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instants philosophie

L'Oeuvre selon Nietzsche

24 Octobre 2013, 19:25pm

Publié par pascal doyelle

Toute œuvre est supérieure en tout point ou en son essence à tout langage ; c'est autre chose qu'un Dire énoncé, et la réflexion qui prélude ou surgit ensuite, est prise-dans l'œuvre ; Rimbaud échappe en tous sens (sens des mots et sens perception et sens de la vie , du reste il a abîmé sa vie littéralement, puisque de toute manière il était déjà dehors, dans le Grand Dehors). C'est pour cela que Nietzsche a élu l'œuvre comme accomplissement non pas sans réflexion ou réflexion post ou antérieure mais aussi en tant que les réflexions sont contenues en l'œuvre (et donc supérieure à la philosophie ou à la vérité)
Et plutôt que de dire que l'on ne peut pas dire ceci ou cela (par la négative) et que l’œuvre s’en charge, il faut accentuer l'inverse ; on peut manifester la vérité en tant qu’œuvre, et réellement en un "Objet" absolu : c'est un acte qui prouve que (ce qu'il prouve est encore toujours en marche, en cours, en devenir et n’est stoppé par aucun énoncé).
Pour cela Nietzsche décentre la "pensée", la finalité n'est plus de comprendre (c'est un arrêt du devenir et l'art montre le devenir), mais ça n'est pas non plus de ne plus comprendre ; il veut montrer que l'art est une compréhension-qui-est ; il ne faiblit pas sur « il y a de la vérité », au contraire ; il dit "elle Est". Certes on ne peut peut-être pas se satisfaire entièrement de cela ... mais il exprime vraiment une possibilité exacte et réelle (qu'il y en ait d’autres est une autre question) que l'on n'avait pas vu, pas dite, pas rendue en conscience.


L’œuvre renvoie à celui qui l’engendre : elle montre jusqu’à quel degré il est possible d’investir l’être non en le surplombant (aucun surplomb ne tient « ce qui est » au même degré que l’objet absolu), mais en l’acquiesçant, de sorte que si l’œuvre est un enracinement d’elle-même, elle connait l’être du dedans au mieux ou tout au moins est saisie de la logique, de l’ontos lui-même.
Notre être est donc de ne pas demeurer extérieur à l’être (extériorité que cautionne toute moralité ou toute réflexion abstraite).
Mais aussi le devenir-œuvre est la réflexivité elle-même. Comme il est absolue réflexivité de « ce qui est » à « ce qui est » par l’entremise d’un « soi », ce qui compte est le devenir même de cet être en tant qu’il peut admettre (le plus et le plus loin ou le plus dense) et susceptible de porter « ce qui est ». Dont rien d’autre ne rend compte.
Pour cela, peu à peu, Nietzsche qui percevait ce mouvement silencieux (qui ne se parle pas ou dont le parlé est intégré au silence) comme devenant Œuvre, se rend compte qu’il est lui-même cette Œuvre ; que ce qu’il travaille comme objet, et se transmet (sans se dire), il le devient comme saisie en et par cela même qui est ; il devient le devenir même, l’activité de devenir.

Autant admettre que cela ne cède à aucune facilité, ni n’est satisfaction ou bonheur (au sens de se lover en ce qui est). Et pour cela il faut inventer une nouvelle expression de l’activité pure, ce degré d’être qui outrepasse dans la mesure où l’on n’est plus « qui l’on est » mais une force, une puissance qui s’accomplit.

Etant philosophe, Nietzsche ne parle pas en son nom propre ; il est, Nietzsche, le principe qui se montre. Il concerne tout chacun (mais non "tout un chacun" dans sa perception forcenée) qui s’engendre parce qu’il engendre. En cette extrême objectivité. Qui engendre en tant que puissance ; qui manifeste le potentiel (qui n’appartient à rien ni à personne). Il montre donc l’activité en tant qu’universelle ou plutôt en tant que Règle (la règle est ce qui « est plus grand que l’universel »).

De même Descartes est devenu pour tous la Règle même.

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