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instants philosophie

La vérité du second degré d'existence

23 Août 2014, 09:12am

Publié par pascal doyelle

Si notre être est une structure, elle est ici et maintenant. On peut supposer qu’ailleurs et autrement elle se continue ou surexiste ou se métamorphosera, mais cela on n’en sait rien et c’est objet de croyance ou non.

Mais que notre être soit une structure veut dire qu’elle n’est pas une vérité, un contenu, un Sens, ni un manque, ni encore un donné là naturel, ni donc ne peut faire l’objet d’une connaissance, au sens strict.

Que notre être soit une structure par contre signifie qu’il peut être objet d’un savoir ; la différence entre le savoir et la connaissance, consiste en ce que le savoir se réalise (comme savoir) tandis que la connaissance demeure extérieure au connu.

C’est ce savoir (de notre être) que donne à voir la philosophie depuis le début ; évidemment il s’exprime techniquement. La raison en est que notre être est structurel, il ne contient pas de Vérité, il « est » la vérité ; ce qui signifie qu’il est le réel, notre être réel au détriment de tous les autres qui sont imaginés, irréels, rêvés, ou emplis par un ceci ou un cela. Inutile de lever les bras au ciel, (quant à la prétention que cette hypothèse impose), parce que notre être tel, structurel, ne contient rien sinon de montrer, d’exhiber la structure. La technicité de la description de notre être revient à cette technologie suréminente que la « nature, le donné, le là » inventent comme « conscience », ce fait structurel étrange et autre. On ne peut pas la décrire comme on énoncerait du haut d’une métaconnaissance la Vérité, qui se donnerait là comme monde, comme corps ou comme identité synthétique du moi, mais on ne peut que montrer la structure en œuvre, agissante, en tant qu’elle ajoute à tout une machinerie intentionnelle qui n’appartient à rien.

Le second degré

Qui par ailleurs peut être imaginée en telle ou telle croyance, cela n’importe plus dans la mesure où par la philosophie, et par la réflexivité atteinte en général, l’humanisation passe au second niveau, au degré second, à la puissance deux ; elle décrit la forme.

L’exemple manifeste est celui de la liberté ; on est libre et ensuite on se choisit ou on s’invente, peu importe les contenus et tout contenu élu ou inventé doit au minimum respecté le libre comme structure, sous peine de se contredire, de cesser d’être ; que l’on pose comme premier et inaliénable la liberté d’une part impose un système de fait formel (choisissez votre contenu) qui existe en lui-même et doit être décrit et explicité en et pour lui-même (indépendamment des vérités), et d’autre part n’annule nullement qu’il y ait de la vérité, il n’y a même des vérités à foison , il n’y eut jamais autant de vérités depuis que l’on a inventé la liberté ou inventé la vérité comme principe (sans contenu). Ceci, ce mouvement, hausse l’humanisation à un rang second qui vaut en et par soi ; formellement.

Ce qui écarte évidement la violence ; si tout est affaire du libre comme système formel, il ne sert plus à rien de tuer et autres divers massacres imbéciles (et il devient absurde d’exploiter, puisque l’on va tirer du travail humain des finalisations immédiates qui retourneront dans le monde, dans les « richesses » physiologiques, à fondement du corps, du moi, d’une synthèse immédiate quelconque ; les richesses accumulées abusivement puisqu’elles ne se destinent plus au libre lui-même, retournent dans le monde et en pure perte imbécile). Parce que ce qui se conquiert par la violence impose de redescendre en deçà du niveau exigible, alourdit et abaisse la réalité, toute la réalité, plie la structure vers son ignorance en présentant que la réalité est ce corps, cet intérêt, ce monde donné là particulier : or si le second degré est en-plus, on ne sait pas du tout par quoi le remplir …

la facilité et le difficile

Le monde et ses intérêts sont faciles, la lourdeur des réalités s’impose d’elle-même, la capacité hors du monde est non évidente et doit être inventée. Et nier qu’il y ait un second degré de l’espèce humaine, nier l’universel ou la vérité formelle, la liberté ou le sujet revient à plier bêtement la réalité, à la recourber vers le donné là, à remplir le vide du second degré par des finalités mortes, à justifier le particulier et la facilité.

Ainsi le libre est en lui-même un système (et non pas n’importe quoi, ni un système formel sans rien du tout) ; le système est de par lui-même réel et actif ; il se déploie en se sachant (même si ce savoir n’est pas immédiatement connaissance mais c’est ce sa-savoir qui engendrera d’éventuelles connaitres ; on a beau jeu de transformer les énoncés hyper actifs en énoncés plats, le système formel s’énonce évidemment dans et par le monde, les mots, etc, mais en tant qu’échappées hors du monde, hors du mot, hors des corps ; créant une élaboration surajoutée à l’énoncé, qui n’est compréhensible que si l’on se hausse soi-même dans le second degré, cad dans le rien). Le libre est l’essence même, « remplace » qu’il y ait une vérité (unique et totale) et ce dans les faits eux-mêmes ; se vérifie donc ceci ; que la liberté est réellement ce qui (au travers et par quantité de vérités, de choix et d’inventions) se vit. C’est la substance non substantielle.

