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instants philosophie

Sartre et l'abomination

26 Juin 2014, 15:11pm

Publié par pascal doyelle

Voila, ça existe : le réel existe.

Il faut voir que ça ne peut pas être ignoré, ni que cela fut dit par Sartre. Formuler tel quel. « Ça existe ».

C’est un français, ça n’est pas rien parce que originellement Descartes était un français également. De l’étendue donnée là, comme surface autre et de l’existence, ici même, il n’y a qu’un pas.

Cela tient-il à la langue ? Mais on présente la langue comme supérieure aux individus ; sous prétexte qu’ils naissent dans la langue. Il n’y a aucun langage qui existe si il n’y a pas de consciences pour l‘actualiser. Et quand bine même chaque conscience nait dans la langue, dans le langage, n’a pas grand importance ; puisque toute conscience est parfaitement égale et identique à toute autre. Expérience d’une conscience ou de toutes, c’est la même chose, face au réel.

Le réel de « ça existe » peut être approché de mille manières, que donc « ça n’a pas de rapport ». Je n’ai pas de rapports possibles à l’existence ; ça existe ailleurs, le soutien de ce qui est, de tout ce qui est, est autre que je. Et moi-même je n’ai pas de rapport avec « moi » ; tout est extérieur et autre, fondamentalement autre, obéit à une autre logique, une autre logique d’être ; ça n’est pas le même être et « je » se localise seulement ici même, d’en avoir conscience. Je n’est rien d’autre que l’étrangeté absolue et irrémissible.

La confusion est intégrale parce que rien ne permet de passer au-delà ; on est littéralement hors de tout ce qui est.

On dira ; oui, mais ce je est un corps, un moi, une identité, dans un monde humain, dans un langage, dans ceci dans cela. Ah bon ?

Aucune de ces raisons, secondes, ne peut revenir sur l’altérité, l’absurdité confondante, sidérante, que ça n’a rien à voir de l’un à l’autre. Et que ce je n’a pas de rapport même avec ce corps ou ce vécu ou ce passé ou cette identité et nous plonge dans la sidération complète ; il n’est pas de secondarité, de raison palliative à « cela », cette position radicale.

C’est quand même Sartre qui dé-couvre cela ; on a pu si souvent pleurer le malheur ou la souffrance ou la mort, etc, mais ici c’est antérieur à tout cela (qui sont des effets, des conséquences d’une séparation ontologique totale) ; notre être (le « je » qui constate que « ça existe ») est autre que l’être, cad autre que tout le reste.

Les séparations qui s’emmêlaient les pinceaux auparavant, sont ici tranchées ; il y a des catastrophes ou des absurdités, parce que originellement notre-être n’est pas l’être, du tout. Même si il existait une différence seulement minime, c’est ce minimalisme là qui vaut, qui exprime le fait fondamental. C’est en cela que ça se joue ontologiquement ; c’est prononcé une fois pour toute dans la distinction définitive, qui touche tout ce qui est, qui l’enfonce absolument, le cloue.

On peut entourer le clash, l’emmailloter, présenter que l’être, là au-dehors (cad tout, « moi » y compris) c’est en vérité l’Etre, heideggérien, à attendre une révélation, ou que c’est la matière (et ça devient dès lors un objet face à un sujet, lequel est nanti de « quelque chose », la raison, la pensée, le sens, etc). Mais ce sont des couvertures ; en fait, en réalité, ce qui est là, tout autour, est d’un autre être que le « je ».

On dit « je », pour ne pas mélanger la « conscience » qui est une dénomination universelle pour la pensée, (et tout à fait validement), mais ça n’est pas « la conscience » qui est autre ; parce que la conscience c’est une idée, et qu’une idée n’existe pas ; il n’existe que des consciences, une par une, et même à chaque fois « rien qu’une », séparée totalement de tout le reste.

Et donc on conserve absolument « la conscience », mais comme telle totalement vide et simple point qui est « là », plantée comme un clou sur la réalité ; elle est « dessus » parce qu’elle n’est pas dedans. Et visiblement il n’y a pas de dedans par lequel elle soit, elle n’habite rien, et même à supposer qu’elle soit produite (de la cervelle, du langage, du vécu, etc) ça reviendrait au même ; puisqu’elle est un rapport à son être (par lequel elle est séparé radicalement de tout), elle exclue tous les autres rapports ; tous les autres rapports sont posés secondement par le rapport premier, et le rapport premier est celui de la séparation absolue entre notre-être et l’être (cad tout le reste).

Cela revient à dire ; ce que constate Sartre, ça n’est pas une idée. Ça ne peut pas être annulé comme toute idée. Si l’on supprime que ce ne soit pas une idée, si l’on réduit cela, cette monstruosité, à une attitude déduite de telle ou telle psychologie ou anthropologie, etc, cette interprétation tue le sujet, le « je », abolit que le je soit le seul qui ait un accès immédiat au réel.

Tous les autres discours (psychologies, anthropo, philosophie mal venue, cad qui surinterpréte et ne laisse pas un blanc, une absence, une possibilité absolue, idée des idées ou un au-delà de l’être de Plotin, ou esprit qui se connait hégélien, dont on en sait pas du tout où il va, etc), sont seconds. Ils existent, personne n’en doute, mais secondement ; parce qu’au bout du compte n’importe quel discours sera utilisé par un « je », un scientifique vous fournira des anxiolytiques, un politique substituera à votre vie une idéologie, un « penseur » vous nommera quoi penser (alors que l’injonction de la philosophie est « pensez ! », que ça vous revienne et de toute manière vous n’y comprendrez rien si vous ne l’éprouvez pas, vous-même).

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