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instants philosophie

Le réel qui est devenu

16 Juillet 2014, 08:06am

Publié par pascal doyelle

Ce qui est devenu

Contrairement aux désespoirs sans bornes, aux doutes quant à la logique de ce que l‘histoire humaine a dressé, à l’incertitude qui parait régner dans tous les esprits, aux promesses de décadence, de perte injoignable, contrairement aux états de choses et aux dépressions des mois, il est dans tout le devenir l’approbation d’un réel qui n’en a pas fini avec lui-même et nous avec lui.

C’est que l’on a voulu, pensé saisir les choses qui sont, en une Vérité, mais c’est bien pire, c'est bien plus fondamental ce qui existe et s’est mis en branle ; c’est le réel.

De même que les mondes humains immédiats croient exister comme vérité, pareillement les mois (la dernière formulation de notre être spécifique) croient en eux-mêmes ; ils sont à eux-mêmes leur propre vérité, disent-ils, et comme rien ne marche comme il faudrait (en général), ils se soumettent à la question, et s’inventent des tas de procédures qui puissent leur expliquer comme ils sont malheureux, perdus, et si peu détenteurs de leurs vies.

C’est qu’ils comparent ce vécu, qui ne ressemble à rien, pensent-ils, ou qui ne ressemble pas à ce qui devait être, qui ne leur ressemble pas, comparent à une sorte d’idéal, substitut de la Vérité du point de vue du moi, dont si on l’examine, on se demande bien de où il sort et ce qu’il signifie. Parce que si c’est le réel qui arrive, qui est là, cette idée de soi du moi, comme la Vérité dont on espérait tant, tout cela s’efface, et il en reste que le réel.

Et c’est tant mieux, parce qu’il n’est rien d’autre (rien d’autre en tous cas qui soit constatable, pour ce qui est des au-delà divers, il faut laisser cela à la croyance de chacun, ça n’est absolument contradictoire, ce sont deux logiques différents et cela seul qui est constatable est retenu ici).

Les idéalités, les mois idéaux, les vérités, seront toujours rattrapés par le réel, il est le seul plan qui existe. Il faut imaginer toutes les bonnes (ou mauvaises raisons) qui s’entortillent comme autant de tourbillons qui s’agitent à sa surface et dont le terme, la finalité même est de retrouver le même réel, ce à quoi ils résultent ; mais les tourbillons sont eux-mêmes les bien venus, ils sont dans l’ordre des choses du réel. Il ne faut rien réprouver ou annuler ou glisser sous le tapis ; du reste peut-on annuler quelque chose de réel ?

La cervelle, le moi dans la cervelle, la vérité qui se rêve tout autant éternelle que la cervelle, de son rêve endormissant, croient que l’on peut faire comme si ça n’existait pas. Mais c’est ce à quoi ça reviendra, de fait, et autant en user plutôt que de se cacher sous la couette, ce qui n’avancera rien du tout, absolument rien. C'est au réel même que la pensée s'articule ; il n'est rien de raisonnable par la pensée.c'est une autre cohérence qui s'est engendrée.

Ceci étant il est hors de question de baisser les bras, ni de seulement constater que ça aboutit au réel, et d’abandonner les vérités ; c’est que quelque chose de plus grand s’est passé. Plus grand que la vérité, qu’est-ce ? Sinon le réel lui-même.

C’est en cela que nous sommes engagés, réellement, dans le dur, dans la dureté même ; et il n’est pas à récriminer contre, puisque le réel est ce qui est, ce qui veut dire « tout ce qui est » ; il n’y a rien d’autre, sinon les atermoiements divers dont la vérité s’habille, ou les rêves atones du moi, ces vacuités si grisantes. Si donc il n’est que le réel tant mieux, parce qu’alors tout est là.

Et ce littéralement : tout. C’est là que « ça devient ».

Les rêves éveillés ou non, les idéaux ou les explorations bizarres retournent au, vers, par le réel.

