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instants philosophie

Heidegger et notre destin

1 Juin 2014, 09:26am

Publié par pascal doyelle

Heidegger s’est parfaitement rendu compte que la philosophie n’est pas réductible à la raison ; il voit que les dépassements de la raison par la raison reconduisent le même. Qui lui parait trop restreint. Aussi cherche-t-il la cohérence (enfin nommons cela ainsi) qui précède la raison.

Il se trompe complètement de caractériser la pensée grecque (y compris Platon, Aristote, Plotin) comme « raison », c’est bien plus que cela et d’autre part il se trompe doublement en croyant que ce qui prélude à la « raison » est une cohérence irrationnelle (qui sort de l’esprit d’un peuple et qui manifeste un « monde »).

Sauf qu’il a en partie raison (parce que la philosophie détecte toujours irrémédiablement ce qui est en jeu, c’est sa fonction, elle ne serait pas sans et hors de cela) ; ça manifeste un monde, mais pas où il l’entend.

Ce qui a généré la philosophie est la réflexion sur « ce qui est arrivé à l’humain » ; et donc que l’être réflexif a outrepassé toute forme d’humanisation (les mondes particuliers séparés enclos dans chacun leur synthèse, aussi extraordinaire soit-elle).

Par ex il faut prendre l’apparition ; esthétique, éthique, politique, idéel (connaissance hors philo), humanisme (dans la mesure de l’humanisme grec), comme effets de la réflexivité ; qui donc n’appartient pas à la philo et qui est un déploiement plus étendu que la philo, et puis en-plus apparait la philosophie qui précisément réfléchit sur la réflexivité (sur et dans la réflexivité évidemment puisqu’elle ne peut pas ne pas entamer, ne pas créer, produire pour elle-même, la philosophie, de la réflexivité) ; philosophie qui se demande ; mais à quoi correspond ce déploiement , la réflexivité, dont je vois bien qu’elle modifie considérablement l’humanisation?

La philosophie est donc ce par quoi la réflexivité (la cohérence nouvelle dans l’humanisation) prend savoir de soi (savoir de soi et non pas seulement connaissance, pour cela la pensée, philosophie, est autre chose que la connaissance, idéel et science, mathématique par ex).

Ce qu’il nomme raison est la sorte d’instrumentalisation par un sujet (il déteste Descartes) de la pensée (ce qui aboutira à la technique), mais les grecs pensent, ils ne raisonnent pas. Et ce que Heidegger ne voit pas est que pensée, raison, et puis technique forment une seule cohérence comprenant absolument le sujet ; le sujet qui est l’anti dasein ; le dasein (être et temps) est le détourage, l’alentour du sujet, ce en quoi (le lieu ontologique, le être-le-là) le sujet est ; et c’est ce en quoi il est (l’être de l’étant), qui vaut plus que le sujet lui-même (pour Heidegger).

Philosophie n’est donc pas raison mais pensée ; ce qui signifie tendant à éprouver la réflexivité pure (qui est agissante en esthétique, éthique, politique, humanisme, idéel, etc, tout ensemble qui se substitue à la logique des mondes particuliers de synthèse, au groupe-langage- donné immédiat). Si ce qui se déploie est la cohérence, c’est (outre esthétique, éthique, etc) via la pensée d’abord puis le sujet, qui est réflexion sur la réflexivité, originalité de la pensée et qui effectivement va transformer la pensée, grecque, en raison,( instrumentalisée par un sujet comme raison extérieure) ; c’est qu’il n’est plus dans la pensée la possibilité de comprendre ce qu’elle est elle-même puisqu’elle est détenue par un sujet ; et que donc si le sujet est originellement le lieu de la pensée (ce que Heidegger remplacera par l’autre-lieu, le être-le-là, ce qui entoure le sujet humain, qui disparait de ce fait, qui se secondarise absurdement), c’est dans la réflexivité du sujet sur lui-même que ce qui se traduisait comme pensée va chercher maintenant à se saisir comme sujet ; de Stirner à Lacan.

Autrement dit même dans les soubresauts et les révoltes et les renâclements des sujets, c’est la cohérence même qui se cherche ; y compris chez Heidegger ou Nietzsche. Il est un ressort (cad une explication minimale) qui fait que l’on est « ce que l’on est ». et ce ressort se situe dans le sujet ; qui va alors se travailler, cad se torturer. Pour extraire de son articulation ce qui provoque, permet ce déploiement de mondes humains séparés et enclos dans leurs synthèses distinctes, mais aussi ce qui a soulevé un seul monde unique universel hors de tous ces mondes humains.

