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instants philosophie

Réalisation du libre pur

30 Octobre 2013, 10:08am

Publié par pascal doyelle

Il n’est donc pas de fin à la philosophie puisqu’elle met en jeu cela même qui a bouleversé l’humanisation en la portant au réflexif (le réflexif est la révolution, et non la philosophie qui en rend compte seulement bien qu'inventant une part et accélérant en tous cas tout l’ensemble), à la puissance deux, au carré et ce qui pèse sur les épaules de chacun, de chaque conscience, transperçant son identité de « moi », sa personnalisation.


On peut nommer cela « vérité » ; soit donc l’assujettissement par la pensée ; la pensée en tant qu’elle nous rend sujet (et nous menace également d’écraser notre être-libre). Toute énonciation qui remplit notre être vide et formel, individué, l’élève au-delà de lui-même en le ramenant à la série ; la série de toutes les consciences qui se retrouvent en un énoncé qui étant vrai et réel accorde toutes les libertés (question, pour-nous : augmenter le discours et l'universel par la Règle et le singulier).
Ceci repose dans la formulation universelle en tous les cas en un principe : qu’il est une description adéquate de la réalité, de la nature ou de l’humain, et que cette description soit exacte et clôturée ; elle est exhaustive et identique en tous. Que cette vérité soit dite réalisée déjà, ou qu’on la prévoit et la suppose un jour ou idéalement et que dans tous les cas alors elle soit le principe (de toute résolution ou toute action).


La position inverse est celle du réel tel quel ; il n’est pas de vérité qui réunisse toutes les consciences ; par contre il est cette vérité « toutes sont libres » ou plus exactement en détiennent la possibilité (autrement dit on n’affirme pas l’existence de la liberté, comme une sorte de chose acquise, on qui serait déjà immédiatement réelle, ça n’a rigoureusement aucun sens, mais la possibilité de déployer du libre ici et là, ici ou là). Que toutes soient libres, n’est pas du tout non plus un principe présenté comme pétition de principe abstrait et n'affectant pas d'effets ; parce que les êtres-libres forment système. Le système évidemment purement formel. Autrement dit ; il n’est pas de vérité (qui réunisse tous) mais ils sont libres, et cela forme système. Et c’est le seul système qui vaille et le seul qui soit réel.
Puisque l’on n’a jamais pensé le libre autrement que faire-valoir (d’un savoir, d’une connaissance, d’un contenu) ou comme seulement révolte et négation, on ne comprend pas a priori que le libre soit le système lui-même ; on se dit que le libre est ce qui rend les choses et les êtres possibles (qui vaquent à leurs occupations, tout simplement) mais non pas que le libre est cela même qui veut exister et cela même qui est vécu réellement.
Pourtant il est clair qu’il n’existera jamais de vérité qui les réunira tous, excepté qu’ils se considèrent tous tels. La vérité qui définit ce qui est (ou qui sera vérité ou qui est de toute éternité vérité) impose au libre et l’éradique, mais le libre pur et simple non seulement se valide de par soi mais permet toutes les vérités (exception faite du libre même ; aucune vérité, quelle qu’elle soit, ne peut annuler le libre pur).


Si on se demande quel système formel engage, fait exister le libre pur, c’est celui là. Celui-ci. Celui qui est déjà-là. Sous nos yeux.
C’est le système formel du libre pur qui s’est installé sur le monde. Ce qui ne le présente pas tel, en l’état, comme totalement réalisé ni complètement réel ; c’est une évidence. Nous n’en sommes qu’au tout début du système formel du libre pur. Il n’est pas dégagé en lui-même, et se mélange en quantité de déterminations, en lesquelles il et tous nous nous prenons les pieds.
C’est le système formel du libre pur qui s’est installé sur le monde, comment en aurait-il été autrement ? Comment aurait-il pu ne pas être ? Nous sommes déjà engagés par et pour le système formel, c’est uniquement divers colifichets agités sous notre nez qui nous cachent sa réalité.
La formule est simple en soi et peut s'illustrer (mais pas seulement) : les sociétés humaines sont fondées sur des constitutions qu’elles ne respectent pourtant absolument pas. Elles reconnaissent par la constitution leur être ou le début de leur être formel, mais nul part cet être, ce système, cet embryon de système purement libre et adéquat n’est vraiment voulu et décidé et encore moins inventé en plus d’être pensé.
Puisqu’il est quantité de pouvoirs, de toutes sortes, qui s’imposent, de nier la constitutionnalité de la réalisation humaine, il est peu rationnel d’admettre et d’accepter une telle aberration, une telle contradiction intégrale de tout ce que l’on est (cad de tout ce que chaque libre peut être et qui, barré par les pouvoirs et les abus, est annulé dans son être même). Il faut donc non pas chercher on ne sait quelle vérité qui remplacera l’abus (qui adore user de vérités de toutes sortes), mais affirmer l’existence ici et maintenant de ce qui est libre et déjà prononcé, énoncé dans les termes constitutionnels eux-mêmes (entre autres donc). Rêver non pas dans l’imagination d’un irréel ou d’une vérité dont on ne voit pas du tout les prémisses, mais l’application effective, bien que mesurée (nous sommes dans la réalité et non le rêve), de la constitution réelle.

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