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instants philosophie

La Parole et le langage

2 Juillet 2014, 09:43am

Publié par pascal doyelle

La parole et le langage

Ça a pris le nom de philosophie, mais parce que la philosophie est ce qui se charge d’expliciter cela même qui est arrivé à l’humain, bine plus généralement, et en toutes les possibilités ; soit donc la réflexivité pure, la faculté de renverser la pyramide qui partait de la base de son monde là donné alentour, au travers d’un groupe humain entre soi qui parlait et unifiait le tout en une synthèse, la pointe de la dite pyramide, et qui soudainement, cette pyramide, s’est renversé et que la pointe splittant les groupes humains et leur synthèse (qui incluait la Vérité comme telle), ceux-ci se sont retrouvés fort dépourvu d’être projetés dans le grand monde, donné dans le « là » gigantesque, indéfini.

La pyramide inversée tourne la base vers la totalité (incontrôlée) de tout ce qui est, et non plus dans le quant à soi d ‘un groupe qui parle. La pointe s’enfonce de plus en plus profondément dans le sol (réel et tout aussi incontrôlable, puisqu’elle est l’être même qui n’est ni humain, ni le moi) et la base s’étend universellement vers l’univers.

Le moi regrette si intimement ce temps du groupe humain, puisque tout langage conserve encore le circuit qu’une communauté humaine dénommait par sa parole interne ; dans le langage est inscrit l’enroulement (langage-monde-parole-échanges-communauté indivisible dans le trésor de la communication super essentielle, perdre la possibilité de se comprendre eut été la fin de tout ce monde particulier). Et chaque moi doit unifier sa réalité (sa diversité) dans l’impossibilité de renouer les fils d’un tel enroulement. Il doit se figurer un habitat qui supporte le langage et il est avant tout ce corps, dont il ne sait pas quoi faire, qu’il ne sait pas assigner dans un groupe et une parole partagée, puisque depuis le renversement de la pyramide, l’expérience, l’empirie, la saisie ontologique de ce qui est, ne s’effectue plus par la parole qui réunifie un monde donné, mais par la pointe qui sépare et divise.

Pour chacun, son moi doit être en mesure de comprendre non pas l’unification (la synthèse) mais la division qui énumère les choses, qui oppose les uns aux autres (qui libèrent les échanges par exemple ; les échanges ne sont plus régulés et parlés mais existent d’eux-mêmes et pour eux-mêmes, de sorte que le déchainement des échanges de notre temps est l’effet de la possibilité de division indéfinie que le renversement de la pyramide produit).

Mais le moi ne peut pas se penser comme, tel un Sujet ; le sujet vaut en lui-même parce qu’il est de soi l’idée intellective (intellectuelle mais portée ontologiquement). Personne ne vit comme cela ; personne n’est un « sujet ». et ce que l’on va nommer plus tard à la suite du sujet parfait cartésien ( qui n’est nulle part réalisé, qui est la description de « comment ça est » la plus brute), ce sont ces mois (libérés par la révolution et la réalisation de l’universel, mais lâchés dans le monde brutal délié de toute parole) mais des mois qui par intuition de leur être structurel voulurent se saisir (sauvagement) de leur structure de conscience ; ouvrant les affres et les horreurs depuis deux siècles, de Hölderlin à Lacan, en passant par Rimbaud, Kafka, Dostoïevski, etc, série indéfinie en nombra, puisque le sujet engendre des sujets, indéfiniment, chacun dans la tentative de trouver le un, détotalisé, qu’il est

Le moi ne peut se rattacher qu’à deux impératifs réels ; le corps et le langage. Il est clair que le langage n’est absolument plus la parole (même si il retient en son système même qu’il est Parole du groupe mélancoliquement abandonné) ; aussi le moi, se transformant en sujet, se veut-il le langage et l’esthétique ; l’expression qui tente d’une part de renouer les fils de l’enroulement mytho-idéel du groupe, mais n’y parvenant de toute manière jamais (puisque ce temps là est passé, structurellement écarté par l’articulation même que les mois et les sujets sont devenus), il déploiera, le sujet, toute la littérature, toute l’esthétique qui se puisse ; et loin que ces efforts surhumains (littéralement, puisque le moi et l’humain adoreraient retrouver leur unification de synthèse passée et perdues, se lover dans l’enroulement du monde et de la parole et du groupe), loin que ces efforts soient seulement un regret ontologique (de la synthèse de mondes ou du moi et du corps ou du moi et du langage), ces créations, ce déploiement interrompue de créations, d’inventions, de techniques et d’arts, tentent par-dessus (le regret et la mélancolie, la dépression et la folie, le désordre et l’absurde, le désespoir et la haine et le dégout) d’articuler ce dont ils sont la puissance.

Ainsi la Parole (vivante dans un monde vivant des paroles du groupe) est remplacée par le Texte sacré, et le texte sacré remplacé par l’œuvre ; le groupe vivant par la communauté des croyants ou par la communauté des révolutionnaires, l’ordre du monde vivant par le chef divin, roi, empereur, leader investi.

Mais ce qui se réalise vraiment c’est l’accès par quelques uns en ce corps et en cette parole transformée en langage ; autrement dit on ne se comprend plus, il n’est plus de parole commune partagée vivante et vie du monde localisé, mais il est la nécessité d’apprendre le langage de l’autre sujet. Esthétique et langage (littérature, philosophie, etc) formulent l’articulation nouvelle qui débarrassée des mondes particuliers (valant chacun un par un), du corps (seul repérage essentiel dans le monde dévasté et brutal, culminant dans l’amour soit de la communauté, soit des mois eux-mêmes, qui trouvent là le moyen de poursuivre leur non pas unité ou unification, bien que cela en prenne tournure, mais de réarticulé leur lien rompu, de le réélaborer), ou du langage, formulent la véridicité qui s’éprouvent.

Ils peuvent bien encore espérer trouver la vérité qui réunit ; en réalité elle n’existe pas, mais de cela ils produisent quantités de vérités … Que la vérité n’est pas une, signifie « qu’il y a de la vérité » et qu’elles se produisent en profusion ; de même le libre n’assigne en rien sauf de choisir mais surtout et avant tout d’inventer. Ceci est le système second, le système formel (qui préexiste aux vérités et aux libertés). C’est ce système que théorise la philosophie et qu’elle éprouve jusque dans es heurts et malheurs ; qui n’en sont pas, puisque la philosophie comme l’esthétique ou le langage, les sujets ou les mois explorent. A partir de la seule pointe ontologique qui fut jamais (il n’en existe qu’une seule). Si il se produit quantités de vérités et de libertés, c’est que l’antériorité (ontologique, un seul être réel valant pour toutes humanisations et toutes personnalisations) doit obéir aux conditions de vérité et aux conditions de sujet.

Et si l’on se demande pourquoi succomber à un tel système, c’est qu’il n’en existe pas d’autre ; il est le reflet de la structure existentielle d’une part mais existentielle parce que structurelle ; il n’est pas de pensée possible qui interpréterait cet être, cette structure puisqu’elle est à la racine.

Il n’y en eut qu’une seule, un seul os de notre réalité, extrait de celles-ci, de tous les mondes particuliers, et valant pour le monde donné là gigantesque et unique, universel au sens propre ; ça n’est pas la raison qui a colonisé le monde, c’est la réflexivité, la vérité principe et le libre pur, c’est cette cohérence là qui joue (avec nous) son propre jeu de pointe impitoyable qui creuse le réel et étend son règne unique, unique mais proliférant. La vérité est relative mais donc à un être qui ne l’est pas et qui a su élaborer son système formel adéquat.

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