Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
instants philosophie

Le début de la philosophie

20 Octobre 2013, 09:14am

Publié par pascal doyelle

Les grecs inventent la philosophie. Elle naît dans la considération que l’universalisation augmente notre être. L’universalisation existe dans le langage, mais les grecs systématisent (ils systématisent considérablement en toutes sortes de domaines du reste). Ils tirent du langage l’universalisation et imposent que l’on sache ce que l’on dit ; inventent la possibilité d’un système cohérent.

Or la cohérence du système ne tient pas tant au système qu’à la nécessité de répertorier tout élément énoncé, par d’autres du même acabit ; de sorte qu’aucun élément ne sorte de la saisie pleine et transparente. Comprendre c’est systématiser non pour systématiser mais afin d’éclaircir intégralement ce que l’on pense.

Afin que notre conscience soit égale à ce qui est pensé, qu’elle n’en soit pas débordée, et qu’elle ne se conditionne pas elle-même en fonction d’immédiatetés, de vécus, de préjugés, d’a priori invalides, etc. Il est question de vivre pleinement en conscience la plus intégrale possible ; puisque le système parfait est un idéal non une réalité parfaitement réalisée. Si la pensée est l’horizon uniment et unanime, il est un donné « là », la matérialité, qui exhibe les différences de toutes sortes, différences desquelles on tire les idées (les séries de différences), mais il est impossible de penser les différences elles-mêmes ; (matérialité) différences, séries, idées, idée des idées ; la matière est indistincte, les séparations de différences viennent manifester la matière qui sinon n’apparait pas. Et les différences se manifestent vraiment d’être conduites en idées, et les idées se révèlent essentiellement en et par l’idée des idées.

Ce système doit élaborer les idées des choses et des êtres, et les idées se nouer entre elles afin de s’expliciter. Mais essentiellement il s’agit d’abord de comprendre ce que c’est que penser et de quelle manière on peut tirer les idées des choses et quelles idées ; on ne va pas nécessairement élaborer l’idée du mouton ou de la poterie en soi.

Les idées que présente la philosophie sont en grande partie inventées par et pour la philosophie ; puisque dans tous les cas il est question de sauvegarder ou de proposer clairement ce en quoi cela consiste de penser, et pourquoi c’est un bienfait ; en ce qu’elle augmente notre être. La politique devient un problème, l’éthique ou l’esthétique, le beau ou le désir et le corps, etc ; en tout il faut dégager la configuration de mots qui produiront qu’en chaque occurrence, que ce que l’on conservera et élaborera sera le bien, le vrai, le beau, etc, en raison de l’ouverture incessante que cela provoque en une conscience ; en une conscience il y a non seulement tout ce qui s’y trouve, le vécu, les perceptions, désirs, langage, etc, mais aussi la pensée en tant que par la tenue de la pensée (par elle-même, en ceci qu’elle sait dés lors ce qu’elle veut ; se préserver à tout le moins, se créer, se déployer) notre vécu, notre être là donné, devient plus grand que lui-même.

On invente donc des séries d’idées qui permettent cette accélération de la pensée, étant entendu qu’elle augmente notre conscience et que cette accélération et amplification permet de choisir ou de produire en son individualité limitée, un plus grand que soi. Le fait des grecs est la pensée comme Penser ; comme activité valant en soi et par soi, et quasiment une vie ne vaut que si elle a su s’agrandir, s’élever à ce niveau.

Les éthiques diverses et variées aboutissent à réguler notre vécu afin de se prédisposer à une telle augmentation. En aucun cas il n’est question de se soumettre à une règle extérieure mais de bien s’apercevoir que cette règle est cela seul qui peut soulever notre être limité, jusqu’à non pas du tout l’illimité, mais jusqu’à la plénitude, cad le système cohérent qui nous tient d’égal à égal avec nous même, avec les autres et avec le monde. Non pas tant que tout soit à sa place, mais que l’on perçoive la mise en place ; qu’en plus on respecte l’ordonnance est second, non pas secondaire mais second, et est un effet ; si l’on a été à ce point augmenté par le systématique, on a toutes les raisons de le respecter.