L'inventivité structurelle

Le plus étonnant en ceci est que par exemple les règles de la démocratie se sont inventées par l’expérimenté lui-même ; les théories ont été transportées et réélaborées dans l’historicité elle-même ; la structure est ce qui invente le structurel, on y reviendra (parce que cela signifie que le savoir qui n’est pas une connaissance et cela parait absolument contradictoire ; on agit tout en ne connaissant pas ce que l’on fait, mais on est agissant quand même et cela élabore un système strictement lui-même agissant et on ne peut pas dire que l’action, l‘activisme ait manqué depuis deux siècles). Et cela vaut aussi pour les mois, les personnalisations ; ça se "résout" ou pas, selon les modulations existentielles, ontologiques, ce qui veut dire selon le, les statuts du corps.

Bien sur ce système formel se rêve lui-même au début comme un Contenu, absolu, une sorte de contenu qui résumerait tous les autres ; de même la scientificité ici ou là croit encore qu’elle appose la vérité en soi et en elle-même telle quelle ; alors que la vérité de science (qui est tout à fait valide en son lieu et temps) est elle-même en ce système formel qui empêche que par la science on puisse annuler le libre ; que la liberté admette et applique telle ou telle vérité, est autre chose et revient à l’accès de ces libertés aux connaissances ; mais cela signifie donc que le plan de la science est lui-même compris, com-pris, dans une planification plus vaste ; celle qui se-sait, celle de notre être (de son savoir qui est ignorance mais ignorance agissante).

Que le savoir de la philosophie ne soit pas connaissance n’implique nullement qu’il ignore la connaissance ; la philosophie a lancé, propulsé outre l’idéal de l’homme comme être connaissant (sous les auspices de l’être de l’homme comme Pensée), quantité de sciences possibles ou probables ; le savoir, qui se déploie initialement comme savoir de cet être-structure (la réflexivité grecque puis cartésienne pour résumer). Le savoir qui se maintient au niveau de la structure ; de là que pour se repérer dans l’historicité il faut repenser constamment les marquages philosophiques qui expriment, exhibent la proximité radicale ; la philosophie est la réflexion sur ce qui arrive à l’humain, soit donc est la réflexion sur la réflexivité.

Badiou

Or cela ne signifie pas que la philosophie soit au « carrefour » des possibilités ; Badiou ne peut pas penser, admettre qu’il y ait un « être » qui surgit, et il organise sa pensée en fonction d’un contenu électif ; la Vérité (amenant une fois de plus qu’il y ait une Vérité). Une vérité annuel n’importe quel être réel ; et ce qui est apparu (cad ce qui s’est re-présenté, porté à la conscience « là » exprimée), c’est un être qui vaut en tant que tel et est un et réel tel quel.

Bien sur de continuer de porter la Vérité est protecteur et permet d’avancer que l’on peut s’entendre sur ce qui est vrai et ne l’est pas ; mais outre que cela est indéfiniment sujet à cautions, ça ne permet pas de définir cet être réel qui existe ; ça passe outre qu’il y ait un être formel et réel agissant. De manifester qu’il y ait un être réel (et non une vérité), renvoie effectivement l’accord sur une vérité impossible, mais peu importe puisque cela autorise qu’il soit pensable (sous la formulation d’un savoir et d’un agissant) un être qui précède toute vérité ; en cela la disposition de la philosophie n’est pas du tout différente de celle des sciences ; elle décrit cela qui agit et puisque c’est un être qui agit (une structure qui se surimpose à tout contenu, qui dépasse tout langage pour une élaboration intentionnalisatrice empirique, au sens d’expérimentation du réel), c’est cet être qui se modifie lui-même de par la réflexion qu’il crée sur lui-même ; on ne peut pas philosopher sans penser ; sans (se) réfléchir comme structurel, que l’on nomme par là le détour de la Pensée ou la conscience de soi (de soi comme conscience et non pas comme « soi », qui en est seulement une figure).

Or tout ceci est un second degré d’existence et non pas un système de pensées, cela s'existe comme structure agissante qui interagit avec ce corps même, la perception, et tord tout le reste (humanisation, langage, mondes humains particuliers, mois synthétiques, etc). La question demeure ; ce corps, le nôtre, est-il capable de supporter l’étrange être de conscience, cette forme ?

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