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instants philosophie

Se tenir sur le bord

4 Octobre 2014, 09:34am

Publié par pascal doyelle

Notre être est donc apparu en une fois par les grecs ; ce qu’ils ont inventé, la pensée, peut être redéfinie non comme maniement d’idées mais en tant que les idées sont spécifiquement des rapports et que ces rapports sont des pensées actualisées, par des agents (que plus tard on nommera sujets), lesquels s’adressent radicalement au réel, ce qui se dit rapport à « ce qui est », nommant par là l’être.

C’est à tort que l’on présente la philosophie comme détentrice dans sa volonté de la vérité ou de l’être tel un fétiche ; c’est justement de nommer cela « l’être » ou la « vérité » que précisément l’être et la vérité sont interrogés et non pas imposés. Ne plus se référer à ces formules, parce que ce sont des formules, ce sera redescendre d’un niveau et recommencer de les déterminer et non plus les maintenir comme formulations exclusives.

Mais c’est à tort tout autant que l’on présente ce qui supervise la philosophie comme système d’idées par une irrationalité ou une non rationalité ou une détermination mondaine ou un conglomérat de pouvoirs, etc ; ce qui prédomine par la philosophie est une rationalité ou qui n’a plus nom de rationalité mais de cohérence, une cohérence littéralement ontologique.

De maintenir l’être et la vérité implique alors d’en rechercher les conditions, et tout aussi bien les conditions de la pensée, tout comme ensuite seront bien autrement ardues les conditions du sujet (parce qu’engageant notre être au plus près, au plus près de ce corps, de ce moi, qui lui-même sera paramétré en ses conditions de moi, on n’est pas un « moi » naturellement, c’est une élaboration, et ça ne se cloue pas sur la paillasse d’une objectivisation, bien que toutes les objectivités soient requises, elles ne donnent pas la clôture, parce que clôture il n’y en a pas. Et donc pas de vérité, pas de vérité qui supplanterait le sujet, la structure, le « ce qui entre en rapport ».

Parce que ce qui s’invente, se découvre et se dé-couvre (qui était recouvert par des mondes particuliers, par ses contenus chaque fois synthétiques), se déploie, est bien plus conséquent qu’une « vérité », et par conditions il faut entendre toutes les conditions ; non seulement pour les grecs ce que signifie penser mais aussi que faut-il se prédisposer pour penser, pour devenir, pour acter la pensée ?

C’est donc en ce sens un système formel de toutes les conditions qui prédisposent à être. Etant entendu que l’on n’est pas. Ou plus exactement que notre être, la forme, la structure, la conscience-de, est un être réel mais impossible, qui ne tient en aucune détermination, aussi s’élabore-il en augmentant sa structure, en en formulant au fur et à mesure son architecture. Et cette architecture qui tient à partir de presque rien (sinon ce ne serait pas une structure de par elle-même et serait empêchée par quelque contenu que ce soit et ne penserait pas en termes d’élaborations de machines intentionnalisatrices, une structure de par soi signifie seulement n’ayant pas de rapport avec rien d’autre que soi, et donc susceptible de tous les autres, parce que le rapport à soi ne se dit que tel ; vide, rapport-à et non rapport à quelque soi déterminé), a imposé non une vérité mais le système antérieur à toutes les vérités. Système qui non pas fait office de vérité, mais est la vérité ou la vérité en tant qu’elle est le réel, l’être.

Il est donc inutile de refuser à la philosophique ce à quoi elle introduit puisqu’il n’est qu’elle, étant en charge de rendre compte de l’articulation au réel, qui s’avance sur ce terrain là, lequel est l’unique.

Or ce système puisqu’il s’agit non d’un système d’idées mais structurel, se réalise non comme théorie mais comme réel. Il est réel en ceci qu’il faut commencer de prédisposer la réalité en la rabattant sur le structurel ; dieu par exemple est un fait réel en ceci qu’il attire à lui les consciences une par une et les réunit en esprit (dieu cette hypothèse sort littéralement du monde, de tout monde, et réaccède ou accède à l’architecture, cad l’archi-tecture). La démocratie est un fait réel qui atomise l’humain mais permet la ré-articulation de chacun (l’articulation selon dieu se transforme en accès à (soi) ). On comprend bien que la réunification n’est plus du tout la même une fois que l’atomisme ou la séparation des consciences est passée par là. L’acculturation monumentale n’a plus à voir avec une synthèse, celle qui a régné des millénaires en particularités, en formant chaque monde-groupe-langage. C’est une ré-articulation de l’humain au donné là (devenu l’unique donné monde pour chaque unique être-conscience) qui s’est imposée.

La philosophie crut un temps que la réarticulation proposait elle-même une vérité, ce qui est vrai ; de même que chaque moi est absolument valide là ù il est (ce qui ne l’empêche pas d’être selon son sujet ignoré). Mais la vérité ainsi énoncée est constamment traversée par l’articulation ; la pensée oblige à (se) penser, et non à penser tout court (ce qui formerait des synthèses sans plus). Pour cela les énoncés philosophiques ne sont pas simples du tout mais surtout tordus, réorientent vers le structurel ; on ne peut pas penser sans y être. En cela il ne s’agit ni de se confondre avec l’absolu, ni de l’étaler à plat (objectivement), mais de concevoir que le monde se plie et se replie ; et que le sujet ou la pensée se tiennent précisément sur le bord du (même) monde ; on ne change pas de monde, mais il lui existe un bord, et l’atteinte de ce bord lui confère, l’augmente, le démultiplie (en vérités et libertés et personnalisations), et provoque extensivité, intensité et densité. Parce qu’il a un bord et que l’on se tient dessus.

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