Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
instants philosophie

La valeur du Moi

20 Avril 2014, 16:44pm

Publié par pascal doyelle

Pour résumer, les grecs découvrent notre-être, cad une structure réelle, effective, agissante, que l’on nomme ici réflexivité et qui passe outre les mondes particuliers, mais évidemment tout aussi bien au-dessus des pensées particulières.

La pensée n'est pas la raison

Ce que les grecs déploient est la pensée et non la raison. Mais ce qui se monte par les grecs et qui est enregistré comme pensée, se réalise tout autant selon l’esthétique, l’éthique, le politique, l’idéel (la connaissance), et provoque qu’il y ait un statut de l’humain (en tant que relevant la pensée, non pas en tant qu’individualité existant d’une infinité propre).

La même réflexivité s’invente en tant que chrétienne par ailleurs et pensée grecque et réflexivité chrétienne se trouveront en coïncidence parfaite en ce que la pensée est réaffectée à dieu, mais à dieu en tant qu’il est la dernière conscience indéfiniment réelle, celle qui rassemblent toutes les consciences, et qui nous conduit, par le christ, à faire retour, à re-naitre comme conscience tendue vers la dernière unique et totale.

Descartes

L’indéfinité ouverte par le christ (que l’on y croit ou non n’est pas du tout la question, cela relève de chacun, puisqu’objectivement on ne sait pas ce que c’est qu’une « conscience », ce qu’elle peut, la philosophie décrit uniquement ce qui est ici et maintenant constatable) et la concentration de conscience que provoque la pensée, sont accélérées par Descartes qui institue ici et maintenant non seulement que la pensée est, (les grecs sont l’actualisation de la perfection, cad cohérence de la pensée, tous les éléments sont ici et maintenant appelés pour que la compréhension puisse s’exister, sortir de), mais que cette pensée est pensée par un sujet ; on nommera sujet non pas la « subjectivité », mais le retour vers la structure de la structure de conscience elle-même ; la conscience se réfléchit. Descartes sait que la pensée n’existe que par une volonté plus lourde, plus grande et plus subtile à la fois que n’importe quelle pensée ; il décrit la suspension de la volonté, la suspension de notre être donc (dans la Méthode, mais toute la réflexivité cartésienne est d’amener à montrer, faire voir, en direct, comme notre être peut se sur vouloir et Descartes commence donc de décrire l’architecture de cette dimension).

Pensée et raison

À partir de ce moment on peut parler d’une part de pensée (réflexive entendant à la fois grecs, chrétiens et cartésiens et post cartésiens)et d’autre part de raison (qui existe pour et par un sujet, soit qu’il soit proposé également, rigidifié, ou soit qu’il s’absente ; il fait comme si il n’existait pas, et c’est la structuration logique ou scientifique ou scientiste de l’énoncé qui l’emporte, c’est l’objet qui est nanti de densité propre, par un (non) sujet, ce qui veut correspondre à tout aussi bien Leibniz et Spinoza, qui veulent boucher ou ignorer le trou béant du sujet invisible, indescriptible, hors pensée et l’un comme l’autre tentent d’administrer une pensée qui recouvre ce trou, mais du fait du sujet la pensée est pour eux devenue la raison).

Les conditions de sujet(s)

Mais la pensée qui se continue (réflexive donc) est cette fois localisée extrêmement précisément en « toute conscience », en chaque conscience ; ceci produit donc la description des conditions de sujet, ce qui comprend tout autant Descartes que Kant, Hegel que les idéalistes allemands, Stirner ou Kierkegaard, Nietzsche ou Bergson, mais le mouvement se précise encore avec Husserl, Heidegger, Sartre et Lacan.

Les descriptions de conditions de sujet sont aussi précises et rigoureuses que les descriptions des conditions de vérité ; on a donc d’une part un déploiement des conditions de vérité et une exploration lorsque cette réflexivité descend dans le plus concret, le plus existant des possibilités et conditions de sujet. Kierkegaard délivre une compréhension et les distinctions qui correspondent à notre être tel que là, à cet être dont Descartes est le premier nettement caractérisé et affirmatif de cet être (dont Nietzsche sera la reprise), qui donne donc à cet être d’être représenté (dans la représentation, l’acculturation), et qui communique instantanément à toute conscience d’admettre qu’elle est-là, que la réflexivité est réelle (ce que les grecs imposent) et que cette réflexivité est une-conscience (à chaque fois).

