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instants philosophie

Le plus fragile et le plus instantané existant

2 Février 2014, 11:27am

Publié par pascal doyelle

Ce qui est le plus petit et fragile, est le déterminant ; ce qui décide et change l’orientation, la surface des signes de « ce qui est » donné là, dans la matérialité, les signes, le corps, le langage, etc. Ce qui est le plus minuscule et à peine perceptible est la conscience comme nue et déjà toujours réflexive.


Elle n’est pas une forteresse posée dans la cervelle qui contiendrait des contenus ; tous les contenus sont extérieurs, puisqu’elle n’est que l’articulation ; le rapport ; le rapport sur tel ou tel contenu. Il faut toujours qu’il y ait un contenu, un signe, une perception, un état du corps, pour que la conscience en lance un rapport. Elle est uniquement ce rapport entre tel contenu vers le monde, ou plus exactement vers le donné « là », l’exposition dans l’externalité, le dehors, le non maitrisable ; elle relie la cervelle au monde, ou au corps comme étant dans le monde, ou au langage comme parlé par les autres, ou l’objet du désir ; une extériorité que l’on ne maitrise pas, dont on ne sait pas ce que « ça peut devenir ». Telle intention vers tel objet, on la prévoit mais on sait que ça ne correspondra pas, en tout ou en partie, que ça glissera, s’échappera, et que l’intention deviendra autre qu’elle est.
Cette incertitude de l’intentionnalité, est de rapporter la cervelle au donné « là » inconnu. C’est par cette articulation que la conscience « se produit », elle survient, se surprenant elle-même ; elle est surprise constamment. C’est son être, ce à quoi elle sert. Elle est en ce sens fonction d’altérité.
Mais il se produit également qu’elle est par elle-même surprise ; puisque son être est de ramener en visibilité ce qui est extérieur, elle découvre instantanément qu’elle est telle, que son être est étrange ; elle se pense, elle se pense toujours nécessairement ; elle s’étonne d’être telle, elle s’en fournit une explication ; elle théorise qu’elle soit de s’étonner constamment à tout bout de champ (que ce soit par le grand manitou ou l'esprit hégélien).


Autrement dit il n’existe pas de conscience sans un monde humain, sans un langage, un groupe, un monde (localisé ou unique et universel), de conscience sans un contenu, de perception, parmi les autres, etc ; tout cela forme les conditions de fait de l’apparition d’une conscience. Mais elle vient en plus afin de disposer de l’étonnement, cad de la capacité de rapports tout à fait externes ; non maitrisables par quelque système que ce soit (de langage, de société, de signes, etc). Tout cela conditionne qu’il y ait conscience, cette activité purement de rapport. Elle admet donc toutes les contraintes (qui ne sont pas des contraintes mais les conditions qu’elle soit, si le corps se détraque, elle s’amenuisera, mais statiquement et ayant acquis un minimum viable, elle est à peu près équivalente à toute autre ; on voit par là que cette équivalence est idéale et théorique, puisque si l’on souffre d’une névrose ou psychose, on obtient une conscience, à n’en pas douter, mais sinon amoindrie du moins divergente … or pourtant cette personne sait parler ou montrer ceci ou cela, sauf cette disfonction).
Mais on table donc sur une équivalence de toute conscience ; quel que soit le langage, le groupe humain, la culture, etc. C’est à la fois une réalité statistique et un fait idéal proprement positionné.
La philosophie admet cette équivalence et en extrapole sa dimension ; il est une dimension de conscience égale et accessible à toute conscience. Ce sur quoi tombent à bras raccourcis tous ceux qui n’admettent que les conditionnalités ; de langage, inconscient, groupe, neurobiologie, tout ce qui existe de fait et réellement. Les deux positions sont vraies en leur lieu propre.
Pour exemple , Lacan qui affirme la toute prégnance de l’inconscient, du sujet inconscient, doit bien s’en référer au sujet abstrait de la science ; celui là qui lui permet de penser l’inconscient justement, qui autorise que l’on puisse formuler objectivement les règles de l’inconscient, formulation sans laquelle on ne comprendrait rien et qui se positionne extérieurement à tous ces sujets-inconscients que nous sommes.


Autrement dit il faut toujours affecter un lieu qui corresponde à une équivalence générale. Que ce lieu soit réduit par la science au sujet abstrait (celui qui s’absente pour qu’ait lieu l’expérience ou l’observation) ou qu’il se conçoive comme dimension à part, philosophique ou lorsque l’on dit « je suis libre », est le même lieu. Le point externe.
Et donc on admettra que ce point externe est toujours déjà là, puisque la conscience est justement de lancer une articulation avec l’externe, le donné, le là, le monde ou même le langage ; puisque de poser objectivement telle ou telle phrase laisse entrer la conscience dans cette extériorité ; des phrases changent le sens, l’orientation de ce dont pourtant elles sont issues. Il est ainsi un devenir propre de l’articulation de conscience ; non pas l’imposition d’un contenu supra réel ou dans le genre, mais la réorganisation potentielle de s’affecter autrement en et par l’externalité du réel, non maitrisable et dont la conscience est non pas l’unité mais le point d’attirance fragile qui suffit à remodeler, modifier, ressaisir le devenir. C’est de se tenir de et dans l’extériorité que toute conscience est plus ou moins de manipuler sa dimension.

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