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instants philosophie

Husserl - Nietzsche -Heidegger

10 Mai 2014, 12:51pm

Publié par pascal doyelle

(Il fut donc exploré par les grands sujets mais aussi par les petits sujets (nous autres en tant que mois), et enfin par le sujet absent de la science le possible de cet être bizarre qu’est la réflexivité constituée (sur son vide structurel de conscience de la conscience, de cet être étrange) la possibilité qui lui est ouverte.)

Les grands sujets

Outre que Husserl discerne enfin ce que c’est que l’activisme de notre être, de cette simplement conscience qui est, c’est ce foyer incontournable que situe Heidegger en le désignant « là », parallèlement Nietzsche s’en saisit au plus haut de sa performance en tant que survolonté ; volonté de la volonté ; ce qui n’est pas une absurdité ; ni un trait idéomaniaque (qui montrerait en épingle une propension par illustration d’un vitalisme bas de gamme). C’est le creuset de notre situation et de notre situation ontologique.

Il faut bien utiliser les paramètres de la philosophie pour définir ce qui est en jeu. Ce qui parait description d’un « là » ou d’un « être » que finalement on cernerait comme contingent (un corps animal qui croit se « penser », quelle fatuité sirai-on), doit à l’inverse s’admettre comme réellement le descriptif de son être dans le réel. Autrement dit Husserl détoure et isole l’activisme efficace, l’effectivité, cad ce qui porte à conséquences et effets bel et bien réels et agissants. Heidegger approche réellement ce que nous sommes en un tel « lieu », Nietzsche pousse cet être au plus loin de lui-même et manifeste, exprime, et nous foudroie de notre possibilité (ce qui est extatique de la moindre ligne nietzschéenne, il transporte notre être sur un plan in-connu, inconnu par essence).

Ce qui semble par ailleurs la constatation d’une déréliction, d’un non sens, d’une perte idéaliste intentionnelle (Husserl ne récupère jamais l’idéalisme des contenus de conscience ; il croit que le sens est ce qui se réfléchit dans l’activité de conscience, mais en réalité c’est la réflexivité même qui se travaille et qui se produit comme réseau de faisceaux intentionnels, dont les contenus sont les tremplins, les moyens et non l’inverse). Ce qui parait un contrecoup mortel qui met à bas la pensée philosophique et anciennement universelle, est en réalité sa plus extraordinaire percée ; parce que la logique de la pensée philosophique n’est pas l’universel qui est un de ses effets, mais que cette logique est bien plus proche de celle de Nietzsche (qui pressent qu’il représente absolument la pensée même, qu’il le sache ou non et est la plus formidable reprise de la réflexivité philosophique, mais l’ignorait-il qui affirmait tant et plus qu’il inversait la philosophie même ?).

La volonté sans raison

A savoir que la réflexivité, en quoi consiste notre être, se veut. Et se voulant, et n’étant rien, elle pousse à être. Notre être est l’activisme, quant bien même désespère-t-il ici ou là de sa potentialité, il est la puissance même. Nietzsche a parfaitement raison de signifier son innocence d’une part (aucun contenu ne préside sur la conscience, elle est nue, la force est immédiatement « se voulant ») et absolument raison de lui accorder que dans le plus grand drame, le plus désespéré, le plus douloureux, elle se réjouit ; parce que c’est à sa mesure, et qu’elle se garde elle-même et maintient les contenus en dessous d’elle. Il a raison de proposer que la volonté est redoutablement complexe, et ça n’est pas le plus démonstratif de force et de puissance au sens commun qui vaut ; la valeur est cachée dans les tours et détours de ce que veut la volonté, (ce qui est aveuglant si l'on remplace volonté par conscience outre le conscient) et qui est rien moins qu’évident ; la conscience se véhicule dans des contenus retors et qui réclament une interprétation, qu’ils ne se livrent pas tels quels, puisque la volonté comme la conscience est finalement le plus irrégulier, fragile parce que subtil, et de plus non apparente telle quelle, etc.

La volonté de la volonté, cette absurdité qui parait ne rien signifier, porte au contraire la réjouissance majeure de ce qui ne rend compte de rien parce que cela tient le compte le plus radical. Le compte impossible. Celui qui ne peut pas être calculé consciemment, (selon la raison ou la raisonnabilité ou l’objectivité, des sciences ou l’objectivité simulée de la philosophie égarée), mais parce que ce compte est l’activisme même de conscience (qui n’est pas le conscient).

Il fallait que Nietzsche inscrive cette performance radicale en tant que « volonté qui ne sait pas », qui veut seulement, qui s’existe antérieurement à toute considération. Il le fallait parce que cette figure seule montre que nous surexistons, oui, mais que l’on n’en sait rien du tout…

D’où la tentation de disposer Nietzsche comme pensée magique ; elle ne sait pas, mais elle réalise. De où ? En réalité Nietzsche est la remontée dans la conscience de soi (de la conscience) de son mécanisme même ; il exprime, met en représentation le potentiel pur et comprend bien que ça n’est pas le conscient. Ça n’est pas une pensée mystique mais la description de ce mécanisme retors. Certes qui se figure comme « volonté », mais qu’est-ce que cela la volonté nietzschéenne ?

Sans doute est-il dans l’erreur de ne pas voir que cette volonté (vitaliste ? non pas, elle est ontologiquement définie, Nietzsche est un philosophe et il ne parle pas autrement que selon et par la philosophie même) est ce qui est nommé « conscience ».

De même que Husserl ne voit pas que l’intentionnalité tourne à vide et pour rien, parce qu’elle est telle qu’elle est, une forme élaborée à partir de la conscience. Ses contenus sont des moyens et non pas à la pêche de vérité. L'intentionnalité est le réseau tissé de conscience. La conscience est le mécanisme, dont intentionnalité devient dans son élaboration au travers de contenus spécifiques, la machinerie.

L’étrangeté de notre être

Comparativement on pourrait juger que les explorations de la structure de conscience sur son être, (que Heidegger transformera en observation sur cet être dans son « là », objectivement décanté), aboutissent à un monde qui n’est plus un monde, mais un univers insensé. Que l’on est loin de la raisonnabilité et de la pacification généralisée que réclame l’universalité, l’humanisation (qui existe sur et par cette fondation universelle). Mais en réalité c’est un approfondissement réflexif fondamental ; l’être réflexif (la réflexivité comme étant cet être et non pas comme étant un « être » se réfléchissant, lequel ? L’animal langagier, l’animal raisonnable ?) acquiert la conscience de sa position ; ce qui se cherchait depuis Descartes. Depuis que Descartes nous pose là, sur l’étendue du monde universel, planté comme un clou.

La position de cet-être (cette singularité qui ne ressemble à rien, au sens strict) est cela même qu’Heidegger veut saisir, décrire ; son être « là ».

Il faut donc comprendre ceci ; lorsque Husserl et Nietzsche s’emploient à accélérer la description de notre être, ce dont on prend conscience, on en prend distance ; dans cette distance notre être est, pour les suivants (Heidegger, Sartre et Lacan), posé « là ». C’est le « là » en lequel se refond cet être qui pose question ; c’est le là qui doit être élaboré, reconstruit et ce ontologiquement, cad pensé. Puisque la philosophie seule peut produire une représentation de l’impensable. C’est en ce point là qu’elle se situe, se condense.

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