Réflexivité et cohérence

On voit bien que si le principe régulateur général était la « raison » (ou la pensée entendue comme « rationnelle », exposant un discours étal et plat, qui ne modifierait pas notre être de conscience qui n’entamerait pas notre réflexivité), on se saisirait pas du tout que la réflexivité puisse se marquer individuellement en et par toute conscience, et on ne comprendrait pas du tout surtout, que la réflexivité lors même qu’elle est individuée, est encore plus rationnelle » que la raison séparée et objectiviste ; c’est que la rationalité qui court depuis le début n’est pas la « raison » (définissant en et par un objet, une objectivité ou objectalité) mais est la cohérence ; la cohérence est le principe de régulation de la réflexivité en tant qu’elle n’accepte rien , rien qui ne lui soit pas égale et coextensive ou coextensible.

On ne saisirait pas en somme que notre être est instantanément arc bouté sur le donné, le monde, le vécu, et que cette articulation est une architecture structurelle et que enfin c’est le devenir de cette forme, de cette structure qui veut, crée sa dimension propre ; dite intentionnelle (mais non pas exclusivement au sens husserlien ; elle ne fait pas sens, idéaliste, elle est et devient). L’idée de l’être est ainsi l’idée, le rapport vers une surface vide et neutre, qui possède ses propres conditions de vérité, de même que notre être (que l’on nomme le sujet , n’ayant rien de subjectif essentiellement) est une forme neutre et autre qui réclame ses propres conditions d’existence.

Les conditions du moi

Ainsi Descartes ou Nietzsche ou Lacan nous pro-posent de saisir, comprendre, repérer les conditions du sujet qu’est toute conscience ; on ne peut pas y accéder sans y être, y exister. Ce qui en nous n’y comprend rien, à ces grands sujets qui proposent leur être, est spécifiquement notre unité de moi ; la personnalisation qui a réalisé l’humanisation (tendue par l’universel et l’universalisation, aboutissant à l’Etat, au droit, à l’acculturation généralisée, mais n’est réellement humaine que de se personnalisée) a formé, formulé un « moi » pour chacun, et il est évident que ce moi est une conquête, un acquis, une difficulté, une exploration, un devenir, un possible entier qui durant tout le 20éme s’est réalisé, rendu réel, a élaboré son propre monde, son acculturation propre (l’acculturation du 20éme remplaçant toutes les autres, antérieures ou ailleurs) ; acculturation qui n’est plus sustendue par l’universel mais par le devenir de la personnalisation, de la motivation à être « qui l’on est ».

Il est clair que contrairement aux dénégateurs (et enfumeurs) de toute espèce, on ne peut pas traiter du moi comme d’une pauvre chose, ou d’un matériel petit bourgeois, ou d’un mépris envers la « massification » (qui relevait du 19éme), ni opposer cette acculturation formidable de la personnalisation à une culture supérieure idéale antérieure (qui eut absolument son efficace et qui est reprise dans et par cette acculturation personnalisée). Il est hors de question également de scindé acculturation personnalisée et acculturation universaliste, ou de prôner la liberté du sujet contre l’universalité de la pensée ; dans tous les cas il est question de la Même réflexivité.

Cela aboutit donc à préciser que ce à quoi tout moi est confronté, son devenir soi, est ou atteint une profondeur sans pareille ; c’est effectivement que chacun doit se dépêtrer en et avec son identité. Et Lacan n’arrive pas par hasard qui seul ouvre la compréhension de cette identité ; l’être humain, la personnalité que quadrille Lacan n’est évidemment pas le sujet mais c’est le moi en son identité difficile et en la complexité étendue, voir sur étendue, de son être agissant et en son état.

Si ce moi est si difficile à cartographier (et tout aussi difficile à vivre, à articuler, à créer ou recréer) c’est qu’il se compose, il est indéfiniment composé et en lui, en chaque moi, en toute personnalisation, se joue le Jeu fondamental. Et ceci est d’autant plus imposant qu’en tout moi, il est un sujet, ce qui veut dire non pas un double ou on ne sait quelle figure, mais il est la réflexivité même en tant que rapport.

Les grands sujets (Descartes, Nietzsche, Husserl, etc sans nommer les éthiques, esthétiques, politiques, etc) sont évidemment super essentiels, mais les devenirs du moi, de tout moi forment le creuset de « ce qui est », et qui devient.

Commenter cet article