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instants philosophie

La mise en forme de l'humain

24 Mai 2014, 09:47am

Publié par pascal doyelle

Notre-être au sens strict se limite ainsi à ce petit phénomène incertain de la conscience, distinguée du conscient (et duquel elle a émergé par les grecs, modifiant absolument toute humanisation, en s’extirpant des mondes particuliers, des mondes de synthèse unifiée bâtis sur le donné « là », local, d’un langage-groupe-immédiat).

Cette petite conscience de rien du tout, absolument vide, sans rien, s’en prend dès lors au monde, au donné, mais aussi au vécu. Elle atteint tout progressivement (elle débute de zéro et retourne toujours instantanément au zéro, au rien pur et simple de sa forme ; si elle ne contient rien, aucune détermination, si elle existe à peine, son demi être n’en est pas moins réel, et même sitôt qu’il se le dit à lui-même, se le manifeste sa structure s’investit commence de s’inscrire, peser à même le corps, dans la perception, dans l’humanisation et finalement dans et par la personnalisation, qui se débauche furieusement au 20éme siècle).

Ceci n’est rien du tout ; un petit mécanisme, qui cependant est le rapport lancé de la cervelle (et tout ce qu'elle contient, cad tout...) vers le réel donné « là ».

Si les grecs découvrent cet être, ils le dé-couvrent ; l’os apparait de ce qui était jusqu’alors recouvert par la représentation d’un groupe (que celui-ci soit la tribu et sa mythologie organisatrice de son monde, y compris de ses échanges, soudée par la Parole et la communication impérative, préservant le trésor de son langage marquant son monde, son territoire intellectif au sein de la masse qu’est la réalité incompréhensible telle qu’elle s’accole sur nos yeux, s’y précipite, la tribu ou les empires qui tentent de resynthétiser par la magie du roi ou de l’empereur dieu, de fournir de la magie de Parole dans l'hyper complexité des royaumes étendus).

L’os qui apparait n’est rien ; il ne faut pas se laisser tromper par l’apparence de résultats que produisent les grecs ; il ne s’agit pas d’un discours « là », une raison objective, (bien que l’activisme de la conscience se réalise par la surintentionnalisation des signes, des signes en tant qu’idées, qui elles-mêmes sont des rapports intentionnels ajoutés au langage, au groupe, comme la politique, par ex, au corps ou à la perception qui s’intensifie comme esthétique pure et voulue en et par elle-même, etc). Les grecs instaure la Pensée, ce qui signifie la réflexion sur ce qui (nous) vient ; dès lors il faut inventer chaque mot puisque l’intentionnalisation qui se met en place relève de l’expérimenté lui-même qu’une conscience opère sur son être propre.

Évidemment on ne sait pas ce que c’est que l’être de conscience pure et simple ; on le sait à peine au 21éme et on ignore à quoi cet être peut bien correspondre... Mais la maitrise de ce qui nous vient par le retour et la redéfinition des mots, des signes, n’aboutit pas d’abord à un discours tout fait et un corpus, mais aboutit à cet être-çi qui réfléchit son contenu et s’attache à tourner et retourner et détourner son contenu ; son contenu cela veut dire ses intentionnalisations.

Ainsi on ne veut pas la Vérité, on refuse de tomber dans une vérité qui ne serait pas dument agréée, assujettie, contrôlée de telle sorte que l'on puisse alors nourrir notre être intentionnel ; aussi va-t-on multiplier autant de systèmes possibles, déployant du même coup un discours second sur le discours ; les conditions de vérité (d’acquisition de l’intentionnalité débordante, qui emplit l’actualité de la conscience de la pensée) recouvrent « ce qu’il faut être afin de se laisser saisir par la pensée ». La pensée déployée par-dessus les mondes humains, désignant du même coup le monde donné là (commun à tous les mondes humains) et passant outre la limitation de chacun (qui s’augmente de penser, de multiplier l’intentionnalisation intense de son être de conscience pure, de cette forme).

Si l’on désigne l’être de conscience (qui n’est pas le conscient, ni aucun contenu et qui est la lancée hors de la cervelle vers le réel) comme forme, c’est d’abord que ce demi être (qui est et n’est que retour-sur, tel ou tel donné, tel ou tel contenu ; il ne dégage pas un contenu en propre, il s’active à propos de ceci ou cela, il lui fait retour et renvoie tel ceci à tel autre ; ce qui signifie en fin de compte le renvoie au réel, là devant ou ici même, ce corps par ex, cette perception, ce langage, ce mot), ce demi être existe tel quel ; comme structure (sans contenu). Mais aussi que d’autre part cette forme est « mise en forme ».

Il est clair qu’il y eut une restructuration complète de l’humain via les grecs, chrétiens et affiliés, via Descartes et jusqu’à Lacan (en passant par la révolution unique qui se déploie sur toute la planète). Et que cela a modifié non pas ceci ou cela mais tout, (étant entendu que ce « tout » s’effectue à partir d’un minuscule être de structure fine, l’articulation de conscience vers le réel), et qu’en plus le centre de notre réalité (humaine en général) s’est déplacé ; du groupe-langage-monde immédiat on a basculé à l’individué, à l’intentionnalisation du/sur le langage et au monde universel unique, au « là » absolument « là » au devant de nous, de tous, de chacun (indépendamment de tout contenu de conscience puisque celle-ci, libérée, tisse les rapports qu'elle veut selon sa structure).

Ça n’est pas une histoire de pensées ou de système culturel ou de spiritualité ou de tout ce que l’on voudra ; on est sorti de tout cela. C’est question d’un être réel qui est devenu, qui s’est activé et s’est transformé structurellement.

Remarque ; on peut continuer de croire et comprendre cet être bizarre si l’on est bouddhiste ou musulman ou chrétien ou matérialiste, peu importe ; cela est du domaine de la croyance (qui sup-pose un au-delà explicatif, tout à fait passionnant à chaque fois, mais philosophiquement, qui est la compréhension, la réflexion sur cet être étrange de conscience, c’est ici et maintenant que cela forme cohérence, ou non, mais ici et maintenant ; ce qui vaut pour chacun de quelque monde humain qu’il soit issu ou de quelque personnalité qu'il se tienne, qu'il se tienne comme sujet ; c’est un système formel second qui autorise les autres systèmes et les inventions de soi, étant entendu qu’il est néanmoins des conditions de vérité et de sujet, à admettre).

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