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instants philosophie

La pensée comme violence pure

2 Mars 2014, 14:21pm

Publié par pascal doyelle

Notre être est autre et étrange en ceci que l’on ne sait absolument pas à quoi l’assigner ; il n’a pas de finalité avérée, de destination.

L’effondrement par le moi ; la réflexivité n’ayant plus d’autre substance que ce vécu, ce moi bricolé, objet de toutes les attentions, perversion de l’être libre en ceci qu’abandonné par l’universalité, toute conscience est enfermée dans un tel bricolage. Il n’est du moi aucune solution ; sinon de se clore raisonnablement ; d’adopter une vie raisonnable.

Parce que ce qui va porter le moi dans sa folie, sa déraison, n’appartient pas de toute manière à l’ordre du monde, au donné, au vécu. Ce qui énormise le moi est son sujet ; sa réflexivité hyper active.

Laquelle pour naitre à elle-même n’a pas d’autre possibilité que d’advenir comme sujet ; non seulement d’atteindre l’universel (l’ancien idéal) mais tout autant de s’exploser comme sujet pur, dont les hérauts menèrent l’hyper vie intensive, la déraison et le dérèglement, le dérèglement non pas seulement dans le vécu (ce qui ne serait rien) mais le dérèglement de l’être, des signes, du langage, du groupe. Il faut imaginer que la réflexivité est « ce qui est lâché » furieusement dans le monde, le donné, le vécu, ce qui attaque et désagrège les groupes, et forcément ce qui va s’en prendre à la raison raisonnable, à la raison qui se voudrait assagissement et plénitude.

C’est l’impossibilité d’un monde régulé. Le moi et ce qui couve au-dedans, les sujets, est l’engeance lancée sur le monde. Il n’est aucun raisonnabilité qui soit à la mesure de l’indéfiniment être du sujet, de l’être-libre. ça va inventer la folie, l’absurdité, autant que le romantisme ou le surréalisme, remodeler l’esthétique et vouloir la révolution politique réalistement. Ça n’a pas de frein ; de même cela peut s’invertir comme désir de mort, comme destruction, comme violence pure. La réflexivité est l’articulation fondamentale ; elle prend sur soi n’importe quoi. Ce qu’elle veut c’est s’éprouver, sa violence est totale.

La réflexivité qui a inventé l’universalisation, la vérité principe, était elle-même une diabolique machine de la pensée. Elle éradique tout ce qui la précède et lui substitue le rien aveuglant de l’être, comme idée-force, comme forme pure, arasant tous les mondes particuliers. Aucun n’y survivra. De même lorsque la réflexivité descend dans la réalité même, cad dans l’individualité, se déchaine impitoyablement Rimbaud et Artaud, Nietzsche et la vision épouvantable hégélienne (qui est d’une cruauté sans égale), l’inflexibilité kantienne, ou la volonté surpuissante de Nietzsche qui veut accrocher l’énergie pure d’exister. Ça n’est pas un repos. Ça n’est en rien une raisonnabilité, une pacification.

De là que se déchainèrent toutes les violences, massacres et exploitations. La machinerie de la pensée, la volonté réflexive individuée, veulent bien autre chose que la seule humanisation.

L’astuce de l’histoire, de l’historicité, tient en ceci ; non pas d’amener la paix, mais de se concrétiser si puissamment, que la dite violence plutôt que de se déverser dans la force et la contrainte, s’élève et devienne à son réel niveau ; en tant que pensée et en tant que libre pur.

Ça n’est pas de contraindre notre être (à une raison raisonnable ou une règle pacifiante) que cela conduit ; c’est de vouloir si radicalement cet être que l’on puisse le produire intellectivement d’une part (selon la vérité principe et l’universel) et selon la libération d’autre part (de même que l’universel est le partage du vrai, du bien et du beau, le libre se propage et se donne les moyens de sa liberté, ce qui constitue la politique elle-même, dans son essence).

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