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instants philosophie

Ce que l'on nomme "volonté"

2 Novembre 2013, 14:13pm

Publié par pascal doyelle

Il est évident que ce que l’on nomme la « volonté » ressemble toujours plus à une injonction extérieure ou un dogmatisme ou un impératif socialisant. Il semble aberrant que l’on puisse arguer d’une volonté qui s’imposerait à notre être à partir de cet être lui-même ; c’est grosso modo la confusion entre la conscience et le conscient.
Le conscient se précéderait lui-même et se connaitrait « soi » ; qu’il existe un tel dialogue intérieur oui, mais qu’il soit à ce point effectif et réel absolument, non. Si notre conscience est une forme et non un contenu ; si elle était un contenu elle devrait mouvoir tout contenu afin d’en aborder un autre, ce qui serait peu pratique et ingérable. Et il se peut que certaines difficultés soient dues à la fixation par un conscient de la conscience mobile, notamment en ceci que tout conscient se fixe, sans forcément se figer, en une identité déclarée, un moi, un moi-même tel qu’il se croit, s’imagine, se prévoit, sans que tout cela soit négligeable en rien mais se concrétisant somme toute comme la clé du cadenas qu’elle est, cette identité.


Si notre être réel est tout l’ensemble (conscience, conscient, inconscient, vécu, socialisation, acculturations, etc), on réservera notre-être pour seulement la conscience telle quelle, pointe aiguë, limitée, irrégulière, aérienne, perspicace ou égarée (puisqu’elle est sans contenu et ne sait rien).
Il est alors hors de question de penser cette conscience comme intervenant de but en blanc et imposant un contenu contre ou sur un autre ; elle ne lie pas par force mais par subtilité ; elle montre dans le monde ce que le conscient ne retient pas forcément, ne comporte pas dans sa mémoire avérée, reconnue, portée par son identité de moi. Elle tisse par delà le conscient et relie puisqu’elle est quasi identique à la perception, au ressenti, aux physiologies, elle n’existe pas même au sein des dispositifs, des fonctionnalités (des physiologies aux signes en passant par le langage et le corps, etc), elle en surgit, elle nait de la perception, (pour illustrer le mouvement).
Elle comporte donc déjà ceci ou cela ; et non pas tout, puisque la perception existe en elle-même, le langage, les autres, etc ; inutile de se demander comment la conscience absorbe autrui ou le perçu puisqu’elle est déjà cette perception, en un sens elle est perception-qui-fait-retour sur elle-même (il n’est de ce point de vue que très peu de différence entre l’animal et notre corps, un animal se meut dans sa perception ; comme nous).


Ça n’est pas en intervenant durement et abstraitement que l’on s’oriente à être. Cela joue dans la subtilité ; on envoie, on s’envoie, le monde, le vécu, le corps nous envoient des signes, ce qui veut dire des orientations, des indications, des possibilités, des liens possibles. Si l’on en reste au moi, au conscient on se rabat sans cesse sur la sécurité de son identité (bricolée on ne sait comment, dans l’entrelacs du, des vécus, des autres, des situations, etc). Et lequel conscient est dit-pour-par-l’autre en partie ; on a l’identité que l’on a actuellement ou que l’on a eu pour les autres, ce qui veut dire identité prononcée, parlée, parlée dans l’oreille de l’autre, ou donc ce qui privilégie la communication, telle que l’autre puisse comprendre et qui façonne cela même que l’on pense déclarativement.
Dans la subtilité il n’est pas de déclaratif exclusif ; ça passe, ça va et vient, et bien que n’étant pas marqué, remarqué, inscrit consciemment, ça n’en laisse pas moins des traces ; qui sont plus ou moins articulées (au deux sens), et plus ou moins inscrites en énoncés. Mais la cervelle n’est pas seulement l’énoncé et le clair et le raisonné parlé communiqué ; elle accumule des données. Si la conscience est surgissante de la cervelle (compte tenu de Tous les dispositifs), s’amènent en elle des confluents, non pas tous ou exhaustivement mais certains, élus, triés, ramenés encore vers l’ouverture vers le monde qu’est la conscience ;elle tisse ou il se tisse (la conscience échappant au conscient) des schémas, des schèmes, des images, s’inclus ici et là dans la perception.


Ainsi une œuvre, une esthétique, est une telle semblable stratégie ; puisque personne n’a jamais convaincu personne avec des arguments, c’est que ce sera non pas la démonstration et l’argumentation (en cette occasion) mais la monstration, le faire-voir comme-ça-existe, qui revient et réoriente les consciences ; on peut admettre que l’art, l’expression, le donné à voir, entendre, imaginer est la suspension intentionnelle par laquelle se réoriente et désoriente la conscience distinguée du conscient fixé ou figé. L’esthétique se « produit » pour et vers cela, ce mouvement migratoire de consciences désintentionnalisées, réintentionnalisées. Et cela indique non pas un inexprimable, du tout, mais réellement la conscience agissante vers ou par le monde.

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