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instants philosophie

L’invention du transcendant par l’immanence du corps

18 Octobre 2014, 09:13am

Publié par pascal doyelle

On veut bien que l’on naisse et que ça cause problème, parce que ça cause problème d’avoir un corps. D’avoir un corps, pas d’être. Un corps, ni ce corps. Parce que ce que l’on est, en vérité et en réalité, c’est cette conscience de, plus loin, (soi). Et bien que distincte, ça a avoir avec le corps, mais pas le même.

On n’est pas là où l’on est, parce que l’on est plus en dedans de la structure. Et que celle-ci n’est, à proprement parler, pas. Elle n’est pas. Elle est sur le bord. Elle est le repli qu’est le bord. De sorte que tout est absolument immanent. Sauf le bord. Ce qui revient à dire que dans toute l’immanence, le bord de l’immanence est transcendant. Le bord c’est ce que l’immanence a trouvé pour transcender. Ainsi ça ne quitte absolument jamais l’immanence, mais ça transcende parce que l’immanence a un bord.

Le bord n’existe que de se replier sur l’immanence. Ainsi la conscience est non pas la CONSCIENCE (morale, idéaliste, intérieure, sensée, etc), mais est la « conscience-de » ; une structure purement formelle sans rien, sans contenu, sans intériorité, mais qui étant structure se replie sur/vers/par le donné, et dans ce mouvement crée un espace-temps interne ; qui peut bien s’imaginer être l’esprit, dieu, la raison, les mathématiques, le mana, bouddha ou Allah, ou encore cette identité de « moi », et dans tous les cas une synthèse ; une synthèse qui s’auto valide et part grosso modo dans tous les sens. Mais rien de péjoratif là-dedans ; elle part dans tous les sens en ceci qu’elle explore, s’aventure, se poursuit, se trame.

N’empêche qu’originellement ça n’est que cela ; une structure qui fait retour-sur et se nomme donc la conscience-de. Ce qui suit le « de », par exemple la conscience du moi, de telle perception, de telle idée, de la nation ou du temps qu’il fait, ce sont des contenus ; tout cela ce sont des effets. On juge donc de tous les contenus comme autant d’effets de la structure (qui est un mécanisme très complexe à décrire, qui dispose en lui-même de ce retour-sur qui emberlificote toute description, mais qui étant sans rien et nu, purement formel, est par contre tout à fait facile d’usage … parce qu’il est tellement simple que nous le sommes, l’existons de par sa formidable souple nudité, n’étant rien en lui-même, sans contenu, il navigue comme il veut …)

Remarquons bien que si l’on peut traiter de tout comme de contenus (dieu, l’esprit, les idées, le moi, etc), de ramener tout cela à un mécanisme nu, ça n’est pas décrier ces contenus ; parce qu’après tout on ne sait pas ce que c’est que ce mécanisme … au sens où l’on ne sait pas où il va, ce qu’il veut, ce qu’il peut ; si il se trouve c’est destiné à un corps glorieux, un autre monde, une explosion surnaturelle ; allez savoir. Ce dont on juge c’est ici et maintenant, et ici et maintenant, ça se décrit au minimum comme une structure qui fait retour sur ce qui est donné là, en tant que bord de ce monde, de ce corps, de cette cervelle aussi, etc. Rien de plus.

Le retour que cela provoque peut être considéré comme simplement un savoir ; et effectivement ça crée un savoir, et c’est sur cela que l’on a pensé au début, par les grecs, se fonder ; des idées de Platon au concept de Hegel. Qui se formule comme universel.

Mais l’opérateur de ce savoir se découvre aussi comme un sujet (décrit une fois pour toute par Descartes, au sens où il n’y eut qu’un seul de Descartes); jusqu’à se demander, ce sujet, si il n’est pas, lui, l’acteur véritable (de quelque savoir que ce soit). Et ensuite puisque le sujet est acquis (dont Descartes offre la description), la structure même s’gite et veut remonter son être propre, remonter dans le structurel, créant les grand sujets.

Les sujets du doute

Ajoutons une suspicion ; le dit sujet se met à douter de lui-même comme sujet, qui déjà doutait du savoir …. Ce qui aboutit aux sujets vides et creux qui emplissent toute la réalité de doutes divers et variés. Le savoir est abattu, le sujet est annulé, mais alors qui pense et qui pense quoi ??

Lacan nous dit ; le sujet cartésien. C’est lui qui pense à très strictement parler. Mais il est purement formel et ne tient que de la science ; pas de la philosophie mais de la science. C’est le sujet absenté de la science, qui fait semblant de ne pas exister ; ce qui fonctionne très bien.

Les sujets du doute ont raison de comprendre comme il n’existe pas d’intériorité, d’esprit ou d’essence de l’homme, que l’homme lui-même n’existe pas. Mais ils ont tort de supposer qu’il n’existe pas de sujet ; le sujet est tout désigné ; c’est la structure même. Le pur et simple mécanisme de vide qui inexiste selon le monde, mais qui existe comme bord du monde. Dans le fond les sujets du doute (qui se sont annulés eux-mêmes, qui se situent dans cette disposition là, mais qui n’ont pas su ou pu ou voulu retourner le sujet même, le sujet fondamental, cartésien, unique, acquis une fois pour toutes, qui ne sont donc pas des Grands Sujets, qui ont pris appui sur les grand sujets qui eux-mêmes sacrifiaient leur moi ou leur humanité déjà, mais ne tenaient pas à la science forcément ; alors que le sujets du doute entreprennent de porter objectivement la critique, de se fonder par la scientificité réelle, Lévi Strauss, ou supposée, Lacan, ou les deux, les pensées du langage) conçoivent encore qu’il y ait d’entretenu l’idéal d’un savoir et d’une connaissance, d’une essence et d’une intériorité, et démolissent ainsi tout ce qui s’y rapporte. Ils ont raison, mille fois.

Mais ça n’est plus le savoir-connaissance qui mène la danse … depuis Descartes, c’est le sujet, et qui se dit bien étrangement ; le sujet qui n’est pas subjectif… Le sujet qui est le point de conscience, telle là donnée sur le monde ; le simple et unique point à chaque fois, dans son ici même tout aussi unique, et qui comme tel, puisqu’il est répercuté indéfiniment partout, est la trame même de l’être réel, de la surface étendue ontologique du monde donné là, et du donné là, et du là du donné.

Reste la structure seule, comme une en son mode unique, sa dimension propre

Or cependant ça n’enlève pas le sujet, le sujet comme structure, la forme du mécanisme. Et rien ne fera que ce mécanisme ne soit pas à chaque fois un point. Un point Un. Et que si visiblement le point Un est la forme même de ce qui est, tout autant.

Chaque point de conscience est donc sur le point de l’être, en tant que l’être n’existe qu’en un ici même. La forme de notre être, notre structure, est donc la forme de ce qui est tel que cela est en chaque actualité. Il surcharge le point d'être.

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