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instants philosophie

Pensée grecque et pensée chrétienne

15 Octobre 2013, 11:11am

Publié par pascal doyelle

La philosophie comme vérité se divise donc en deux architectures de principe ; d’une part l’ontologie qui tente de définir l’être comme idée générale, et d’autre part la théologie comme tentation en un être suréminent, dieu, qui n’est pas pensable comme idée générale, mais qui permet de faire-retour sur la réalité du monde.

Remarquons que le dieu cause de soi, est apparemment récent ; dieu est d’abord et surtout une essence absolue, une substance (à vrai dire la seule substance, cause de tout qui ne dépend pas elle-même d’un autre, qui n’a pas sa raison d’être en un autre, ce qui ne signifie pas qu’il soit cause de lui-même. Puisqu’en ce cas, cause de lui-même il serait distinct de lui-même, et en cela relatif ; à lui-même certes mais introduirait de la division dans la substance unique. La pensée abordant la substance serait désarçonnée d’essayer de penser un être cause de lui-même, distinct de lui-même.

Il faut en somme l’effrayant Descartes pour contenir essentiellement (cad non comme accessoirement dans la théorie mais comme formulant la logique même de la théorie) qu’Il est la cause distincte de lui-même.

Antérieurement à cela, la pensée grecque ou chrétienne se fonde sur La Cause qui est seule pensable comme substance : soit substance universelle, soit substance unique. La différence est le coefficient de pénétration du Un dans « ce qui est » ; la pénétration grecque est horizontale ; elle rassemble les différences en idées et laisse difficilement pensable la matérialité des choses et des êtres. La pénétration verticale de dieu comme substance a créé la matière et avance jusqu’à l’exister « là » de la matière ; autrement dit l’exister là, tout point instant qui est (sous nos yeux) existe par la cause de dieu ; dieu est cause de tout et maintient tout ce qui est jusqu’au plus infime. Il cause l’exister même tel que là.

Evidemment en tout cela le régime d’explication des choses et des êtres, est la pensée ; l’idée grecque ou la notion chrétienne ; et non pas ce que nous entendons par causes depuis la science. La notion de la chose est sa raison d’être et donc les mots épuisent tout ce qui est pensable et compréhensible dans la chose. A revers, la science ne se fonde pas sur le mot, mais sur la mesure et l’équivalence d’une mesure par rapport à une autre, d’une cause mesurée à un effet mesuré, si il existe un décalage de mesure, il doit être expliqué en tant que mesuré lui-même (et donc équivalent).

Grecs

Si le régime d’explication est la pensée, la pensabilité curieusement c’est la pensée qui va s’extrapoler elle-même comme explication de la réalité ; autrement dit il ne suffit pas de penser les réalités et d’en tirer leurs raisons d’être (leurs identités, il faut ordonner ces idées de telle sorte qu’elles soient cohérentes entre elles (et cohérentes par rapport aux ensembles de réalités qu’elles amènent à la pensée), mais il faut aussi expliquer pourquoi ou comment il existe des « idées ». les idées c’est l’horizon inamovible ; on explique à partir des idées mais il est très difficile d’expliquer les idées ; il faudrait les tirer d’autre chose qu’elles-mêmes ; on les maintient donc comme seul horizon indiscutable en un sens, puisque c’est ce qui donne sens aux réalités.

On peut fonder la validité des idées ; expliquer pourquoi elles sont absolument nécessaires si l’on veut s’élever au-dessus des réalités immédiates ou de nos pauvres vies ; pour cela il n’est pas d’idée du sujet, de l’individualité infinie, puisque ce par quoi une vie vaut la peine, c’est seulement de se hausser au niveau de l’horizon unique ; la pensée universalisante. Elle seule nous permet d’augmenter notre individu limité, pensée qui passe outre la limitation de la perception, du ressenti, de l’immédiat en général.

