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instants philosophie

La dimension haletante

15 Août 2014, 10:11am

Publié par pascal doyelle

Si l’on devait résumer on dirait donc qu’il y eut rupture, intégrale, au sein des mondes humains, qui se confiaient jusqu’alors à la foi en leur contenu ; tel monde donné localisé engrangeait ses données, et formulait une synthèse fondée en immédiateté (ce qui n’empêchait évidemment pas que chaque monde explorait absolument toute sa synthèse et créait des mondes totalement complexes et de plus en chaque monde il apparaissait non seulement de la réflexivité, toute synthèse est réflexive, mais des universalisations, mathématiques, droits, etc).

Mais il survient donc la réflexivité qui consiste à passer de la synthèse (on prend les données et on en établit une synthèse) à l’analytique ; laquelle se crée de démultiplier l’intentionnalisation. Ce que l’on a nommé pensée.

La pensée n’est donc pas seulement de rechercher le contenu des contenus, le contenu suréminent, celui qui permettrait d’expliciter tous les autres (et ce faisant le monde, les choses et les êtres), c’est le déploiement d’une intentionnalisation nouvelle qui passe du principe de synthèse au principe analytique ; mais analytique en un sens spécial ; qui va créer des intentionnalités au sein du langage. Intentionnalisations qui tiennent au redimensionnement par cette structure en plus et ouvrent la dimension proprement réflexive ; ce que l’on nomme raison est donc une part réduite d’un plus étendu mouvement (ce que la rationalisation ne saurait expliquer).

Non pas analytique en ce que l’on éreinterait le donné déjà là, de manière scientifique qui constate seulement ce qui existe tel quel, mais analytique en tant que l’intentionnalisation se démultiplie soudainement et invente les propositions à propos du donné, du monde, du vécu et produit sa propre aventure réelle.

Au lieu de partir du monde immédiat, de lui accorder confiance et de croire en la dénomination (affectation de mots et de significations en tel monde localisé, vers une synthèse qui en expliciterait el sens, particulier et global, dans une parole tenue fermement par le groupe et une parole « parlée » cad en acte), on intercale une articulation qui se tient de soi seule ; la question centrale est de considérer si cette articulation vaut en elle-même et crée une dimension, la réflexivité structurelle en propre, ou si elle est seulement un retour réflexif du donné sur lui-même.

L’hypothèse ici générale est que cela crée une dimension : en plus. Une dimension qui n’existait pas auparavant ; la réflexivité prise telle quelle peut s’interprétée comme rationalité (essentiellement), mais elle peut aussi se comprendre comme inventant, imposant, créant une structure nouvelle au sein et au-delà ou en-deçà ou en plus des humanisations, en tant que prenant en tenaille les contenus et les répartissant autrement selon la dimension que cette réflexivité ouvre et qui outrepasse la raison mais qui crée qu’il y ait une raison ; autrement dit le retour sur elle-même de notre réalité s’effectue à partir d’une position qui n’est pas cette réalité ; qui est dite structurelle.

Que la raison répartisse autrement peut donc signifier soit une répartition pour ainsi dire combinatoire (on réarrange les éléments donnés de sorte que cela soit raison), soit selon une répartition qui s’en prend à la racine et exporte tout autrement n’importe quel donné, étant cela même que des combinatoires s’en produisent.

Ça n’est pas seulement notre réalité se retournant sur elle-même (comme rationalité) c’est cette structure qui arraisonne, s’empare, détrousse, renvoie notre réalité en sa dimension structurelle.

La réflexivité comme rationalité réduite établit que notre réalité se réfléchit, et vient assigner la pensée à la logique, à la causalité, à la détermination effective (et non rêvée ou illusoire ou imaginaire ou incomplète).

La réflexivité comme structurelle suppose que cette rationalité (qui n’est en aucune manière exclue ou écartée) est elle-même l’effet de l’articulation d’un être spécifique, qui n’existait pas antérieurement, et qui se représente en son exclusivisme pur et simple.

Le jeu est la difficulté des contenus ; soit on continue de se fier aux contenus, soit on se permet de passer par-dessus et d’établir la structure qui produit ces contenus. On remarquera que c’est spécifiquement la voie que suit la philosophie ; entre le démarrage du sujet fondamental (cartésien, pure description de son activisme), la poursuite des grands sujets (en tous domaines ; de la littérature et poésie aux esthétiques et jusqu’au révolutionnaire, figure radicale de ce qui nous a pris l’être, des héros éthiques qui modifièrent le monde humain, de toutes sortes, mais aussi évidemment de la saisie par la philosophie de ce qui nous est arrivé, la réflexivité, qui avance profondément dans la dimension structurelle même ; Kant et Hegel sont tout autant manifestes que Husserl ou Nietzsche, Kierkegaard ou Lacan, etc).