Heidegger reprend l’idée de « monde » ; ça tient de Hegel et de Husserl etc. il croit qu’il y eut une succession de monde, dont le nôtre, qui s’est déployé indument comme monde de la technique (et envahissant la planète). Sauf que ce monde nôtre est fondé non pas sur la création d’un monde parmi d’autres, mais qu’il est (c’est dit depuis le début, depuis les grecs), le monde unique ; concomitamment il est pensé à partir de notre-être, l’unique qui vaut pour et par tous les autres mondes. Notre être est ce qui existe par en-dessous de tous les mondes, de toutes les pensées, de tous les vécus.

Qu’on ne récrimine pas, c’est comme ça (les être humains ne sont pas stupides ; ils voient bien que les mathématiques fonctionnent, la médecine et la forme Etat fonctionnent ; et que ce sont les solutions potentielles à leurs problèmes, et d’autre part ils admettent tous parfaitement que « sujet » est de tenir leur vécu en leur volonté propre, indépendamment de tout groupe, ensuite on peut récriminer contre le libéralisme et son dévoiement le capitalisme, mais le libéralisme est la manifestation du pouvoir potentiel du sujet sur son vécu même).

C’est cela, cet-être, que les sujets (après Descartes) recherchent ; c’est donc l’exigence même, celle de la cohérence, qui ayant exploré la pensée, se jette alors sur le donné là vécu comme existence de chacun, de tout sujet ; ce que Nietzsche ou Lacan dévoilent, est le réel, notre réel, celui de chacun en tant que chacun est un sujet, et ce y compris Heidegger, qui prend sur soi, pour ainsi dire, de manifester, d’exprimer, de montrer une partie du ressort qu’est notre être ; il participe lui-même au déploiement unique de la cohérence généralisée (depuis les grecs et les chrétiens et affiliés, cad juifs et musulmans). Et par généralisée il faut comprendre ; qui atteint jusque et y compris le sujet, cad chacun.

Si l’origine de la pensée (qui n’est pas la raison) se construit dans la réflexivité, la réflexivité est un sujet ; ce qui outrepasse largement et tout étrangement la « subjectivité ».

Réflexivité (soit donc « sujet ») est ce qui a créé les universalités (esthétique, éthique, politique, idéel, humanisme) mais aussi ce qui a engendré l’humanisation nouvelle et ensuite dans l’humanisation la personnalisation ; il est tout à fait regrettable que Heidegger « oublie » tout cela ; il croit encore que la Vérité est ce qui « arrive » ; mais ça n’est pas la vérité qui arrive, c’est le réel.

En appeler encore à une Vérité c’est croire qu’il y aura un monde (complet, total, imprégné, surgi du donné là, absolument parlé et vivant de sa propre vie, etc) qui viendra s’appesantir dans nos existences ; il écraserait ainsi l’humanisation et la personnalisation au non d’une vérité. Tout comme le communisme croit encore à une Vérité (matérialiste générale) qui surplombe les sujets ; ce rouleau compresseur de tous distinctions, ne voit pas que les distinctions, les divisions et séparations nous crée précisément et permettent que chacun existe et que les vérités (au pluriel) se déploient par-dessus et au-delà de la Vérité.

Par exemple ; contrairement à ce que l’on interprète Nietzsche de disperse pas notre logique (la logique de la pensée grecque et dus sujet) en poussières de points de vue ; il manifeste la suffisance et la perfection de notre être et pousse au plus haut la certitude qu’effectivement ce qui a été découvert est notre-être ; comme il doit montrer à quel point ce qu’il reprend et dit est réel, il condamne l’ensemble de ce qui l’a précédé, le replie.

Et ceci pour une bonne raison ; notre être lorsqu’il se pousse à être au plus loin, au plus haut, est une violence fondamentale ; il faut qu’il puisse le dégager, cet être, des expressions qui furent les siennes jusque là. C’est une guerre absolue mais intestine ; il faut créer de la distinction de sorte que le ressort de notre être se montre, s’expose, et qu’il explose, dynamite du dedans ses expressions ; parce que notre être n’a que faire des expressions ; il veut se déployer, toute l’étendue de sa puissance (cad de sa potentialité).

Ça n’est ni rationnel ni irrationnel, c’est tout à fait autre chose qui se joue (et qui contient toutes les oppositions ou distinctions antérieurs, puisque c’est « cela » qui crée les distinctions).

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