà déterminé ; que toute apparition dans le monde est préinscrite par ce monde lui-même. Et cet outil c'est le moi comme fonction ; ce qui en l'empêche pas d'être soi, mais qui déplace singulièrement le centre de cette personnalisation.

De sorte que l'on peut dire ; tout est réalisé. Le langage est entièrement ce qu'il doit être ; les comportements se répondent et correspondent exactement aux objets, signes, lignes et séries humaines. L'ensemble tend irrémédiablement à se refermer. Et il est de la nature même du moi d'étouffer.

Sauf lorsque cet ensemble d'ensemble est parcouru, secoué par le seul signe. Cad lorsque s'introduit dans l'ensemble, un jeu pur et simple qui ne programme son développement dans aucun monde. Les mathématiques sont par exemple un tel jeu.


Ce que Wittgenstein appelle le mystique me semble être la réalité du monde ; que le monde soit, cela lui est éberluant. Il s'aperçoit d'autant qu'il en est extrêmement doué, que la logique, cad l'essence du pensable, ne peut pas être comprise elle-même dans une autre expression ; il faudrait un métalangage ; on ne peut pas penser la pensée, sauf à la résoudre d’autre chose ; l’esprit absolu par ex ; (ce qui il est vrai ne dit rien … cad « rien », mais par contre dit énormément de réalités au-dedans ; une fois l’esprit absolu accepté).

Or si le monde existe, en même temps tous les mots sont ce qui nous dit le monde ; ce qui est aussi éberluant que le fait qu’un monde soit effectivement réel. Ainsi le langage est aussi étrange que le monde (et ses Choses non dites), mais cette fois le langage nous l’utilisons ; si les choses ne nous sont pas immédiates (il faut les dire), les mots nous sont proches ; bien qu’infiniment étrangers ; puisqu’ils parlent d’un monde sans expliciter quoi que ce soit ; il y a une an-intentionnalité profonde de Wittgenstein qu’il dénote dans tout (ce qui est, monde comme langage).

C’est du rejet de l’intentionnalité « métaphysico-ontologique-transcendantale » que tout apparait comme « là » ; parce que la métaphysique (qui voulait obtenir un discours-objet qui contienne tout), s’est révélée être une intentionnalité et n’existe ce discours, ces savoirs, que par et pour une intentionnalité.

Wittgenstein ayant bien compris qu'il n'existait pas de langage du langage, cad de savoir – objectif. Par quoi il entend condamner toute philosophie ; il n’existe pas de savoir absolu hégélien, et les transcendantaux kantiens et bien, ils sont « là » …. comme n’importe quel objet ou chose du monde, opaques ; ils permettent de comprendre, mais on ne peut pas les comprendre (on ne voit pas, conçoit pas le fondement de leurs principes).

Ayant compris cela, et ne désirant pas s’engager dans le constructivisme métaphysique (qui est à mon sens la seule non pas porte de sortie ; mais la seule source de vérité possible), ne se permettant pas de jouer de l’intentionnalité comme construction du vrai (par quoi le vrai est découvert/inventé) et ne réservant le statut de vérité qu’en tant qu’objective scientifiquement (par quoi il pousse comme des tas d’autres, à éliminer la philosophie elle-même ; du reste il le dit nommément ; il faut toujours entendre ce qu’un type intelligent raconte de ce qu’il fait ; en général c’est vrai. De même que Nietzsche, et il le dit, veut dynamiter la philo …),

 il lui reste à Wittgenstein non pas de tirer une vérité de son analyse du langage (ordinaire), mais à « faire voir » au travers de difficiles mais quand même bien intéressante déconstruction ou para construction des propositions du langage de telle sorte que au travers de ces modifications on commence de percevoir, de se rendre compte non  pas comme le langage ment, mais comme parfaitement vrai, il ne recouvre pas encore tout ; il s’agit donc de montrer ; mais montrer le langage dans d’autres états (de faits, cad peut-être parfois d’autres états de faits vrais… ). L’indicible est ainsi pris dans cette ambition, assez extraordinaire, de faire-dire au langage pourtant commun, (puisque l’on n’a pas accès au sur-langage ontologique).

Ainsi il ne déroge pas du tout à ses principes (le langage est vrai, là tel quel, il fait-voir et il n’y a que lui), mais en même temps il ruse ; il utilise ce langage pour le décaler sur la surface du monde. Et au travers des décalages il fait voir ou l’espère le mystique, le non dicible, le fait du monde.

 

 

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