Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
instants philosophie

La philosophie comme descriptions du bord du monde

25 Mai 2014, 09:41am

Publié par pascal doyelle

Il est donc une réflexivité, une conscience articulée en et sur elle-même qui s’est extirpée des mondes particuliers, mais la nature immédiate de la conscience n tant qu’elle se fie à ses contenus, consiste à relancer ou continuer encore la synthèse qui survient mécaniquement au bout de toute intentionnalité, de toute décision, de tout désir, de toute connaissance.

Vola, on obtient un résultat, là, comme une chose, et on est content.

La retenue sur le vide

La philosophie maintient toujours le spasme final ; elle ne cherche pas l’aboutissement de son désir ; puisqu’elle nie que nous soyons un désir, fut-il désir d’être (on en sait pas ce que c’est).

Etre on ne sait pas ce que c’est, parce que déjà l’on est, et que cela est plus que suffisant. Il faut une imagination fixiste pour désirer être, alors que l’on existe, de fait, et que si quelque chose se passe, c’est ici et maintenant. Pas ailleurs.

Du reste le christ nous en a prévenus ; c’est déjà arrivé. C’est déjà commencé. Ce qui porte considérablement dans l’historicité humaine (que l’on y croit ou non). La philosophie suspend son vol et demeure stationnaire mais dans les airs. Elle inventorie. Elle inventorie non seulement tout ce qui est, le fatras habituel des trucs et des machins, des choses et des êtres, taxinomie généralisée. Mais surtout elle inventorie les possibilités, les tracés, les devenirs ontologiques, les devenirs investis et les existers, les existences susceptibles de restructurer notre être. Les capacités d'exister.

La philosophie sert à cela ; comme elle se tient tout au bout de notre être (de notre être en réflexion sur son être), elle mesure les distances jusqu’au bord du monde. Les systèmes ou les lancés (de type Descartes ou Nietzsche ou plus loin Plotin qui s’approche si précisément du bord du trou, presque au-delà du monde, de tout monde s’entend puisque depuis les grecs nous existons, notre être existe au plus près de la dernière limite réelle, au bord du trou au-delà de tous les mondes humains).

Le moi qui bascule

Par exemple, il est clair que tout moi, cad chacun, existe au bord de lui-même… ça se voit ici et là pour quelques uns, mais tout moi est au bord de succomber à la puissance infuse, extrêmement bizarre, qu’il contient, qu’il peine à contenir, qui s’échappe parfois, qui s’embarque elle-même. C’est invincible et de toute manière la limite se confond avec le monde … avec la réalité, avec le réel et que la réalité se charge, se charge, de nous y ramener, de rebrousser chemin inverse.

Quelques soupapes de sécurité ; des folies amoureuses, des dépressions, des coups de violence, des amoindrissements physiologiques ; mais quelques fois c’est structurellement que tel moi est atteint par on ne sait quel détour aberrant. Ça a pris le pli, à un moment, et le bord du réel s’approche tout au long d’une vie.

Autrui comme « solution »

C’est le même bord du monde, bien que transmuté dans la conception qu’est le moi, et que ça ne prenne pas la même expression, ça prend son corps. Son identité, dont même la plus haute psychanalyse ne parvient à combler le vide que de renvoyer chacun à la promesse de/à l’autre ; redevenez réel qu’ils disent. Oui, mais du réel c’est justement ce dont on part…

Alors sans doute l’Autre va colmater les brèches, après tout une autre conscience peut bien renouveler la mienne, ça se nomme l’amour, toute sorte d’amours. Mais le problème n’est pas là. N’est absolument pas là.

Colmater c’est très bien, c’est même irréprochable ; mais ça ne rend pas l’envie surabondante qui existe. Ça distrait peut-être … oui, sans doute, ça dérive le truc infatigable, qui ne cesse, dans l’externe, au plus loin, au bord du réel. L’amour ça ramène vers le monde, bien gracieusement, mais le bord, s’y tenir, puisque de fait on se penche invinciblement par-dessus bord.

Le déversement ininterrompu

Alors la philosophie le dit ; on est sur le bord du réel, (on nomme ; l’être est), et la pensée pousse à contrôler l’équilibriste qui joue sur le fil. Et se tenant là, suspendu, on s’aperçoit de ceci ; que ça se déverse. Ça se déverse à partir du bord. Et que si l’on existe comme source, source sans raison dirait Nietzsche, elle n’a plus aucune justification, ce qui signifie de retour impossible vers le monde seul, clos, sans bord du tout (illusion résurgente), plus de justification, elle est la raison surabondante d’exister, de rechercher son être de bord du monde ; elle ne désire plus. Ce qui l’anime ça n’est plus le désir d’un être qu’elle n’a pas, elle l’est. En déversoir fondamental; pour ainsi dire.

Elle tient les désirs mais tournés vers le monde, toutes sortes de désirs, mais comme s’écoulant d’un être qui est. Certes il est en tant que limite externe, externe au-delà de quoi il n’y a rien.

C’est ce que dit la philosophie ; que l’être est. Que ce qui convient c’est de rattraper l’être qui est (c’est certain) et de ramener la barre sans cesse vers la limite effarante, de maintenir le devenir de telle sorte que l’on s’en rapproche, encore, toujours encore plus, de ne pas le perdre de vue et que cela est possible ; il suffit de poursuivre la Même cohérence (extrême mais nous sommes ou plutôt notre-être est fait pour cela).

Se maintenir sur le bord, puisque de toute façon on y est déjà. Il ne sert à rien de ruser, de glisser en se dissimulant ; c’est structurellement que l’on est suspendu. Toute ruse se renverra la balle, ça sera juste du temps perdu.

De sorte que sans remonter une illusion sur le bord du monde, il est cette limite externe, mais cet externe se révèle un être interne propre ; celui qui structure tout le devers, le déversement dans le monde, le moi, le vécu, les désirs, les choses et les textes, enfin ce que l’on voudra, puisque tout est par devers le bord du monde.

La fondation première

Ceci étant bien sur que par hypothèse lorsque les grecs inventent la réflexivité pure et simple, (mais difficile à exister, au bord), c’est notre-être qui affleure dans le monde, l’os.

Si l’on se tient sur le bord et que l’on réfléchit, miroite cette position, elle se renvoie à elle-même la, les structures de bord du monde ; ce à quoi servent les systèmes et les lancés ; à répertorier, d’y jouer son être (parce que ça n’est pas simple, quand même), afin d’avancer sur la ligne, de tracer des possibilités et donc de créer sur la ligne externe, des schémas internes au bord, des positionnements d’un pied sur l’autre, de danser , ,comme dit l’autre, d’improviser des chorégraphies qui mesurent à quelle distance on se tient.

Les descriptions de ces positionnements, ils se nomment eux-mêmes (puisque rien dans le monde, le vécu, le langage, les groupes humains ne les parle) ; ça se nomme métaphysique (lorsque l’on pensait selon la pensée cad la structuration de l’intentionnalité en idées) et ontologie lorsque Descartes dé-couvre l’os lui-même et l’expose à la vue méthodique.

Commenter cet article