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instants philosophie

Le devenir conscience (vide et formelle)

11 Octobre 2013, 11:53am

Publié par pascal doyelle

Il nous est donc pris d’un énervement invraisemblable ; ça s’est mis à réfléchir.
Ce qui ne signifie pas raisonner ; toutes les cultures et les peuples raisonnent et organisent leurs pensées.
Mais il y eut une accentuation fondamentale, dramatique, terrifiante. Ce que la philosophie identifie comme l’idée soudaine de l’Etre. Ce qu’il ne faut entendre comme expliquant le mouvement général qui s’empare de l’humain ; mais comme la compréhension que l’on peut obtenir de ce mouvement si , comme la philosophie, on destine une théorie à saisir « ce qui arrive à l’humain » de manière bien plus générale. Autrement dit l’idée de l’Etre est la représentation de ce mouvement, (qui a voulu également en réclamer l’invention, enthousiasmée par son déploiement).


Est manifesté, représenté donc un devenir réel qui autrement aurait eu des effets mais ne se serait pas représenté ; de fait puisque ce devenir réel est la réflexivité il était impératif ou contenu dans sa structure même qu’il se représente ; c’eut été un comble que le réflexif ne se réfléchisse pas, et cette réflexion sur le réflexif s’est nommée « philosophie » et son développement « raison » et son principe « vérité ».


Tout cela augmente d’un cran toute humanisation ; mais non pas en répudiant ce qui l’a précédé (bien que dans l’engouement et l’imposition de cette nouveauté ça s’est effectué ainsi). La vérité remplace les vérités, ou le flux commun du langage-groupe-monde, non comme contenu mais comme principe ; quel que soit le contenu (et il peut et ils seront divers et variés, le principe vérité engage qu’il peut exister quantités de vérités, démultipliant l’humanisation, de fait) il faut qu’il soit vrai.
Et par vrai il faut comprendre qu’il soit cohérent certes, mais qu’il soit actuellement cohérent. Il faut qu’il soit constatable, éprouvé, visualisable, identifiable ; là maintenant. Il ne peut rien supposer qui dépasse l’expérience et si il est difficile à Dire (si tous ses éléments ne sont pas transmissibles en tant que prononcés, définis, strictement), peut se communiquer l’expérience que l’on en a, puisque chacun peut par ex éprouver le cogito, même si le cogito ne rentre pas intégralement dans son énoncé (ce qui est son but et sa fonction ; de ne pas rentrer dans la vérité, puisqu’il est le libre pur, qui comme tel, s’appartient à soi, définition même minimale du libre ; le se-sachant).


Par là on voit que l’idée de l’Etre n’est pas seulement une idée qui doit à elle-même être parfaitement transparente et cohérente, elle est un rapport, un certain rapport, pour le dire, d’exigence ; que cela soit ici et maintenant réel. On ne renvoie pas le langage en ce qu’il donne, sa synthèse (qu’effectue n’importe quel mot), mais on décortique le mot. Ce qui donc est une intervention dans le langage qui va retravailler le langage (et ce en dehors de tout groupe, on quitte le langage commun et ses significations, pour définir chaque fois ce que l’on entend par ceci ou cela).
Il est clair que l’idée de l’Etre, même si elle parvient à élaborer ce que l’on peut comprendre par là, est aussi une expérience du, sur, par, selon et hors du donné « là ».
De même le dieu qui se retourne vers nous, soit le christ, est un rapport indéfiniment réel qui revient et allume la réalité tout différemment de ce qui fut antérieurement ; il permet que remonte du donné, du monde, du vécu, de tout ce que chaque conscience porte, la structure purement réelle qui attire hors de tout en réinstallant le tout autrement ; bref il libère. Littéralement.


La structure est ce qui jette un froid. Elle est essentiellement non humaine, sur humaine, inhumaine, tout ce que l’on voudra. Elle creuse soudainement que dans n’importe quel monde, n’importe quel vécu, il est une distance insurmontable et dorénavant immanquable qui intervient.
Bien entendu il est par en-dessous encore quantités de synthèses immédiates qui s continuent. Ça forme des royaumes imaginaires, qui tentent de récupérer synthétiquement ce qui existe ou a commencé d’exister de sa propre division poursuivie. On peut très bien croire au christ sans comprendre distinctement, on peut extrapoler la raison en la soumettant à une unification imaginaire, on peut exister selon l’Etat en le magnifiant, etc. Et de même le moi est une telle synthèse imaginée, supposée, alors que le moi est un bricolage et n’a d’unité réelle que sa conscience-de, son sujet, lequel n’est rien, ce rien formel indifférent et autre.


La réflexivité contient de fait et de soi la pensée ou ce que l’on a nommé tel ; elle ne contient rien, mais soumet ce qui est « là » à sa règle. On voit qu’elle n’a pas seulement produit l’universalité philosophique grecque, mais aussi le devenir conscience chrétien, et toute l’acculturation généralisée des siècles ; la philosophie fait-voir ce qui a agi, et du même coup accélère cela même ; de la dire, de la représenter de fait augmente le potentiel de ce qui est potentiel, de ce qui est puissance.
Ça n’est pas, ça ne sera jamais une extériorité que de penser ou réfléchir « ce qui réfléchit », de renvoyer qui renvoie à ; le réflexif montre que toute humanisation était, fut, sera construction. Que vérité et liberté sont les principes, et sont le vrai lui-même, que le vrai est structurel et non pas un contenu (toujours quelconque par rapport aux principes, les principes sont eux-mêmes « ce qui est vécu », et puis ensuite secondement les contenus transformés, les re-prises du donné, de l’acquis, de qui l’on est-déjà, etc). Autrement dit vérité et liberté sont la vérité elle-même et notre-être tel quel. Ils ne sont pas les principes faisant valoir quelque chose d’autre, sorte de propédeutique, ou de cadre formaliste, mais sont le devenir lui-même.
Toute humanisation est donc relevée, reprise, toute culture ou tout peuple, par et dans la volonté surdimensionnée de la réflexivité ; mais toute humanisation et aussi toute personnalisation hait, déteste, abomine le réflexif ; en ce que l’on désire se pourvoir synthétiquement de notre être, alors qu’il ne possède aucune unité réelle sinon des contenus bricolés. C’est en cela que la vérité-liberté est bien plus certaine que n’importe quel contenu.

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