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instants philosophie

La dureté de ce-qui-est

2 Mars 2014, 15:27pm

Publié par pascal doyelle

Nous sommes donc assujettis à notre être et notre être n’est pas de tout repos. Il est violence absolue, totale, impitoyable. Il nous revient de transformer cette énergie surpuissante en la canalisant, et ce non par on ne sait quelle contrainte extérieure (morale, raisonnabilité, sens ou sociétalité, rien de tout cela ne tiendra face à l’engeance radicale qui anéantirait toute opposition) mais en fouillant son être propre et en manifestant cette violence en son élévation.

C’est uniquement par son augmentation qu’elle peut être supportée ; ce qui veut dire acceptable et approuvée. Approuver ce que l’on est, sans même connaitre ses fins réelles (on ne sait pas ce qu’est notre être, nommé ici « conscience » ou réflexivité, ailleurs autrement, et on ignore ce que « cela » peut, ce que cela « veut » dans sa structure hyper active), est aboutir à la confiance en « ce qui est » ; aussi déraisonnable et peu aimable cela soit-il.

La vérité est que l’on n’a pas le choix. Ceci est notre être. On ne peut pas remonter plus loin, ou plus profondément ; la philosophie a mis au jour notre-être même. Elle ne l’a pas créé entièrement ; il était là, mais il ne s’tait pas pris lui-même pour objet, ou aussi bien pour volonté. La volonté de cette volonté ne tombe pas par hasard sous la plume de Nietzsche ; de même ce n’est pas une fantaisie si Descartes est le doute-cogito-infini. Ce qui se montre est la mise en forme de notre être par lui-même ; sa radicalité.

Radicalité parce que si l’on sort des mondes clos, particuliers, synthétiques, (groupe-langage-immédiat), on atteint de fait et instantanément notre-être ; il est de la nature de la réflexivité de se-savoir (forcément). C’est à partir de cette instantanéité que la machine de la pensée va se déployer, de même qu’ensuite le dit « sujet » (on ne sait pas trop « ce que » il est) commencera de s’enraciner dans l’être, il se produira comme structure individué active, ce qui veut dire hyper active.

On atteint par cela la racine même, signifie que l’on ne peut pas remonter antérieurement ; nous sommes depuis les grecs au bord du monde, de tout monde. il est inutile en ce sens là de s vouloir heureux ou satisfait ou sage ou raisonnable ou angélique. Ça n’a rien à voir. Notre être n’a rien à voir avec ses bienfaits.

Ce qui ne signifie pas que ses effets, ses conséquences soient sans rapport ; il veut, lui, ordonner le monde, le donné et le vécu, de telle sorte qu’il puisse se déployer. Ça ne passe pas ou ne devrait pas s’installer dans et par la violence, mais cela y a recours, très indifféremment au fond, et bien que cela soit la facilité. La difficulté est de basculer cette violence abominable (qui est le fait même de notre être, qui n’est pas un recours hétérogène, qui est instamment notre être) en une complexification suffisante qui puisse recevoir ce déploiement sans freins, sans remords, sans scrupules ; il n’est pas de sens ou de moralité ou de raisonnabilité pour « cela » qui est bien au-delà de tout sens, moralité ou raisonnabilité.

De même que fut lancée la machinerie de la pensée, de même le sujet fut créé de sa propre soif, et c’est le réflexif pur que l‘on reçoit en naissant. La sur violence qui entame n’importe quel monde, mais qui tout autant et sinon plus brise n’importe quel moi, n’importe quelle personnalité ; toute personnalité qui se croit en un « moi », est assujettie à son sujet abominable. Elle en subit l’exigence radicale, qui revient constamment intacte et neuve ; l’exigence ne nait pas, ne vieillit pas, ne se raisonne pas, ne devient ni gentille ni méchante, mais veut et radicalise brutalement ou patiemment, elle est hors temps, et surgit à neuf continuellement de la cervelle même.

L’articulation de conscience n’est pas dans la cervelle, et donc n’est ni dans le moi ou dans l’humain. Elle est le rapport purement là, matériel, dans et vers le monde, mais plus loin articulée à « ce qui est » et veut sa peau.

Il ne faut pas le cacher ; notre être veut tout ce qui est. Engeance famélique, il dévore. Il dévore les mondes humains, c’est évident, mais aussi les personnalisations, c’est manifeste, et plus loin veut les univers, tous les univers. Puisqu’il est avec lui-même, il ne manque de rien quant à soi, mais happe et se saisit de tout. En ceci on retrouve parfaitement Nietzsche.

Notre être n’est pas un manque ou un défaut d’être, une négativité ou une faiblesse. Il est entièrement et intégralement d’une positivité absolue, puisque purement formel, et donc sans attachement, sans passé, sans facilité. La mortuaire consomption de soi, le négativisme, le nihilisme et autre post modernisme d’effilochage de soi sont des fantasmes produit par le jeu interne de notre être qui plait à se travailler, torturer, afin que de lui-même il puisse tirer le plus, le mieux, le plus précis. Ça se travaille et se rend capable.

Il se peut que notre nature humaine ne supporte pas un tel traitement. Il se peut que notre identité ne soit pas apte à recevoir l’horreur surabondante de ce qui est. Que nous ne soyons pas en mesure de relever le défi, et qu’ainsi la violence surabondante se transforme en violence basse, mesquine, pauvre, sans envergure. Il se peut que notre cervelle soit trop faible pour admettre l’articulation de conscience radicale.

Cela doit exister des espèces trop peu armées et qui déprissent longuement sur leur planète, isolés, perdus, écartés du grand chambardement. Peut-être sommes-nous trop peu solides et limités.

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