On peut fonder la logique des idées ; on inventorie la logique des propositions, puisque l’on doit montrer la cohérence pour que ce qui est réflexif (sur la réalité) s’étageant en idées (unité des différences en leur notion), doit expliquer et montrer (cad démontrer) sa logique.

Le problème est qu’une idée est le rapport à un ensemble de différences (dans la réalité) mais les idées entre elles devraient s’établir de différence qu’il est difficile de déterminer. Il faut entrer dans la définissabilité des idées, leurs identités, afin de produire des différences significatives qui permettent de les déduire, de remonter des idées (des réalités) à la dialectique, au déroulement des idées entre elles, jusqu’à l’idée maîtresse de laquelle les idées (et donc les réalités) se déduiraient.

Le rapport des idées aux réalités se perçoit ; mais le rapport des idées entre elles doit faire l’objet d’une dialectique, et le rapport des dialectiques des idées à l’idée unique est fortement incompréhensible ; cette idée des idées doit contenir la déduction vers les idées secondes et aussi l’explication de pourquoi il est des idées et pourquoi nous sommes agrippés à la pensée qui seule explose notre individualité vers son augmentation (de comprendre toutes les réalités en subsumant les différences immédiates en idées valables hors immédiateté).

Chrétiens

Le point de vue chrétien est essentiellement différent ; puisque la philosophie a pour but d’expliquer le monde, certes, mais surtout des raisons de croire ; de croire en une unité qui préexiste ou est autre que « la pensée ». Dieu ne se dit pas déjà comme conscience ; comme volonté cartésienne ; il est telle, la pensée, entre autres. Son être est fondamentalement plus, bien plus que la pensée ; l’explication réelle de tout ce qui est, se tient dans son indescriptibilité ; il est accessible par la foi ou les écritures ou cette mise en forme profonde et infinie de notre être qui se convertit, qui convertit, interchange son regard, lequel est bien plus vaste et conséquent que la « pensée » universelle et horizon horizontal, pour ainsi dire.

Il est clair que cette verticalité ne peut pas être pensée telle quelle ; et réclame un développement qui est dit, ici, acculturation généralisée ; il est un devenir-conscience qui atteint la totalité de notre être. Qui convertit, reporte autrement et selon un devenir sur-naturel ; qui nous permet de devenir entre l’ancien et le nouveau, le constamment nouveau et le renouvelé absolu ; « cela qui recycle » tout ce qui est et ce par l’engagement de chaque conscience (qui n’est pas encore la conscience comme structure, qui n’est pas la négativité hégélienne, le X kantien, la phénoménologie husserlienne, la liberté sartrienne ou l’affirmative nietzschéenne, etc).

La pensée chrétienne est donc réflexive, et entraine la pensée elle-même, mais requiert donc un discours (ou une série de discours) para philosophique, puisque son rond-point est bien plus étendu et engage autre chose que la tenue d’un discours universel d’ontologie générale horizontale. Elle contient cependant le pensable ; dieu est pensable mais sous condition que son être lui est non pas « impensable » à strictement parler, mais indescriptible et outrepasse non seulement la pensée, mais tout et n’est accessible, petitement, qu’en conversion du regard.

Littéralement la pensée chrétienne ou plutôt sa réflexivité réclame une telle conversion de l’être qu’évidemment la possibilité de la pensée universelle horizontale en est débordée de toutes parts ; la pensée horizontale viendra s’enchâsser dans la verticalité ; mais ne s’en départira pourtant pas de sa volonté de penser et même cette verticalité ; il faudra quantité de pensées horizontales pour commencer de ramener la verticalité en une explicitation à peine débutée. On peut voir Descartes ou Kant ou Hegel, etc, mais aussi Lacan par exemple ou Wittgenstein, comme des tentatives de ramener dans le pensable universel ce qui s’élève bien au-delà de l’universalité.

Lorsque l’on abomine la réflexivité chrétienne, c’est que l’on entend réduire la voilure ; et reprendre en compréhension et extension (selon la réflexion et le monde) ce qui existe en intensité absolue.

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