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instants philosophie

La condition inhumaine

24 Avril 2014, 08:12am

Publié par pascal doyelle

Les dernières pointes qui avancent dans et par la réflexivité découvrent le réel.

C’est le heurt sur lequel tombèrent les consciences en ceci qu’elles s’aperçurent que la réalité existe. Que cette existence est « là » au-dehors. Que rien ne peut l’entamer. Il ne s’agit pas seulement des malheurs qui arrivent, des attentes impayées, des amours impossibles, etc. Il y est question que la conscience ne pénètre pas dans la densité de ce qui est.

On n’y a aucun accès.

Il est possible de découper ici et là des cercles de déterminations, ce sera le vivant, cet arbre, des textes, tout ce que l’on voudra. Mais la densité d’existence est non connue. Notre être n’est pas cet être « là », existant en son unité propre et aucune pensée, aucune intention, aucun projet ne s’y produit ; nos intentions demeurent à la surface, survolent le donné réel, sans même l’effleurer. Il est peut-être possible d’exploser cette planète, mais ça ne change rien. Le réel est inamovible.

On pourrait croire que l’absurde ou le désespoir ou la mort dans l’âme, sont des expériences négatives, qui nous clouent au sol inaltérable. Mais il s’agit très exactement de l’expérience privilégiée, la dernière expérience ontologique, touchant l’être même dans son épaisseur, qui résulte du heurt frontal de notre être de conscience, contre le donné « là », l’existence en soi.

Ce qui donc signifie que l’on est parvenu, au bout d’un déroulement parfois chaotique ou désordonné, mais statistiquement imparable (de la pensée grecque à Husserl), on est parvenu à laisser coïncider en un face à face non descriptible notre être de conscience et le « là ». Tel que chacun est directement en prise impossible avec cet être, le réel.

Ou donc plus aucune interface entre notre être, nu, dépouillé, et le là des choses. Notre être purement réflexif qui ne sait que son unité, se brise sur le là du monde donné vécu. Le décapage est radical. Notre être est scié en deux de s’effondrer en son unité en plein sur le donné imperturbable. Et les mots qui nous reviennent d'alors sont « ça existe ».

Notre être admet pourtant ainsi une unité ; il se dit qu’il n’est qu’une vibration sur le donné du sol réel, mais cette vibration se sait. Elle existe elle-même d’un être non identique au donné, hors du réel solide. Au point qu’il va douter de sa propre réalité, mais tenir bon malgré tout ; Sartre est poussé par une exigence qui doit, à tout prix, s’imposer au là globuleux, nauséeux, absurde et pour tout dire abruti, idiot, informe en comparaison (aussi compliqué ou complexe soit-il, c’est un ramassis de données sans fond, sans prise, totalement étranger à « ce que nous sommes » en cette fine pointe ontologique de la conscience qui se heurte).

Ce qui remonte au jour ça n’est pas seulement l’être « là » des choses, la résistance fondamentale de ce qui est hors-nous, mais c’est aussi le rapport parfaitement objectif de nous avec notre être ; notre être est presque aussi déroutant de s’exiler du donné « là », qu’est, extérieur et inerte, cet être des choses. Ça n’est pas tant le pathos qui est joué, que la curiosité incompréhensible que ça ne coïncide pas du tout, que nous n’avons rien de spécial à faire ici même. Ça n’a pas de rapport, et notre être de conscience n’existant qu’en tant que rapport, le réel coupe court à notre flux. Ça arrête net que nous soyons, que nous soyons quoi que ce soit. sauf la fine pointe exigüe impossible.

Parce que si c’est la densité des choses qui nous est impénétrable, autant laisser tomber. Tout peut bien continuer comme avant, il y manquera la substance même. Nous sommes jetés dans le désordre ou plutôt en un désordre inattendu ; que ça ne correspond pas dans la nature même de ce qui est entre notre être et ce réel là (tout ce qui est en sa surface). Ça échappe par un bout et ce bout qui manque soudainement affaisse tous nos pas, sinon de faire semblant, de faire comme si rien ne s’était passé, alors que tout, notre substance même, s’est volatilisée au contact instantané du réel. Notre substance imaginaire, ne nous advient que le squelette de tous nos effets.

Et cet étonnement n’est pas une bizarrerie qui toucherait ceci ou cela de nos parties d’existence, mais cette rupture, ontologique, atteint et fait apparaitre, provoque la naissance, le surgissement de notre être nu, encore plus dépouillé, l’os de cet être que nous sommes. Sans la conscience aigue de l’absurdité, l’horreur et l’incomparable désordre fondamental, bien au-delà des misères et des malheurs (qui sont ceux du sens de la vie, désir, rêves) notre conscience se serait loupée, manquée, s’ignorerait, continuerait de rêver, de se rêver substantiellement (comme si elle était chez elle, d’une manière ou d’une autre). Là plus moyen de tricher, notre être est autre dans un réel radicalement autre.

Radicalisons et approuvant notre être tel dans un réel horrifique en sa moelle, on replace l’étonnement inattendu, le coup de foudre, la scission, dans le devenir général de notre-être ; sa réflexivité est descendue dans le plus concret le plus immédiat, en chaque moi humain, livré à lui seul, sans interface, et c’est brutalement que l’os de notre réalité, l’être, la fine pointe arcboutée sur le réel, la conscience-de, se jette dans le donné tête baissée ou est jetée contre le mur-qui-est. La même réflexivité grecque qui animait le monde immédiat de la pensée insufflant la cohérence et nous acquérant le monde cosmos et vivant intellectivement, augmentant toute la surface de notre être, cette réflexivité est en ce terme réduite à nue à cette-conscience, et avance plus loin. L’anéantissement de toute notre substance, nous libère pour le Grand Dehors. Le reflux de la cervelle ne conserve que l’os, l’articulation majeure.

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