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instants philosophie

Le moi comme devenir historique

15 Janvier 2014, 12:22pm

Publié par pascal doyelle

Le moi, la personnalité qui nous parait si évidente est de fait une acquisition récente, très récente, voir de la moitié du 20éme lorsque cessent les guerres mondiales, et que l‘industrialisation et plus démarrent historiquement sur toute la planète ; l’impossibilité de la destruction totale des grands ensembles humains et donc la concentration des richesses hors de la destruction pure. Dans cette accalmie la personnalisation (qui est un processus et ensuite un état, une identité) peut se développer.

De là toutes les mini révolutions soixante-huitardes qui propagent la libération du moi et toutes les catégories subséquentes ; sexualisation, femmes, homosexualités, spiritualités ou expériences diverses, hédonisme décuplé, politisation puis reflux de la politisation, dans les explorations psychiques, existentielles, consuméristes, communicationnelles, etc. Tout cela est en ce sens parfaitement cohérent. Les moyens acquis, on se découvre mille finalités différentes.

Le moi en tant que personnalisation est un acquis, une acquisition incontestable ; on n’imagine même plus une humanisation (ce processus d’humanisation du monde, du donné, du vécu) sans qu’il aboutisse et prenne comme moyen essentiel la personnalisation ; c’est ce qui condamne les étatismes universels, qui écrase l’individualité sous le rouleau compresseur d’une universalité, de l’homme générique, l’homme des besoins communs, et donc c’est ce qui nie qu’il y ait une vérité plus grande que les êtres-libres.

Inversement il tient à nous de définir ce que signifie cette autre vérité ; qu’il existe un système formel qui garantit en tant que vérité, le libre pur de chacun. Système formel universel certes mais formel … cad vide, laissant libre cours en somme. Mais qui ne cesse pas moins d’affirmer son universalité propre et dite donc formelle.

Or pourtant se consacrant à son être, le moi oublie et annule et dénie qu’il y ait un universel bien réel et réalisateur. Il croit seulement qu’il devient ce moi-là ; il ne voit plus que si il est un être-libre, c’est parce que fondé en une universalité qui est donc le partage du vrai, du bien et du beau mais essentiellement le Partage ; sans quoi vrai, bien et beau s’effondrent.

C’est que puisque nous existons dans l’acquisition de soi, ce qui ne s’est jamais vu hormis au 20éme, le reste nous parait d’évidence ou a contrario est susceptible d’être nier en raison précisément de l’évidence de notre être ; pourquoi un être libre se soucierait-il de l’universel ? De dieu ? Du devenir-conscience ? Un être-libre s’existe de par soi, il est sa propre idée, ou donc selon qu’il se prend tel ou tel, son propre corps, non ritualisé par ex, sa propre psychologie qui consumérise autant qu’il peut, etc.

C’est donc enfermé dans ce corps-langage, cette mort certaine, ce relationnel sexué (le cinéma propage une caractérisation effrénée de l’homme et de la femme, jusqu’à les réinventer ; Marlon Brando ou James Dean émergent puisque manifestant une sorte d’homme-femme, mélangé, ambigüe, incertain, de même que Marylin ou bardot le devenir outre-femme, plus-que-femme, s’ensuivent les incertitudes des rôles de chacun dans le cinéma et les médias, par ex). Enfermé dans ce moi très défini que l’on ne sait plus même comment penser ; on singe alors la science ou la technologie ou la communication médiatique, la psychologie ou la psychanalyse ou la linguistique, mais ce serait une honte de rappeler l’universel philosophique pur ou dieu ou le sujet cartésien-kantien. Tout cela paraissant complètement dépassé.

Le problème est que les épistémès, les paradigmes, les repères dont on se charge pour comprendre ce qui se passe, ne montent pas jusqu’au niveau du sujet cartésien-kantien, de dieu ou des grecs. Ça n’avance pas au-delà mais descend dans le concret, certes, mais en ses limitations, ce qui est souhaitable mais que rien ne relève.

De sorte que l’ancienne ampleur, qui a quand même bouleversé la totalité de l’humanisation, on ne peut plus humaniser comme antérieurement aux advenues de l’universel grec, de dieu ou du devenir conscience, ou de la conscience transcendantale ou purement libre cartésienne, cette ancienne ampleur est stoppée, figée, et ce ne sont pas visiblement pas les suppositions d’un nouvel universel abstrait, idéologique ou scientiste, qui pourvoira au devenir ; cela doit venir du dedans de ce contrat de tous entre tous qui régule ou désorganise l’humanisation ; et c’est fondé en de limitatives régulations qui tenues pour absolument définitives, annulent dans leur constitutionnalité figée (pas même respectée, les Etats sont dans l’impossibilité de réaliser la constitution démocratique des sociétés), le devenir possible ; le possible est annulé, appauvri, distordu, irrationnel au possible au sens où la régulation pauvre mésinterprète le possible en détournant la richesse en quelques créneaux qui ne suffisent pas, qui eux-mêmes engendrent de pauvre finalités et finalisations.

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