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instants philosophie

Après Descartes : le souffle

17 Octobre 2013, 10:08am

Publié par pascal doyelle

Qu’il y ait eu une déflagration dont nous ne nous sommes pas remis, une équation dont on a pourtant commencé de la résoudre, et qu’elle prenne pour base l’effet cartésien.

Il est notoirement avéré que la preuve cartésienne n’en est pas une ; or pourtant elle n’a cessé de jouer avec nous puisque l’être que dé-couvre, le rocher sous les vagues de flux et reflux divers et variés, prend toutes les apparences d’un réel : l’os de notre être.

Un être réel, dont la structure a commencé d’être inventoriée ou décryptée par la pseudo preuve cartésienne ; mais il savait ce qu’il faisait puisqu’il nous dresse l’idée d’un dieu singulier et singulièrement étrange et plus qu’incompréhensible ou dont l’incompréhensibilité est égale à notre étrangeté, l’étrangeté de notre être, dès lors abasourdi dans un monde dont l’étendue est absurde.

Sommes-nous les passants transformés en mécaniques automates dont on ne sait plus s’ils sont humains ? Ou encore : notre cervelle nous rêve-t-elle ?

L’impossibilité de définir ce réel, notre être singulier, se verra remplie diversement par quantité de résolutions, plus ou moins farfelues ou sérieuses. Mais du fait de son inscription définitive (il n’y eut qu’un seul Descartes même si beaucoup voulurent marquer l’historicité du même sceau, c’est une frappe qui ne peut pas se reproduire) elle a engendré une distance considérable ; la pensée devient la pensabilité. Ce qui signifie que certes on peut penser métaphysiquement mais le ressort métaphysique (dieu comme théologie de l’être suréminent ou l’être comme ontologique générale pensée en une fois, idéalement) est cassé ; le centre s’est métamorphosé. Descartes remplace le ressort ancien par l’os, dénudé ; celui qui joue de nous.

Se déchainera ensuite d’une part la recherche d’une pensée adéquate, un surcroit de pensabilités diverses, une pensée de ou sur le monde, articulée plus ou moins aux sciences, à l’esthétique, à la politique, économie ou autres (voir Badiou), ou d’autre part en un approfondissement de cet être étrange qui est Autre et roc réel dans l’étendue du monde.

Si l’on recherche le sujet impossible, soit disant, il en existe d’innombrables… Prétendre que le sujet est absent ou introuvable ou illusoire, c’est ne pas ouvrir les yeux ; l’historicité depuis Descartes en est remplie, ils forment le plus excellent de notre devenir réflexif, et juger qu’ils n’aboutissent à rien, c’est le plus souvent rêver encore d’une vérité bâtie sur l’ancien étalonnage métaphysique, alors qu’il y a belle lurette que la philosophie même est passée à tout autre chose.

Evidemment il y eut Kant ou Hegel ; mais Kant relativise la pensée (et selon un dispositif structurel et formel) et Hegel la démultiplie dans l’histoire, ce qui signifie selon l’irruption continuelle de la négativité. Dans les deux cas la pensabilité qui multiplie les aperçus et les possibilités de la pensée remplace celle-ci ; pensée qui se tenait pour unique et sans concurrence,( lors même de ses divergences en interne).

Comme le sujet délivré ne parvient pas à sortir du sujet cartésien (ce qui veut dire ; de l’ontos, de son être « là », que décrit ou commence de décrire Descartes, il initie ; il ne répond pas à tout évidemment et tente de penser ce qui ne peut pas être pensé, et bien qu’il comprenne parfaitement l’échappée de cet être, sa sortie hors de l’admissible ; le dieu singulier), le sujet vadrouille en tous sens ; il explore littéralement et le monde et son être propre. Il invente et veut à toute force se redéfinir ou s’écrire tel ou tel. Certes il ne peut plus penser comme anciennement et bien qu’il le regrette ; au point de réinstaller les mêmes erreurs sur lesquelles la dite pensée ancienne elle-même ne se méprenait pas, puisqu’elle s’en garantissait de maintenir serrée la rationalité, la cohérence du penser, tandis que nos modernes tout férus d’eux-mêmes et négligeant le penser cohérent, tombent à pieds joints dans de telles facilités.

On n’est pas loin dans tous ces devenirs de sujets cartésiens (qui n’en possèdent que le nom, mais en actualisent la forme qui est un roc réel d’innombrables vagues), de réemploie d’une certaine magie ou de la nostalgie d’une parole partagée (celle que le langage conserve évidemment dans son cercle, de fait) ou d’un morigénage intérieure de la philosophie, pensée qui se déteste elle-même, ou encore de croire résoudre la quadrature en soumettant la philosophie à un autre qu’elle-même ( ce qui est impossible).

Sauf qu’ici et là l’approfondissement du sujet bat son plein, augmente constamment son potentiel ; de même que s’inventorie en quantité les sciences, les causalismes ; ceux-ci défilant sous les yeux du sujet abstrait de la science, celui qui s’absente volontairement.

Autrement dit les deux développements s’avèrent quasiment tels des explorations en cohérence de ce qui existe pour et par un sujet ; absenté ou présent à soi. Ce qui démontre au moins la capacité indéfinie du dit sujet.

Il ne faut pas retenir seulement la lettre de ce qui est dit, par Stirner, Nietzsche, Heidegger, mais non plus uniquement le sens explicitement exhibé ; il faut en retenir la trame, le schéma interne ; il faut voir que Nietzsche répète l’ouverture cartésienne, et impose l’affirmative, l’affirmative conscience de ce « soi » aberrant, sans raison puisqu’antérieur à la pensée, libéré, encore une fois, et purement inhumain, ahumain, né de et par et pour le monde délirant mais non pas déliré (Nietzsche est intégralement de cohérence). De même que Heidegger ou Sartre décrivent le premier le sol, la surface étendue cartésienne mais métamorphosée et emplie d’un soulèvement intérieur (soit l’inverse d’une surface étendue ; Heidegger détestait Descartes, l'onto-théologie subjective) et le second la plus restrictive et basique structure de cet être, la liberté sartrienne en est la lumière la plus froide et dure.

L’étendue est quand même une des perspectives qui inquiète la pensée métaphysique ancienne ; Leibniz et Spinoza ont fort à faire de réduire cette étendue sans nom, cette évidence qu’il y a un monde et qu’il est étendu et que ce monde et cette étendue existent. Qu’ils valent en et par eux-mêmes (puisqu’entrant définitivement dans le discours, la représentation, l’idée, qui n’est plus une notion, plus une idée métaphysique). On comprend Spinoza et Leibniz comme classiques, mais ça n’a plus rien de classique, que de comprendre le monde comme étant dieu ou le dieu comme étant un tel monstrueux Objet absolu spinoziste. Ou de penser calculer les possibles en un dieu de raisons suffisantes, d’énormiser la pensée comme pénétrant intégralement le moindre détail existant. C’est une inflation.

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