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instants philosophie

Les morts diverses et variées de la philosophie

12 Mars 2014, 20:49pm

Publié par pascal doyelle

Les critiques qui pleuvent et tombèrent sur la philosophie, la métaphysique, l’ontologie, le supposé idéalisme ou la « connivence » d’avec la religion, ou la bourgeoisie ou la dominance ou ce que l’on voudra, les commentaires, les longues pages sur la mort de la métaphysique et autre décès divers et variés ne suffisent pas, puisque ces contradictions manquent leur cible, de sorte que la métaphysique renoue à nouveau un peu partout, ne sachant comment se justifier, se valider, tirant par la science ou l’idéologie, l’ethno centrisme ou l’anthropologie, le cognitif ou la psychanalyse. Tirant ; ce qui signifie créant ou utilisant des concepts, des idées à la remorque de telle ou telle autre discipline.

Tout cela est très bine, excellent, indispensable, mais l’atteinte au métaphysique, à l’être ontologique lui-même est peine perdue. Il n’est rien d’autre que cet être ; lorsque les grecs extrait et propulse l’universalisation du langage, ils sortent du monde, de tout monde, et manifestent exposent notre être. Non pas telle ou telle idée ou système d’idées, mais l’ossature même de ce que nous sommes. Et non pas telle ou telle détermination ou ensemble déterminations pêchées ici et là, mais l’ossature donc, le nerf ontologique.

De même que Descartes, qui demeure inébranlable en cet os, extirpera notre être même, en tant que cette fois il n’est plus seulement la pensée (qui re-situe tout ce qui est), mais est la conscience de la conscience de soi comme conscience ; le se-savoir inamovible ou donc réflexivité sur la réflexivité préalable des grecs). On pourra tourner autour du pot comme l’on voudra, on ne pourra pas faire que toute science, toute idéologie ou idéomanie ou éthique ou esthétique, etc, ne s’effectuent pas de et à partir de cet os. De cet être.

Comme les critiques tablent sur un platonisme riquiqui, et incompréhensible en réalité au vu de cette interprétation (les grecs ne tiennent pas à la « raison » comme extériorité mais à la pensée comme intériorité de l’apparaitre, il n’est pas de séparation entre l’un et l’autre), sur une incompréhension de Hegel et de la philosophie de l’identité (alors que tout se meut et s’expose dans sa vie même en propre), tablent donc sur des facilités considérables, elles ripent et retombent dans une ontologie prétendument immédiate, scientiste ou criticiste (qui veut en rajouter sur Kant, qui n’en demandait pas tant et pervertissant l’architecture du sujet kantien).

Mais l’incompréhension qui s’abat sur un tel ou un tel, fait front sur des identifications qui paraissent sensées, qui en fait sont d’abord incompréhensibles (à moins qu’Aristote ou Hegel furent des idiots), et d’autre part des identifications qui ne discernent rien en ce qui est énoncé, qui réduisent les descriptions de notre être à des fétiches entrant en scène dans notre propre présent.

L‘identité absurde majeure consiste à croire que la raison va définir un objet, massif, substantiel, ou que le sujet est présenté telle une forteresse close, fermée, qui contiendrait par ailleurs ce contenu monolithique. Or tout montre dans les textes et les démonstrations et monstrations que la philosophie n’est pas la raison (toute figée) mais la pensée et que le sujet n’est pas le conscient mais la conscience, pur mécanisme vide. La philosophie fut et reste intégralement dynamique et on confond simplement des blockhaus imaginés avec la réflexivité mouvementée. Les révoltes et critiques sont elles-mêmes encore les effets tout aussi pertinents mais qui se méconnaissent comme telle, comme philosophie.

Elle n’occupe pas du tout une centralisation de discours, mais une position ontologique dite réflexive ; autrement dit en tant qu’elle manifeste l’être qui est nôtre, purement formel et vide mais certain de soi et rendu à sa possibilité, c'est-à-dire à sa puissance. Puissance non pas du monde, mais au travers des mondes, non pas du moi et de quelque subjectivité que ce soit, mais via les mois, et en-dehors du débat subjectivité et objectivité.

Cet être fonde deux principes qui valent non pas comme principes mais comme étant le réel lui-même, et forme un système formel qui est en partie pensée et en partie réalisée ; autrement dit la réflexivité continue son devenir en utilisant tout ce qu’elle peut utiliser, en quelque ordre que ce soit. La philosophie ici reprend les acquisitions et là accélère le possible de la réflexivité.

Ça n’est donc pas à proprement parler le devenir philosophique du monde, mais cependant la philosophie est la discipline qui prend sur soi d’exprimer, de serrer au plus près, de situer, de réfléchir en un mot la réflexivité qui essaime au travers du monde humain, rendu un, unique, par-delà les mondes particuliers, compte tenu que sans cesse le monde se referme sur lui-même en tel ou tel groupe, langage, telle ou telle acculturation qui malgré tout participe à l’acculturation réflexive généralisée, compte tenu que le monde se désire comme mondes chaque fois clos, de même tout moi si il n'était son sujet.

Etant donné que le devenir est celui du réflexif même, la philosophie (parvenant à isoler au plus près cet « être » qui est « nôtre »), lorsqu’elle entend décrire ce qui arrive, ce qui continue d’advenir dans le monde, le donné, le vécu, ne propose pas seulement un discours ou une abstraction, mais le mouvement même de structurer ce qui est à tel ou tel moment de la réalité. Ou donc ; les grecs n’inventent pas un type de discours seulement, mais poussent à être notre être délivré des mondes particuliers ; ce qui veut dire des groupes humains, des corps déterminés, des langages communs, etc.

De même que l’on a désiré se refermer sur la religion, sur l’idéologie, sur la technique et sur la science, pareillement tout moment tend à se clore sur son propre présent. Mais l’être réflexif est hors du temps comme il est hors de tel ou tel ensemble de déterminations.

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