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instants philosophie

La personnalité et la pensée

15 Mars 2014, 16:31pm

Publié par pascal doyelle

La philosophie n’est donc en nulle manière en perte de vitesse, puisque Nietzsche ou Heidegger ou Lacan ou Badiou, etc, fonctionnent comme des métaphysiques.

C’est que la philosophie n’a jamais séparé l’homme ou l’être de l’homme, du monde ou de « ce qui est », et que toujours les deux sont pensés en une fois.

La philosophie expose donc depuis le début notre être en tant que "là" dans "ce qui est" ; cet être est sans contenu, ce qui veut dire apte à les recevoir tous. Il n’est a priori ni raison, ni esprit, ni irrationnel désir ou volonté, n’est pas plus sociétal que langage, etc, bien qu’il soit tout cela au préalable à son émergence ; il est l’arc réflexe de notre cervelle (vers le donné « là », n’importe quel donné là, sinon on ne voit pas qu’il soit utile et séparé ainsi de ces préalables).L’arc qui s’émancipe de cette cervelle, puisqu’il est conscience de (plus loin) soi (que l’on ignore et pour cause : il n’y a pas de « soi », sinon en tant que construit, de tout ce que l’on pourra découvrir comme élaborations ; du corps ou du langage, etc).

Cet arc réflexe qui surgit dans la cervelle (vers le donné « là », et on ignore jusqu’où s’étend ce « là ») est vide, de sorte que l’on peut lui supposer des tas de possibilités (des plus rationnelles aux plus ésotériques mais en passant par toute religion ou mystique ou immédiateté ou désir ou inconscient, peu importe). Peu importe parce que si tout est supposable, ce sont des suppositions ; ce dont la philosophie ne peut pas tenir compte. Et si effectivement la philosophie a tablé sur telle identité (de la pensée des grecs, idéaliste ou nominale, à Hegel et l’esprit, ou Nietzsche et la volonté, etc), c’est essentiellement aux fins de démonstrations ou de monstrations. C'est la structure qu'il faut lire avant parfois et surtout au travers des contenus.

Par cela, cette démonstration et cette monstration en chaque philosophie à chaque fois se transmet quelque partie de l’articulation de la conscience au monde donné « là », et cette articulation et ses compte rendus philosophiques, avancent et progressent. Mais en tous état de cause la fondation philosophique veut amener ici même dans la vue « ce qui est » : le réel et notre être ci-devant, à la fois.

La progression de la compréhension de notre être commence avec les grecs (qui veulent localiser la pensée, son activité, sa raison d’être, son possible, son extension, etc) mais se continue avec Descartes et le surgissement de notre être tel quel, comme os, comme ontologie directement agencée sur l’ici même de toute conscience, jusqu’a Husserl et l’extraction de cet être-autre de « conscience » (quant bien même serait-il question alors d’idéalisme et de contenus intentionnels de la structure, qui elle-même n’en contient pas).

Et ceci jusqu’au durcissement ontologique de la phénoménologie par Sartre (pour qui la conscience est non plus un contenu, idéaliste, mais une « demi structure » dont il tente la description, la conception) et jusqu’à Lacan comme détourage en négatif de notre être (puisque le « sujet » est pour Lacan le sujet-inconscient, qui n’est pas un « sujet » bien qu’il soit un-inconscient, absolument positionné et décrit dans ses jalonnements, or pourtant aussi prégnant l’inconscient soit-il, il reste l’inexplication que l’on puisse le reconstruire objectivement, ce pour quoi Lacan continue de maintenir le sujet de la science, le sujet absent, qui seul est en mesure de dessiner des petits schémas, des topologies).

Nous voici donc tel un être vide qui ne se connait que comme « conscience » ce qui ne comporte rien, et ne fait évidemment plus référence à quelque idéalisme ou sujet substantiel ou identité que ce soit ; c’est un point. Un regard formel, tourné vers le « devant », le « là » sur lequel défile les mondes humains, les personnalités, les signes et les langages, les imaginations et les suppositions.

Il n’est pas d’antériorité à cet être formel ; pas de volonté, de désir, de pensée qui existerait de par elle-même, ni de corps ou d’identité ; c’est un cadre pur et simple qui agrège ceci et cela dans le vécu (et aboutit à formuler un moi, pas plus unitaire) et de même n’est pas pensable comme volonté ou désir. C’est lorsque l’on entre dans une identité qu’ensuite on va caractériser cet être comme « volonté métaphysique ou ontologique », comme désir nomade ou inconscient, comme force de toute sorte, scientiste ou économiste, mais aussi qui se cosntruit lui-même comme "moi".

Mais bien qu’il soit sans contenu, cet être existe et évidemment comme structure ; c’est la fine dentelle de cette structure qu’élabore pluriellement les philosophies ; cela aboutit à sertir, dessiner la structure ontologique de notre être à la surface de « ce qui est ». Les philosophies sont des descriptions rigoureuses de notre position ; il est un positionnement du sujet cartésien, kantien, nietzschéen, etc, mais comme il existait une position de notre être lorsqu’il était identifié comme Pensée, des grecs jusqu’à Plotin. Il est clair que la positon du sujet décrit plus instantanément que l’ampleur de la pensée grecque, mais aussi la description moderne jusqu’aux contemporains de notre être est plus précise et plus investie ; aussi l’extension grecque est suivie par l’intensité individuée (qui est en-deçà de 'individuel, grec ou du moi, de la personnalisation).

Non seulement le retournement réflexif grec de la philosophie de la pensée (de notre être identifié comme Pensée) était un décentrement de l’immédiateté, et donc difficile pour quiconque de se quitter soi, d’abandonner son individualité immédiate, mais aussi de se retourner sur son être propre, de dénoyauter le sujet que l’on est, requiert et ajoute une intensité de plus ; et comme notre formulation pour nous est la personne, la personnalisation et que le moi tient plus que tout à son unité, à son identité, il devient extrêmement difficile pour quiconque de relativiser ce moi (qui est tout, plus encore que pour les grecs qui n’admettaient que l’individu et non cet investissement du moi sur lui-même), de le relativiser par et dans un décentrement plus déréglé encore ; puisque ça n’est plus la pensée qui se joue mais notre être en tant que conscience, en tant que chaque conscience qui se déclot de son moi surinvesti.

De cela les formes extrêmes et difficiles que prit la métaphysique en tant qu’ontologique ; du romantisme ou idéalisme échevelé aux existentiels ou aux schizoïdies de Deleuze, des révoltes instantanées aux ontologies non humaines (Nietzsche, Heidegger, etc). Nous sommes loin du calme olympien grec, et de la sérénité ou du bonheur ou donc de l’augmentation de l’homme par la Pensée, nous sommes dans le drame, la tragédie, la négation, le nihilisme, le dégout, l’absurde et le désespoir, mais aussi la perversion et la dépression, les divergences du moi ; c’est que l’on est passé de la métaphysique (à fondation de notre être comme étant la Pensée), à l’ontologie (qui engage notre être même comme sujet, fut-il coincé en un moi surdimensionné).

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