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instants philosophie

L'être de la philosophie

26 Janvier 2014, 10:30am

Publié par pascal doyelle

Si l’on se demande ce que donne la philosophie, il faut admettre qu’elle nous accorde notre être.

Au sens propre. Elle accorde la conscience que l’on a (de soi, de ceci, de cela, tout le divers ou qui se révèle divers en comparaison de notre être essentiel) à l’être que l’on est. sauf que cet être est à demi, et donc formel.

Ce qui est l’inverse de ce que l’on entend habituellement ; que la philosophie serait idée, ou système d’idées (ce qui est encore pire puisque par « système » notre être-libre entend « contrainte » sans voir que si l’on définit « ce que nous sommes », ça ne nous contraint pas… ça tient la racine, formelle de tout ce que nous sommes, pourrions être, serons en une fois là où cela est).

Si la philosophie n’est pas idées, ça ne signifie pas qu’elle puisse s’en passer ; n’oublions pas que la philosophie est la réflexion sur ce qui est arrivé à l’humain qui cesse de s’organiser dans et par une parole vivante dans un groupe plus ou moins clos ou cerclé, et qui doit de ce fait inventer un mode d’organisation qui puisse recouvrir en conscience ce que la parole vivante des mondes particuliers régulait « spontanément », dans l’activité même de parler ensemble, échanger, percevoir, être corps dans un groupe, qui s’existait dans un monde particulier que l’énonciation, la parole (toujours avec et par les autres de la communauté) synthétisait.

La différence entre le spontanément existant (et en lui-même infiniment complexe, il ne s’agit nullement de refuser aux mondes particuliers une grandeur et une réflexivité dite seulement immédiate pour facilité et distinguer), entre le spontané et le réflexif est que la réflexivité doit pour pallier à l’absence d’ordre parlé vivant, inventer la politique, l’éthique, l’esthétique, l’idéel, l’humanisation au sens de presque humanisme( qui prendra ensuite d’ autres concrétisations), et même de personnalisation (bien que les grecs n’aient pas la notion représentée d’individualité infinie, qui portera le christianisme).

Si donc au sortir des mondes vivants particuliers, on s’engage dans le réflexif (ce qui est organisé ne peut l’être qu’en seconde conscience assumée et voulue comme telle, sous l’égide de l’universel et du monde unique, du dieu unique et du devenir conscience, de l’être libre et du monde indéfini, des sujets absolus et de l’existentialité), alors dans le réflexif il se joue à chaque fois que notre être est en cause ; on ne sait plus « ce que l’on est » et pas plus que nous mêmes nous ne connaissons « qui nous sommes » (puisqu’il nous est acquis qu’à l’humanisation qui a couru durant ces siècles et qui s’est réalisée dans la révolution unique, libérale démocratique, c’est l’universel qui s’est imposé, mais qu’ensuite et pour nous au moins depuis le 20éme, la personnalisation a poursuivi pour elle-même et repris cette universalisation, cette humanisation ; on n’imagine plus une mise en organisation de l’humain sans que l’on y soit, sans que chacun, personnellement, y soit participant ; pour cette raison le communisme exclusivement axé sur l’universalité, n’a pas tenu le pari historique).

Si notre être est soudainement indéfini, ça ne l’empêche pas d’être ; il devient la forme indéfinie de ce qu’il est. c’est ce que pratique et crée la philosophie ; étant réflexion sur la réflexivité qui atteint toute l’humanisation, (les maths, l’esthétique, éthique, politique, existent en et par eux-mêmes ; la réflexivité tend à se généraliser et la philosophie est la pensée de cet événement, comme dit l’autre, de même qu’alors il devient possible de repérer dans tout monde l’esthétique ou les maths ou toute réalisation réflexive ; c’est bien pare que les grecs inventent non pas les maths par ex, mais la systématisation mathématique).

