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instants philosophie

Nietzsche, Wittgenstein, etc

19 Octobre 2013, 13:22pm

Publié par pascal doyelle

Que l’on puise clore le devenir de la structure de conscience peut sembler une bonne idée ; on s’imagine par là se dorloter, mais outre la plaisanterie on imagine qu’il serait alors possible, ayant statué sur son être, de passer à autre chose ; si par exemple la conscience a pour résultat le concept, le savoir absolu, voila on est content.


En vérité pas tant que cela ; puisque la conscience est un Réel, et est indérivable ; il est clair que le concept pas plus que n’importe quoi d’autre ne peut la satisfaire.
C’est qu’elle n’est pas là pour être satisfaite, heureuse ou on ne sait quoi du même genre. Elle est agissement pur et simple et n’est que cela.


Nietzsche ne s’y trompe pas ; il ne définit pas notre-être comme force pour seulement contrevenir à l’idée, Platon, etc. il définit notre être comme force en tant que source ininterrompue. Qu’elle se retourne contre elle-même et négativise, ou qu’elle s’approuve et se poursuive elle-même, elle existe de fait telle quelle, pur mouvement engendrant (selon le moins ou le plus de force). Il assigne son être à ce devenir-être qui se justifie de lui-même. Pour cela il est à la suite de la première conscience cartésienne, la conscience première affirmative absolument de ce qu’elle « est » tout simplement là effectivement réelle en sa complexité indissoluble. Ça n’a pas de sens parce qu’elle est le sens.


Nietzsche est littéralement l’opération logique la plus exacte et vraie qui puisse être ; il condamne et voue aux orties la raison et tout cela, mais c’est que dans la révolté qui l’anime il doit absolument réduire la pensée à la raison et ne peut pas percevoir que ce qu’il nomme la raison était déjà non pas limitativement la raison, mais la réflexivité et la réflexivité sur la réflexivité ; la conscience prise et prenante de la réflexivité qui incendiait l’humanisation. Il ne voit pas que l’opprobre qu’il lance s’origine dans la même hyper cohérence qu’il dénonce (à juste raison pour une part) en la philosophie ; par Nietzsche la philosophie sait enfin qu’elle n’est pas seulement le rationnel plat et étal, et par Nietzsche elle sait aussi que le rationnel plat et étal est une vue caricaturale et non compréhensive de ce qu’est vraiment la philosophie ; jamais une philosophie ne fut plate et étale, elle est déjà tout entière réflexive non évidente (si elle était évidente elle ne réfléchirait pas, ça tombe sous le sens).


Que l’on ne parle pas donc d’antiphilosophie ou de ces moyens dérisoires par lesquels nos téméraires penseurs tentent de ruiner cela même qui les origine… Il faudrait encore choisir entre les bons philosophes et les mauvais, que l’on se trouve dans un camp ou dans l’autre : ce qui est profondément absurde. C’est ne pas être en mesure de se placer au niveau de son objet, c’est le réduire- le caricaturer- et se croire par ailleurs superbement intelligent, bien plus que Platon ou Descartes, ce qui est quand même le comble. Ni Wittgenstein ou Lacan ou Nietzsche ou Kierkegaard, etc (il en est des dizaines à vrai dire, y compris parmi les grecs) ne sortent de la philosophie en tant que réflexivité et manifestation hyper cohérente de « ce qui est », c’est seulement qu’on appliquerait alors une limitative pensée de cette cohérence ; n’égalant pas tout ce qui eut lieu.
Il est évident que la philosophie comme réflexivité (et pensée de la réflexivité qui arrive partout en l’humanisation) supporte très largement toutes les révoltes qui se puissent imaginer ; elle est la révolté pure et simple. Elle est « ce qui ne veut plus se laisser faire, par les groupes, les langages ou les mondes mais non plus par l’immédiat ou le vécu ».

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