Il se trouve que pour nous, ce qui devient c’est notre être. Et il faut écarter les mauvaises interprétations de la philosophie, de la pensée ; depuis les grecs c’est la dureté qui mène le jeu, la solidité, la seule constante qui compte, qui pèse, qui porte à conséquences. On nomme cela : réflexivité, ou forme ou structure ou conscience mécanistique, le noyau dur, dont l’élaboration a souscrit à une machinerie intentionnalisatrice (qui prend tout ce qu’elle trouve et le transforme, mais aussi qui se produit elle-même et s’engendre, de multiples manières ; éthiques, esthétiques, politiques, idéels comme la raison ou la science, qui produisit l’humanisation (qui est un effet de cette forme, de même que la personnalisation et les mois).

Il n’est de ce point de vue rien d’humain ; mais ça ne contredit absolument pas l‘humanisation, qui en est l’effet ; sauf que, à la racine, c’est bien autre chose qui est en jeu, qui se joue, qui se permute, se diversifie, se vibrille, dans les esprits et dans les corps dans les corps aussi, surtout, de plus en plus.

Cette racine, cette structure antérieure ne veut rien, mais elle est pur agissement. Ce qui est une différence considérable ; elle ne veut pas au sens où elle ne prévoit pas selon un reprogramme préétabli (où le serait-il, et par quoi ?), mais elle agit en ce qu’elle met en forme. C’est une forme, donc elle met en forme, rien que de très normal.

Comme nous sommes, y existons, en cette forme, nous ne la percevons pas ; la pensée, la philosophie comporte une part de remise en forme, pour ainsi dire, en ceci qu’elle permet que nous puissions nous rendre compte, prendre conscience que la structure existe et devient et nous comporte ; la pensée sert alors à retrouver ce que nous sommes déjà, et puisque cette forme que nous sommes est activisme de conscience purement formelle, d’en prendre conscience foudroie et accélère radicalement la tenue de la trace, de l’engendrement, de la possibilité.

Réfléchissant à cette historicité qui nous conduit jusqu’ici même, maintenant, bien loin de s’en démoraliser, il faut bien approuver tout cela ; ça a eu lieu, c’est arrivé, cela s’est déroulé, cela s’est exploré et a exploré le monde, et cela, cette structure mécanistique, a même su commencer de remonter son propre cours, sa propre forme. Elle l’a nommée. Isolant son mécanisme et reprenant son élaboration intentionnalisatrice, la Grande Machine articulée.

En fait il n’y eut rien qui fut erroné, égaré, perdu, durant tout ce temps historique ; les soi-disant égarements et décadences font partie du jeu que la forme se joue. On désespère pour des raisons, très précises, et qui reconduisent tôt ou tard au réel, et qui servent bien à réamorcer ou à réentendre ou à relancer le réel.

Le réel qui prend son départ dans la pensée grecque rend celle-ci extrêmement ardue et tout à fait étrange et pas du tout pacifiée et placide ; c’est une intensité absolue, bien éloignée de la sage raison prétendue.

De même la passion qui anime les chrétiens engage fondamentalement la réalité de tout vécu, par le christ on sait que l’on est « là », cloué sur la croix, qui rassemble chacun de sa naissance à sa mort, et que de fait on est autre que cette crucifixion, et c’est sur cette altérité incroyable que cela nous engage. Ce mouvement cette réflexivité totalise le vécu et le réintroduit autrement.

Pareillement Descartes expose, décrit le sujet fondamental, le sujet qui n’existe pas, le sujet impossible ; et il s’en réjouit, il en est très heureux Descartes, ça se voit, ça s’entend. Il a lancé la seconde partie de la pensée, lorsque celle-ci avance bien plus profondément que l’universalisation prêtée aux grecs (et qui outrepasse l’universalisation, vers une plus grande cohérence encore) et qui permet une relecture de leurs multiples possiblités intellectives ; les grecs nommaient autrement le Même que Descartes redistribue. Des uns à l’autre, cela, le « cela » fondamental, se précise, se concentre, se radicalise, rassemble encore plus d’extensionalité, condense l’intensification.

Extensionalité et intensification de la réflexivité qui a commencé de dépouiller le réel.

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