Cette forme d’être, cet être formel se dit en philosophie, « raison » ou savoir, et certes on pense d’abord que notre être doit s’accorder à un contenu rendu universellement (qui connait et poursuit sa cohérence), de sorte que l’individualité ou la matérialité ou la contingence ou le donné là ou le corps, etc, sont laissés en dehors ; c’est que l’on a découvert le centre névralgique qui permet que tout cela (monde, donné, et l‘individu en un vécu limité, au corps) soit animé par plus grand et plus profond ; la pensée est ce qui systématiquement produit, donne, crée le monde comme étincelant, du dedans, du dedans pensé et donc distingué et recherchant les distinctions.

Il n’est donc pas de reniement du monde, (sauf accessoirement et encore faut-il bien le comprendre alors), mais une vie intellective du monde donné là ; c’est uniquement par rétroaction, de notre point de vue qui a intégré toute la pensée, l’universel, le libre, etc, que nous jugeons absurdement que la pensée ancienne est … ancienne … Une sorte de stupidité qui nous pousse à prendre notre liberté comme si elle existait sans sa racine pensée, et pour nous acquise).

C’est uniquement parce que nous pensons être en mesure de pousser plus loin encore la réflexivité que nous nous révoltons contre la pensée métaphysique ou ontologique, qui est de ce fait caricaturée et ce reniement est un reniement de nous-même, de sorte que cette fameuse liberté qui se croit toute, réduit en conséquence le champ de son possible en refusant par révolte louable mais qui devrait être lucide, en refusant son être même.

De ce point de vue on peut donc dire que la pensée, étant réflexive depuis le début (la réflexivité est ce qui la constitue intégralement), elle ne se trompe pas elle-même ; elle est partielle ou s’acquiert au fur et à mesure, mais c’est qu’elle débute de zéro, qu’elle existe absolument vide et sans rien ; elle étend non pas son empire (cad ne se contente pas d’ajouter des contenus à des contenus, de la raison à la raison), mais étend sa puissance. Puissance au sens de potentialité (ce qui est la promesse nietzschéenne elle-même, bien comprise).

Libérer le potentiel, certes, mais libérer la potentialité telle quelle ; produire la théorie de la potentialité réelle. De sorte que la philosophie manie la possibilité même de notre être. Ou donc remonte dans les conditions d’exercice de notre être ; d’une part selon les conditions de vérité (les contraintes assorties à toute vérité, laquelle est relativisée mais relativisée en ce sens là, pas en un autre laxiste, c’est tout le contraire !), mais aussi d’autre part selon les conditions de liberté dites ontologiques ou précédemment métaphysiques de notre être.

On peut dire que les grecs ont systématisé les conditions de vérité et métaphysiques tandis que depuis Descartes on recherche les conditions ontologiques de celui-ci que l’on est. Il ne faut pas lire autrement Nietzsche ou Rimbaud ou Artaud ou donc Kant ou Hegel … et évidement Husserl, Heidegger, etc. En ce sens là ces derniers s’admettent dans le processus non pas de « rationalisation » mais de réflexivité généralisée. La même Cohérence est prise, surprise, saisie au vif et dans les conditions de vérité et les conditions ontologiques.

De même les conditions ontologiques (qui prennent ce nom à partir de Descartes, puisqu’alors notre être est par Descartes amené dans la représentation, exprimé, montré) peuvent également se dire métaphysiques pour les grecs ; les conditions métaphysiques sont « pourquoi existe-t-il une pensée qui augmente absolument notre être » individuel (qui sinon n’existerait que dans la pauvreté de son seul vécu limité) ?

Conditions de vérité, conditions métaphysiques qui entendent fonder la possibilité d’un système sur la réflexivité et tentent de penser en idées le donné, afin que puisse s’élaborer la structure de notre être, et enfin conditions ontologiques par lesquelles notre être commence de se construire en et par toute conscience.

C’est donc le lancement de la structuration de notre-être, aussi la philosophie dépasse-t-elle originellement qu’elle soit simplement des idées.

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