La pensée, en tant que Penser, est donc l’horizon lui-même ; il n’est pas, comme par la suite, un second horizon sur lequel on pourrait rapporter la pensée (dieu, le libre, l’individu infini, etc, ou pour les contemporains, la matière même, les sciences, ou l’idéologie, etc). L’horizon de la pensée est ce qui installe la possibilité de s’augmenter considérablement et ce qui installe le monde et les choses et les êtres.

Etant engagé dans le procédé de comprendre ce que l’on dit, on doit donc comprendre les choses et les êtres, mais aussi inventer les idées qui correspondent à cette possibilité, et enfin définir ce que c’est que penser et pourquoi et comment il se fait qu’il y ait un être qui pense. Mais il est quelque difficulté à connaitre la raison de l’existence de la pensée, puisque l’on ne peut pas dériver la pensée d’un autre ; à moins de la réduire et donc d’imposer dans l’horizon du penser un autre réel dont on puisse la déduire.

Puisque cela, la pensée, vient d’être découverte, on en est tout étourdi. On extrapole ce qui permet de penser afin de bien le saisir et de ne pas l’oublier en cours de route, et essentiellement afin de marquer la route qui s’ouvre au fur et à mesure du développement de la pensée ; d’autant que penser c’est extraire les séries de différences du monde (formant les idées) mais aussi ramener ce système au monde tel que donné ; il faut que cela soit praticable et que cela agisse dans le monde ; que cela montre le sens de retour du monde à la pensée mais aussi de la pensée vers le monde. Parce que ce qui est voulu systématiquement ça n’est pas de former une cohérence imaginaire ou indépendante du monde, du vécu, des choses, des idées réelles.

Il est un retour qui doit être adéquat ; ça n’est pas seulement de former système intellectuellement, mais c’est « ce qui est » qui doit s’y retrouver ; il est une bascule qui engage notre être entier à devenir cohérent ; la perception, le désir, le corps, les choses dans leurs différences doivent parvenir à une représentation adéquate.

La pensée est donc non seulement la pensée du donné « là » qui s’éclaire, mais la capacité d’existence accomplie. Elle est réellement réflexive au sens où le vécu, le perçu, le désirer, la parole entre les êtres, l’esthétique, etc, sont portés à la représentation systématique, ce qui signifie « sur-vécus », pour ainsi dire. Il n’est pas pour les grecs une distinction entre la pensée et ce dont il est de la pensée ou plutôt si elle existe, (ils n’étaient pas idiots), ils tiennent bon sur la coïncidence absolue : or l’universalisation fonctionne réellement ; on perçoit plus de penser.

La divergence avec les sophistes, tient en ce que pour les seconds la pensée ne change pas celui qui l’utilise. Il n’est pas de conversion interne. Le propre de la philosophie est d’admettre qu’il y ait conversion ; autrement dit que l’on puise changer de régime et passer d’une conscience limitée (à elle-même, ses désirs habituels ou communs, donnée là, immédiate) à une conscience devenante qui puisse réinstaller son être en fonction de ce qui précisément augmente son être mais de plus nous tient d’égal à égal (et non plus dans la soumission au langage, commun, corps, etc) et enfin d’opérer en intelligence, en compréhension, en conscience la composition de notre être.

Il est clair par ailleurs que si notre être est la pensée (et il est de pensée, sauf qu’en plus de la pensée grecque, par la suite et pour nous, il est encore autre chose et en plus, sans que au fond cet en-plus contredise la pensée ), alors le conflit ou la décision ou le projet ou l’ordonnance des choses et des êtres ou le rapport à soi, etc, ne passent plus par le commun, l’habituel, le rituel, ou la non réflexion (qui laisse une altérité décider pour nous, ce qui ne signifie pas qu’elle soit erronée, mais même vraie on ne la comprend pas en raison) mais par une construction exposée. Que cela même est l’élévation hors de la violence et hors de la tradition ou autoritarisme et hors du laisser faire parce que déjà existant.

La vérité ou donc la pensée se soulève de prétendre qu’il y a de la vérité qui précède les états donnés « là » enkystés ou prégnants et qui ne sont pas vrais parce qu’ils sont existant, mais qu’il existe une compréhension plus grande, toujours, que n’importe quelle situation.

Commenter cet article