De ceci que la pensée (en général et aussi spécifique en tant que philosophie) vise à épuiser l’entier champ des possibilités (et peut-être même du possible en lui-même) et veut continuer la réflexivité entamée par les grecs, poursuivie par les chrétiens et affiliés, ramener aussi bien à soi, à cette dimension, toutes les occurrences de réflexivité pure qui eurent lieu (en quelque monde humain que ce soit, en quelque temps qu’ils furent, puisque l’on a noté précédemment que l’immersion de notre être dans tel ou tel monde particulier, n’empêchait nullement qu’il se découvre une part de la réflexivité même, fut-ce au travers des synthèses particulières, tout monde humain réfléchissant le donné, il fut créé des esthétiques, des éthiques, des politiques, etc, les grecs entreprennent non pas de créer la réflexivité, mais de la remodeler, de la vouloir exclusivement pour elle-même ; si l’on nomme réflexivité ce qui arrive à ce moment là, c’est de par sa dureté, sa radicalité et son émergence hors de toute humanisation).

C’est que créant notre être en une fois, cela s’impose à un seul unique monde ; il n’est plus qu’un seul monde donné là, puisqu’il n’est plus qu’un seul être de l’homme.

(ce qui n’est pas une réduction, puisqu’à partir de ce moment, il n’y eut jamais autant de déploiements et de réalisations, de systèmes et de pensées, d’esthétiques et de politiques ; sauf que ces pensées et réalisations ne se fondent plus sur des communautés et des paroles particulières ; l’organisation selon la parole d’un groupe localisé passe au second plan, mais en retour il se déploie quantité de vérités et de réalisations, sur le seul et unique monde pour un seul et unique être de l’homme ; on échange la richesse de mondes diversifiés pour un seul monde mais comme cela libère radicalement toute intentionnalisation, cela produit quantité de richesses).

Si ce qui nous est arrivé est seulement de penser rationnellement le donné monde vécu, on ne comprend que la moitié ou le quart de l’invention radicale ; ce qui veut dire que la réflexivité ne serait censée se localiser dans un contenu spécifique ; la raison éprouve une difficulté invincible à penser l’esthétique, l’éthique (qui n’est pas seulement rationaliste ni même raisonnable, qui peut se configurer comme mystique ou ce que l’on nomme tel dans l’optique rationaliste, dans une certaine forme de délire structurel, etc), même la politique est incompréhensible rationnellement ; en fait l’hypothèse de rationalisation se limite dans sa compréhension à la … rationalité même. Ce qui est tout à fait valide et on ne peut revenir là-dessus, mais qui demeure insuffisant ; ça n’est pas l’invalidité de la raison, mais son impuissance à saisir le mouvement. Et qui a poussé quelques uns à outrepasser la raison (à tors au fondement mais tout à fait légitimement si l’on suit leur ambition ; penser, ce qui se nomme réellement penser, en plus de la seule rationalité, affirmer la structure agissante prééminente, que cette position s’instruise par irrationalité, absurdité existentielle, vitalisme, etc, est une chose mais la description qu’ils en rapportent de volition absolue, de vie intelligente, de monstruosité de l’existence vaut en elle-même comme cohérence et assume radicalement la performance invraisemblable de la structure qui se décuple).

Alors même que par ailleurs il s’est développé une pensée outre-rationnelle ; ce que l’on nomme les irrationalités ou les subjectivismes ou les idéalismes ou les dépressions de la pensée ou de l’individualité, les contingences ou le relativisme (de type nietzschéen par ex) sont partout et constamment des explorations menées selon une réflexivité qui veut radicalement et à toute force extirper, exprimer, manifester, représenter, exposer, exhiber son déroulement, ses déroulements. Autrement dit cela s’effectue à partir de la position unique de Descartes, du sujet non pas objectif au sens où il se définirait mais hyper objectif au sens où il marque, installe, instaure sa position exclusive. Le regard sur.

Ce regard-sur est une position relative à notre être ; ce qui veut dire qu’elle n’est pas relative du tout. Elle n’est pas relative au sens où ça n’est pas un effet de langage, de pensées ou d’idées, ni d’une disposition subjective et pas non plus d’un être là simplement de contingences diverses ; une sorte d’arrangement ou de composition (qui aurait pu être autre, qui se coagule ici ou ailleurs ou autrement). Mais c’est l’émergence d’une structure « solide ».

Auquel cas elle est indépendante des contenus et, solide, est en elle-même dimensionnelle.

La bizarrerie de cette dimension est qu’elle est sans épaisseur ; structurelle ; et ne peut pas être interprétée ; elle est ce qui interprète ; c’est ainsi en état de la plus intégrale réflexivité que celle-ci parvient à se « voir » ; elle remonte de ses effets à la cause et ce impossiblement, puisqu’aucun effet ne contient la cause. Le voir de cette structure emprunte tout son maté&riel au monde, au donné, au vécu, mais c’est la structure qui veut s’inscrire comme et par des circonvolutions ; ce qui veut dire provoquer chez l’autre conscience que celle-ci s’apparaisse. Elle s’engendre de et veut engendrer l’activisme.

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