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instants philosophie

Le moi, le sujet absent de la science et le sujet pur

13 Juin 2014, 17:51pm

Publié par pascal doyelle

En chaque monde particulier la base de la pyramide repose sur le monde local donné là, vers sa synthèse unifiante en une parole partagée en et par tous et tout (ce qui est donné « là » en ce monde localisé).

Par les grecs et les chrétiens, la pyramide s’inverse et repose sur sa pointe ; la base s’échappe dans le ciel unique, cul par-dessus tête donc, et c’est la pointe qui purement vide et structurelle commence d’élaborer un nouveau monde humain, et comme cette pointe est notre être même (celui qui existait en dessous de tous les mondes humains précédents), c’est au monde donné là mais unique et universel que l’on fait face, seul, isolé, sans rien, en tant que conscience pure et simple.

De son moi le sujet n’en a rien ou pas grand chose à faire.

On a vu puisque l’universel est réalisé (par l’Etat, le droit, l’acculturation généralisée grecque et chrétienne puis moderne, par l’humanisme et l’humanisation en son fondement universel, etc), les grands sujets ont commencé de se détacher ; jusqu’alors l’universalisation forcenée du genre humain se donnait à lui-même sa propre tâche de s’imposer. Mais une fois acquise l’universalisation, l’humanisation, chacun a commencé de s’appréhender tel quel, en tant que sujet ; isolé, séparé, garanti par l’Etat, son droit, et a débuté l’immense restructuration de l’universel lui-même par les sujets.

Tous les sujets prennent la mesure de leur être à partir de celui qui a le plus fortement exprimé, représenté, canalisé le faisceau intentionnalisateur de chaque, de toute conscience ; Descartes. Ayant ouvert la brèche, c’est sur le prototype de notre être tel que découvert par Descartes (il ne l’invente pas, il montre ce qui pointait, affleurait déjà et c’est cet être qu’il montre, sur lequel il fonde par ailleurs sa démonstration, mais en premier lieu il est une radicale monstration ; voilà, voilà « qui il est ». La pensée, qui constituait la vérité antérieurement, s’origine là, en cet être, que plus tard on nommera « sujet », mais que Descartes ne dénomme pas).

Il y eut donc quantité de sujets et de grands sujets ; de Stirner à Lacan ; ça se réfléchit (puisque la réflexivité universelle est de fait réalisée, qui constituait l’horizon indépassable de l’humanisation, mais une fois acquise cette réflexivité devient « ce dont on part », ne sachant absolument pas du tout comment, pourquoi, vers quoi existent des « sujets » et continuant de s’élaborer, d’élaborer ses millions de faisceaux intentionnels, elle se fabrique comme sujets, comme explorations fondamentales d’une réflexivité située dans un monde, il se trouve que c’est celui-ci, cela aurait pu être un autre).

Le sujet est l’élaboration formidable qui veut étendre la puissance de la réflexivité inhumaine et pour qui l’ancienne réflexivité (l’universalité et l’humanisation) font figures de parents pauvres ; les sujets en veulent plus, plus intensément, plus durement, et tendent leur volonté (très cartésienne, mais sans oublier que l’on n’imite pas Descartes, Descartes montre seulement cet-être, qui est « là », ce clou planté à la surface de l’étendue du monde, chacun suivra donc son sujet propre, «élaborera son sujet comme dureté et structure de son être ; la réflexivité explore ce qui est).

De son moi le sujet n’en a rien ou pas grand chose à faire. Des «mois » lorsque se lancent les sujets, il n’en existe pas encore ; c’est ensuite que l’universalisation du monde, l’humanisation universelle du monde humain produira, rendra possible, que chacun s’acquiert soi non pas comme sujet, mais comme moi.

Le sujet n’a que faire de son moi ; même si en réalité il ne pourrait pas subsister sans un moi, (il n’existe que de la détermination, la science a raison, sauf qu’il existe la structure), mais il l’utilise, quitte à le broyer ou le rendre fou ou le désordonner (Rimbaud) dans tous les sens. La structure (le sujet) est une épouvante, de même que la pensée (autrefois) grecque n’est absolument pas un calme limpide mais une excessivité qui porte loin.

Si le sujet est une engeance qui se veut décidément et ne supporte rien, qui respire comme il expire, qui est un furieux et un grand délirant, le moi doit se contenter de son corps.

De même que le sujet cartésien ouvrira qu’il puisse exister le sujet absent de la science (le sujet qui fait comme si il n’existait pas et se prête tout entier à l’objet), de même ce sujet prototypique, aboutit à la réalisation essentielle du moi. Le moi comme concrétion, réalisation, matérialisation de la réflexivité : les aventures du moi valent donc tout autant que les explorations de grands sujets. Mais si le moi ne comprend rien aux soifs ontologiques des sujets, il saisit parfaitement la science ; puisque si la science se comble de l’objectivité, le moi se connait par l’objectalité ; pour les deux la résolution de leur être (inquiet, anxieux, angoissé, soucieux, désespéré, traumatisé, etc) se donne ou se donnerait extérieurement.

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