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instants philosophie

Raison et réflexivité

12 Février 2014, 21:47pm

Publié par pascal doyelle

La version habituelle voudrait que la raison se révèle à elle-même par les grecs.

La raison était la pensée et cette pensée vécue comme le nœud de la réalité. Ce par quoi littéralement les choses apparaissaient. En cela il ne faut pas tomber dans le piège d’une erreur de perspective ; ce qui s’animait n’était pas la « raison » qui reçoit bien plus tard d’être une manipulation objective par une conscience abstraite, cad absente, qui s’absente, disparaît.

Pour les grecs la raison était le sujet même ; et devrait bien plutôt se dénommer comme étant la pensée, la pensée de ce monde ; en personne. Evidement les grecs ne posent pas l’individualité du sujet ; ce qui se développe est la pensée universelle par laquelle tout individu en son vécu et perception limités se réalise mille fois plus compréhensif qu’il n’était. L’individualité infinie n’apparait pas (au sens où elle n’est pas représentée comme sujet individuel dans l’expression, dans la phrase), mais c’est parce que l’on se rend instantanément compte que l’individu limité se dépasse en et par la pensée.

La pensée n’est donc pas « ce que pense » un sujet, mais ce par quoi un individu se réalise et se réalise comme monde ; aussi est-il assez absurde de condamner un idéalisme de cette pensée, ou un mépris du corps et du monde. il se trouve que le monde, charnel, ne s’anime pour-nous, en compréhension, que dans la mesure où il bascule dans et par la pensée du monde ; et c’est sans temps d’arrêt que les grecs s’avancent dans et par et vers le monde, en tant que l’énonciation de la pensée démultiplie les apparences (qui ne sont pas des « apparences » d’autre chose, qui sont des apparaitres immédiatement perçus Et pensés, perçus en eux-mêmes parce que pensés, et réciproquement).

C’est lorsque la pensée sera détachée d’elle-même, que se sera imposé un sujet (quel qu’il soit, le sujet chrétien réuni par le sujet divin et à son image, le sujet individué cartésien, le sujet infini allemand ou le sujet désarçonné existentiel, etc) que l’on quittera la pensée, que l’on comparera la pensée, à son détriment, aux mathématiques ; la pensée à la remorque de la perfection mathématique (au lieu que les maths sont un apprentissage préalable à la pensée dialectique platonicienne ou que la logique est un moyen de l’intellection existant en elle-même).

Cette distance entre la pensée et le monde, est la médiation radicale qu’introduit le sujet ; on pourrait croire que d’installer un sujet rend vaine dès lors toute pensée parfaite, mais en réalité, ça n’a pas empêché du tout la philosophie de philosopher, autrement dit de réfléchir. C’est que l’essence, la nature de la philosophie n’est pas la pensée, mais la réflexivité. Et qu’il ne lui importe que relativement quelles que soient les pensées ; la pensée n’est pas la finalité, mais le moyen du « sujet » (lequel n’est de ce fait ni l’individu ni le subjectif, mais autre chose).

Qu’il y ait introduction du sujet, n’est pas un recul de la philosophie mais son advenue à soi (à l'être de la philosophie et à l'être qu'est l'humain) ; de même que la pensée grecque était la réflexion sur la réflexivité commençant de se généraliser et qui se reprendra en cours de route comme pensée chrétienne (qui pose un super sujet au-delà de tout monde). Si c’est la réflexivité (qui dépasse tout monde humain particulier) qui se prend soi comme réflexion par la philosophie grecque, c’est de même la présence, en chaque conscience, de l’être réflexif qui se représente, instantanément (en premier par descartes).

Autrement dit il n’est pas un être subjectif qui s’aperçoit qu’il pense et que donc toute pensée serait relatif à un subjectif. Comment le subjectif pourrait-il concevoir la pensée ? Le sujet qui se pointe, qui émerge, qui pointe le bout du nez donc, est la structure « sujet » de la réflexivité ; mais non pas au sens où la pensée adopterait le mode d’un « sujet » (Hegel), mais au sens où sujet et réflexivité sont le Même. Il n’existe pas de réflexivité sans qu’elle soit Une, cad de par soi. Le subjectif en cela serait bien plutôt effet d’un individué, d’un individué, de ce qui ne peut pas être divisé, antérieur, en -deçà du subjectif et de l’objectif ; et ce non pas comme substrat mou, mais parce qu’étant déjà instantanément réflexif. Pensée, esthétique, politique, éthique, idéel (sciences) sont les moyens de l’articulation structurelle ; du réflexif tel qu’il veut se penser par les grecs et tel qu’il se-sait par Descartes et tente ensuite de cartographier cette position. qui par conséquent avance plus loin qu'éthique, esthétique, etc, ce qui se propose via les sujets délirants, absurdes, existentiels, ontologiques (bergson par ex), et qui marquent la carte même de ce qui est.

C’est cette réflexivité sur l'être qu’entame Heidegger. Il avance plus loin le pion sur le jeu général.

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