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instants philosophie

La pensée n'est pas la "raison"

20 Mars 2014, 16:29pm

Publié par pascal doyelle

Si la philosophie augmente notre être, c’est depuis la découverte-invention de la pensée par les grecs qui veut ici et maintenant réaliser instantanément notre puissance, cad notre potentiel.

Notre être existait auparavant en toute humanité, en quelque monde que ce soit, mais il se trouve que par les grecs (cela aurait pu survenir ailleurs) cet être prend conscience de lui-même et c'est ce mouvement interne à notre être qui est le lieu propre de la philosophie; il ne se saisit pas exclusivement comme philosophie mais comme esthétique, éthique, politique, idéel (connaissance) et ce hors de tout groupe-langage-monde localisé. Ce que l’on nomme universel n’est pas une propension à telle sorte de discours, mais est notre être en instance de réflexivité ; ce qui veut dire que rien n’est écrit nulle part, et que c’est à partir de son propre chemin qu’il avance.

Il est donc de l’éthique, esthétique, politique, idéel ailleurs, mais non pas le saisissement par lui-même de notre être se décidant exclusivement pour le réflexif. Partout où l’éthique, l’esthétique ou le politique s’est exposé, cela est recherché par le réflexif, et du dispersé il ramène à lui toute la réflexivité. Et toutes les instances réflexives trouveront dans la réflexivité ce qui s’est emparé de l’humain, les humanisations diverses et variées s’y existeront comme telles, réflexives.

La philosophie ne se focalise donc pas sur la vérité en tant que raison ; l’ensemble de la pensée grecque est la prise en compte de tout ce qui est, y compris qu’il y ait un être qui pense (de même que suite à Descartes il faudra objectiver, exprimer, représenter l’être comme contenant un tel être dit libre, purement libre ; de Descartes à Lacan en passant par Kant et Hegel, Husserl, Nietzsche et Heidegger). On assiste donc à une pensée complète de « ce qui est » nous y compris.

Ramener une telle ampleur à la « raison » est insuffisant ; ça ne permet pas de penser, de réfléchir, représenter ce qui est arrivé. La raison est l’idée que l’on peut se faire lorsque l’on veut aligner la philosophie à la science ; une sorte de discours extérieur, objectivement plat, étal. La pensée est tout autre chose ; on n’y entre pas sans se modifier soi-même.

Soit on se décentre selon notre être identifié à la pensée, soit on se dénoyaute soi en tant qu’être libre purement et formellement. Les étrangetés des grecs (et suivants) s’égalent aux devenirs obscurs, voir abscons des sujets faisant suite à Descartes ; mais la réflexivité est la même qui consiste à nous positionner (comme dit Kant) dans le donné « là » de la réalité, à saisir en une fois que nous y existions et à comprendre que par la pensée ou la réflexivité notre être est instamment bifurqué. Soit décentrement soit recentrement sur sa forme pure, cad le libre. c’est cette bifurcation la difficulté de la philosophie qui non seulement se décentre mais aussi se réinstalle un autre être.

Ce qui rend incompréhensible pour les sujets la pensée précédente, grecque ou classique, et contre quoi ils se révoltent ou qu’ils veulent dépasser, est l’exigüité de la pensée universelle pour l’être libre ; sa réflexivité de sujet le touche au centre même de tout ce qu’il est. La pensée requérait une conversion dans l’universel, la réflexivité du sujet entame une totale refonte de ce qu’il est ; la réflexivité vient chercher le sujet dans son immédiateté et sa matérialité même.

De là que le sujet se transformera en ce sujet absent de la science, de la raison, de la vérité réduite. Il s’abstrait de lui-même, il s’absente de son être et analyse la matérialité (du corps, des choses, des réalités). Mais cela n’est qu’une part du déploiement de la réflexivité ; l’acculturation a eu lieu qui a créé des sujets ; s’échelonnant dans tous les ordres ; de l’esthétique au politique, mais aussi de l’humanisation à la personnalisation. De plus continuant d’ouvrir la dimension de la réflexivité, tout sujet explose dans les zones aberrantes ; celles qui s’exposent dans l’acculturation mais aussi celles de toute personnalisation ; chacun est entraîné, poussé par la réflexivité qu’il est, dans l’appréhension de sa possibilité, de même que parallèlement la démocratie dont on ne connait pas encore l’essence possible, pousse à être au-delà de la subjectivité mais au-delà aussi de l’objectivité (qui lui est trop réductrice ; les idéologies qui sont telles des réductions intellectuelles en font et en feront les frais, y compris celle en cours hyper libérale ou celles qui tentent le coup de telle ou telle occasion ou théorie).

Il ne s’agit donc pas d’une perte, d’une déchéance, d’une absurdité, d’un n’importe quoi ; et nous ne sommes pas livrés au multiple et à l’entassement de la détermination ; ce qui est en jeu est le devenir même de la réflexivité, qui ne contient rien mais tient serré sa propre cohérence et explose, expose les mondes et les personnes, mais il est clair que ces mondes et ces personnes n’existaient pas antérieurement ; elle les pousse à être, elle lance son propre rythme de l’être.

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