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instants philosophie

La possibilité de la philosophie

16 Février 2014, 13:42pm

Publié par pascal doyelle

La philosophie n’est pas un discours, une théorie, mais est une conscience. Elle ne rentre en aucune formulation et les utilise toutes, les use et en abuse autant qu’il faut. Pourquoi la philosophie est-elle difficile ? Voir incompréhensible ? Ou apparemment dépourvue de sens ?

Parce qu’elle ne s’obtient pas sans diverger d’un rapport à qui l’on est ; elle n’est pas un discours plaqué extérieurement et demeure incompréhensible tant que l’on ne saisit pas qu’elle remplace la conscience (personnelle, individualisée, celle du moi) que l’on est, par une autre-conscience. C’est comme ça ; on ne peut pas comprendre ses « objets » sans s’apercevoir que ces « objets » sont des rapports, des liaisons, des relations entre ; que donc ces objets existent en et par une conscience qui rebrousse chemin en son être même.

De là que si l’on demeure extérieur, que l’on croit pouvoir exposer objectivement ces relations qui existent en interne (à cette réflexivité, la réflexivité n’a pas d’intériorité, l'interne n'est pas l'intériorité mais se dit de la structure, vide et formelle), on tombe sur des mots, du langage apparemment, des signes, des renvois on ne sait où, des transcendances auquel visiblement il faudrait « croire » pour les approcher et comme on n’est pas disposé du tout à « croire », ces transcendances sont rejetées. En ceci on a tout à fait raison ; il ne faut pas croire (philosophiquement s’entend, hors philosophie on fait ce que l’on veut). Mais justement la philosophie ne « croit » pas en ses, ces objets transcendants ; elle les manipule.

La plus jolie manipulation est évidement celle de Descartes … Manipuler l’idée de dieu jusqu’à la transformer intégralement en quelques mots ou phrases qui marquent définitivement tout l’être de dieu (et ce sans le déguiser ou le détruire, comble du comble …) est une absolue folie pourtant radicalement réalisée, rendue réelle, active et profonde.

Si l’être de la philosophie (cad non pas son essence mais sa structure ; elle n’a pas d’essence, en fait rien n’a d’essence ; et si on lit la philosophie on s’apercevra que c’est de dia-lectique qu’il s’agit ce qui veut dire d’un mouvement constant et d’autant plus réel qu’il est plus soutenu) est le sujet indéfiniment ouvert, il faut le comprendre tel quel ; comme le sujet de la phrase.

Il faut donc réaliser la pensée en interne ; de l’intérieur de notre être et cela signifie du dedans du moi. En tant qu'il se retourne, comme un gant, en tant que décentrement. De là que l’on ait un mal fou à admettre d’une part et ensuite à s’y tenir (parce que c’est impossible ; on ne peut pas exister « décentré », il faut entrainer le moi, cette identité qui repose en définitive sur le corps et la cervelle, « là », hors de lui-même). A admettre parce que de quitter le moi, ça ressemble à une conversion ou une secte ou un parti communiste (!) ; les grecs ont conçu cette dépendance de « qui l’on est » envers, vers la pensée, parce qu’ils ont vu instantanément que la pensée est plus grande que le moi, l’individualité, et que puisqu’elle est « ce que nous sommes » il est un bien absolu à dépendre de « qui nous sommes ».

Ceci repose donc sur cela ; en tant que l’on pense on obtient très exactement de réaliser, faire-être, rendre réel « ce que l’on est ». Ou donc : lorsque nous sortons des mondes immédiats la réflexivité qui s’empare de toute l’humanisation (des grecs, des chrétiens, de Descartes, des sujets, etc) est « effectivement réelle », elle est « ce qui doit être », parce qu’elle est « ce qui peut être ».

De même le moi est un bricolage, une synthèse immédiate du vécu (si ce n’est que par ailleurs il est l’idée de soi, existant comme libre pur, très limité mais suffisant puisque par nature limité, ça n’est pas un manque ou un défaut, et on n’imagine même pas ce que « entièrement libre » veut dire), et sortir du moi est non pas l’annuler (comme on a pu l’interpréter diversement selon telle dogmatisme ou religion), mais le rendre à son être de base ; le sujet, le sujet de la phrase.

La phrase se distingue du nom en ceci que l’on ne sait pas ce que ça signifie sinon d’arriver au bout de la phrase ; le sens se délivre à la fin. La philosophie produit des phrases, dont le sens des noms n’est pas fixé sinon par la, les phrases. Ou donc ; pour un moi (qui croit qu’il est la phrase et que le reste ce sont des noms) il lui faut se substituer, se remplacer ; par cela seulement il peut devenir la phrase (mais comme une phrase ne suffit pas, il faut des phrases pour élaborer des phrases, d’où le sentiment d’incomplétude de toute pensée philosophique, mais elle n’a pas pour but de fixer, mais de faire se mouvoir).

Encore une fois le décentrement, hors du moi, cad hors de cette unité vivante, parlante, existant comme corps « là », indissoluble, est ce qui pourtant d’une certaine manière peut être dissous, en une ruse. Cette ruse est vécue par le moi comme autre ; ce qui est le fondement de l’objectivité (la science est d’un sujet oui, cad autre, mais un sujet qui s’absente) , mais bien que fondement de l’objectivité, ce décentrement existe en et par soi ; et donc la pensée est d’un sujet qui non pas s'absente mais qui joue à s’absenter, ou plus exactement qui se prend lui-même comme une partie de l’équation complète tandis que la science établit uniquement l’équation des objets.

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