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instants philosophie

Philosophie, christianisme et islam

22 Janvier 2014, 16:39pm

Publié par pascal doyelle

L’humanisation s’est donc projetée non plus dans une vérité, un monde partagé, une parole vivante de par elle-même et en un groupe cerclé (qui forme cercle dans l’énonciation, l’ »échange en son monde particulier), mais s’est retrouvée projetée dans le monde unique, universel et du devenir soi.

Il existe deux versions de ce parachutage ; soit cet être qui est déjeté sur la terre ferme intégrale est en soi une validité, soit il est simplement déjeté, déliassé, et entame sa litanie du malheur.
Oh mon dieu que nous sommes malheureux d’être seulement ce que nous sommes.
Dans la première version, à savoir que notre être vaut la peine d’exister, sa validité on a voulu la tenir de dieu, d’une vérité (une vérité seconde comme la raison idéalisée ou l’humanisme universel, etc), ou tout autrement, cet être a voulu se tenir de soi-même, de soi seul. La plus claquante affirmation de cet être de par soi issu, est nietzschéenne ; elle affirme tout crument notre être absolument là, entièrement lui-même, sans pensée préalable puisque cet être est non pas pensée mais réflexion sur lui-même et dépassement de tout ce qu’il est.
Il n’est pas de différence radicale entre l’affirmation via dieu ou la pensée d’auto affirmation (qui cependant par ailleurs se veut athée ou matérialiste ou ce que l’on voudra). Dans les deux cas il est question de consacrer notre être formellement réel ; sans doute Nietzsche veut-il ici et maintenant et que cela soit monde, et réalité, mais le christ est lui-même l’intention de nous subjuguer à rendre réel ici et maintenant l’être réflexif que nous sommes. Ce serait se vider de substance que de ne pas re-prendre, prendre à nouveau l’intentionnalité christique afin de nourrir cela qui ressort du même mouvement structurel ; réaliser, rendre réel, distinguer, affirmer ici même cela-que-nous-sommes.


Ceux qui se contentent de jeter l’anathème sur la religion ou plutôt sur ces formules avancées de la pensée religieuse (encore une fois que l’on croit ou non, cela n’importe pas ou n’importe qu’à chacun), se privent de l’ampleur de leur être en le restreignant à certes du constatable (la science, la linguistique, l’économie, l’inconscient, le corps, etc), mais ne rendent pas compte ou ont cessé de faire valoir l’ambition radicale d’exister. Ils ne voient pas qu’ils se décident pour la science ou pour la psychanalyse ou pour l’hédonisme, pourquoi pas, à partir et selon cette positon infiniment haute et affirmative de « qui nous sommes » présenté de but en blanc pour la première fois par ces religions extrêmes que sont les monothéismes et dans les monothéismes le christianisme ou l’islam. L’un pour son devenir soi et l’autre (que l’on connait moins) pour son devenir communauté.
De même l’un comme l’autre, christianisme et islam (mais tout autant judaïsme, bien que ce destin ait été si radicalement annihilé, et qu’il se soit relevé constamment, mais je n’y connais que peu, raison de son absence ici en sa spécificité, sinon que de fait le judaïsme revendique son identité, ce qui signifie son être-un, qu'il faudrait ajouter à la communauté musulmane et au devenir soi chrétien) ont à apprendre de la philosophie. C’est du reste ce qui s’est passé…
Inutile de pousser des cris d’orfraie, ça a réellement eu lieu. Etant des religions réflexives (en second part, en un second règne, à la puissance deux, non immédiates), elles se sont d’elles-mêmes reconnues dans et par la philosophie. Elles ont utilisé la philosophie afin de se parfaire, de se montrer et démontrer à elle-même et aux autres. Il n’est absolument pas une distance infranchissable.

Or cependant et le christianisme et l’islam en tant qu’église ou communauté se sont repliées de fait sur eux-mêmes, certes (comme n’importe quel groupe humain en réalité), mais cependant il dépend d’elles de continuer leur mouvement de pensée intérieur ; ce que et l’islam et le christianisme ont poursuivi, mais qu’ils doivent continuer en ceci que le monde (unique) démocratique leur occasionne cette capacité qu’elles possèdent en et par elles-mêmes ; en s’extirpant de leurs formes repliées, trop restreintes. Et c’est par cela qu’elles se montreront à elles-mêmes comme la réflexivité qui est intégralement démocratique, est originellement ce qu’elles ont avancé dans le monde depuis le début. Que ces humanisations et personnalisations (qui paraissent relever du libéralisme ou de la démocratie ou de la raison ou de l’indépendance ou de la science et technique) leurs sont en plein le même-monde.
En réalité il faut présenter que la démocratie est réellement le lieu de toutes les religions, que certes il leur faut pour cela admettre un certain dés-ordre, mais non pas annuler par la démocratie leurs possibilités en propre et distinctes pourvu que le système du libre organisé soit admis ; elles n’y sont pas étrangères et autres, mais actives depuis le début de l’émergence de la réflexivité même.

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