Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
instants philosophie

La philosophie comme activisme

27 Octobre 2013, 11:41am

Publié par pascal doyelle

La difficulté de la philosophie tient en ceci ; lorsque l’on pense ce qui est, on se modifie soi-même ou plutôt on modifie son être.


Le quelqu’un de base
Habituellement on fait défiler les choix, les objets, les autres, etc, au devant de soi ; on en juge, désire, envisage à partir d’un être qui est « moi-même » et offre une stabilité. Aucune pensée ne vient relativiser cet être « moi-même » (du reste est-il atteignable vrai une prononciation seconde ?). Il est ce à partir de quoi on existe, se vit, rassemblant plus ou moins ce qui arrive, pivot ininterrogé.
A partir du moment où l’on veut penser philosophiquement, cet être « là » est annulé, et cesse ; on ne sera plus que ce à partir de quoi, de qui on « a » conscience. Ce dont on a conscience doit devenir ce que l’on est, sans que se présuppose un être réel. Il est une sorte de tourbillon, d’égarement à ne plus se garantir d’un pivot stable et ininterrogé, simplement là, ce corps, cette identité, cette personne, mais d’admettre que ce sera la pensée énoncée qui fera retour et viendra exister en tant que « nous ». Littéralement ça n’a pas de sens ; on incrimine la philosophie, de croire bâtir notre être de ce qui est énoncé, étant entendu, et c’est absolument compréhensible, que normalement quelqu’un pense et que la pensée, l’énoncé n’est pas « quelqu’un » mais n’est qu’idées appartenant à quelqu’un.
Le quelqu’un est la base spontanée ou déjà là, et ensuite il y a des idées qui parlent de choses, d’objets, de décisions (de quelqu’un pour ceci ou cela), mais non pas que l’on soit « une pensée », qui comparativement parait être en mesure de vadrouiller en tous sens, sans rime ni raison, au hasard ou ne se justifiant pas d’une personne.


La totalité comme impératif interne
Il ne s’agit pas tant de penser tout ce qui est ; ceci est une conséquence, qui peut paraitre absurde ou prétentieuse, une conséquence qui résulte de la nécessité de faire le tour de la pensée, étant entendu que l’on va « être » la conscience que l’on « a », et non plus avoir des idées à partir d’un quelqu’un qui est déjà, et que donc toute l’énonciation se veut intègre et intégrale ; elle occupe tout le champs de ce qui est possiblement. Si l’on est l’idée que l’on a, il apparait nettement qu’il est préférable de posséder entièrement cette idée, de la parcourir complètement et non à moitié ou au quart. Si l’on devient l’idée que l’on a, alors que l’on n’est plus soi-même quelque « un », cette idée doit couvrir le maximum de pensées et se posséder intégralement ; elle est nécessairement la pensée de tout (de tout ce que l’on va avoir à être, de tout ce que l’on vit, de tout ce que l’on perçoit, de tout ce qui est et même de tout ce qui n’est pas, de ce qui pourrait ou est antérieurement à tout existant réel simplement possible abstraitement).
On fait face à ce vide formel que rien ne précède et qui ne se définit a priori par rien, et n’existe que de s’énoncer. Ce qu’il va être repose sur son énonciation.
Il ne faut pas se centrer sur les définitions qui viennent immédiatement à l’esprit ; l’homme comme animal raisonnable, le sujet idéaliste, la raison comme corpus tout constitué, etc. ce sont des acquisitions secondes à partir d’un être vide mais formel qui produit son être ; son être est constitué finalement de par soi en tant qu’il s’énonce et donc refuse d’être un « déjà-là » qu’il ne maîtriserait pas.


La supposée aliénation ou illusion
On peut facilement objecter que cette production d’une idée de « soi » (de ce soi formel) est elle-même un jeu de dupe et qui va valider ou justifier des conditions d’existence ; l’idéalisme serait une idéologie, ou la théologie, etc. mais cette dénonciation occupe elle-même l’identique position qui consiste à reprendre en main l’énonciation ; c’est à partir du vide formel que l’on se révolte contre les justifications idéalistes ou autres, on repart ou tente de repartir de zéro en présupposant que les conditions économiques ou les habitus sociologiques ou les aliénations seront levées. De fait la philosophie est depuis le début le soulèvement contre le donné accepté tel quel ; la dénonciation des conditions est tout autant le même cadre formel qui pousse à ne pas accepter ce qui est tel que cela est sous prétexte que c’est existant.


L’abstraction supposée
Parce que si l’on commence d’être à partir de ce que l’on énonce et non pas de ce que l’on est déjà, de qui l’on est, il est clair que tout étant, tout existant, chose ou être, est pris dans le mouvement et doivent être eux-mêmes remis et n’être accéder que par l’énoncé. C’est aussi ce que l’on a pu au fond reprocher à la philosophie ; de reconstruire abstraitement à partir d’un énoncé « qui n’existe pas » (et l’on peut affirmer que dieu, les mathématiques, l’idée, la liberté, le sujet, etc, n’existent pas, selon son orientation).


Le rond-point étourdissant
Mais la reconstruction que veut opérer la philosophie ne peut pas être séparée de son « entité » ; que l’on commence d’exister à partir du cadre formel qui se tient en cohérence. On remarquera que dieu, les maths ou la liberté ne sont pas admis tels quels philosophiquement ; la liberté par exemple n’est pas un faire n’importe quoi, n’importe comment ; dieu est explicitement réintégré en un autre processus que de seule foi et croyance.
La philosophie est seulement de porter réflexivement ce qui peut être de telle sorte que tout donné soit d’abord assujetti à l’énoncé ; de même que la politique se développe en veillant à ses propres intérêts et non plus en se soumettant à une royauté naturelle ou divine, une théocratie, une tradition quelconque (puisque chacun en politique doit assumer sa liberté, politique, en sa logique, d’assurer son pouvoir sur soi contre tout autre pouvoir). Ou l’éthique ou l’esthétique qui impose l’œuvre comme synthèse explicite du visible et valant chaque fois en et par soi, en chaque œuvre.
Mais de plus la philosophie tente d’isoler le mécanisme qui produit qu’il y ait une forme vide fondée sur son énonciation d’une part mais aussi sur ce que cela signifie, comporte, assigne dans le tout de ce qui est ; qu’est-ce que d’exister réflexivement (qui existe en divers domaines bien que la philosophie ait pensé un temps d’accaparer le réflexif, puisqu’il s’agissait de son objet propre et qu’elle a surgi afin de théoriser ce qui arrivait en l’humain).

Commenter cet article