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instants philosophie

Incorporation versus corporéité

2 Novembre 2014, 16:35pm

Publié par pascal doyelle

L’advenue de la structure pure et simple qui ne pose plus aucun problème en avant de soi mais se tient en retrait par devers toute réalité, toute réalisation, tout vécu, toute pensée, est cela même dont les sujets, les grands sujets se chargent.

Soit donc depuis Descartes. Descartes décrit ce qu’il voit ; le sujet fondamental, impossible, uniquement objet de description ; le sujet est cette conscience même, pure structure vide et formelle, sans rien, qui tente de remonter dans sa propre structure, et cet effort innommable si il est impossible produit des effets réels et permet d’avancer dans sa propre compréhension, dans son surgissement. Viennent ensuite Leibniz et Spinoza qui à partir du sujet découvert entendent recomprendre, et produire à nouveau un discours ontologique, ‘ou donc le discours de Leibniz ou de Spinoza sont rendus possibles par et selon la position du sujet, qui renouvelle intégralement la philosophie), s’ensuivent Kant qui veut tenir à distance qu’il y ait une raison (entendant par raison la compréhension moderne de ce qui fut autrefois la pensée, grecque, dans une autre dimension), et Hegel qui s’en prend à penser la pensée même, la pensée grecque, qui relance la pensée comme métaphysique. Tout cela étant rendu possible par l’obtention du sujet cartésien.

Mais le sujet cartésien n’est pas « cartésien » ; Descartes décrit seulement notre être tel que là et non pas avance des « idées » qu’il suffirait de balayer ; notre être on ne peut pas le biffer d’un trait. Et c’est sur le dos de cet être que les grands sujets (de Stirner à Lacan, en passant par Heidegger, Husserl, Nietzsche, Sartre, etc) foncent à califourchon à explorer le possible.

De même cet être est la structure qu’articule ou qui articule le moi, lequel est cette entité au plus proche de cette forme vide et sans rien. Or le moi ne peut pas se savoir comme sujet ou comme structure ; il doit admettre son propre être là, son corps, son vécu, comme étant donnés en vérité et réalité et non pas le recevoir comme construit, créé ou bricolé ; pour le moi son identité est son essence même, de toute éternité, destinalement. Aussi le moi consiste-t-il à se prévoir lui-même rétrospectivement comme si il avait toujours existé un-tel moi ; le moi est le mouvement rétroactif de se re-prendre comme si il ne se reprenait pas ; d’effacer sa propre historicité.

Dans le même temps puisque se détenant de lui-même (dans son essence d’identité supposée), le moi se coupe, se sépare de son historicité ; à savoir de l’universel et du sujet ; il ne reste plus qu’un monde des mois, et lointainement très lointainement l’humanisation et l’universel et la pensée et tout aussi éloigné le sujet, les grands sujets et les explorations structurelles de ce qui est.

Le moi ne demeurera plus que fasciné par son objet ; de même que les sciences, les techniques et les étatismes l’objectivisent, de même un moi n’a de cesse que de trouver son objet, que de s’objectaliser. Objectivisation de l’objectivisme des sciences et techniques y compris étatiques et marchandes et de l’objectalité destinale du moi qui ne sait pas du tout son sujet. Qui ne parvient pas à incorporer le sujet, le moi dont le corps reprend constamment son poids propre, qui l’attire non vers le « bas », mais vers les finalités pauvres données là dans le monde.

Même les objectivismes et objectalités (en psychologies ou psychanalyses par ex) désireraient élever le dit moi, en subjectivisant son corps, en lui permettant de le « réintégrer » avancent-elles, mais en réalité de l’intégrer tout court ; parce que jamais encore une conscience n’a su s’admettre comme incorporation. C’est l’idéal, l’idéel, le potentiel même que nous ouvre l’esthétique au plus proche de nous convaincre que l’apparaitre du monde, du corps, que la perception même est incorporation ou plutôt ouvre à la possibilité de l’incorporation (de la conscience-structure dans un corps physiologique).

Or cette incorporation doit s’organiser plus encore en chaque moi, et s’assumer comme matérialisation ; non comme matérialité donnée là et inerte mais comme processus d’intégration ; l’incorporation serait idéalement que tout moi soit capable de son sujet, de son sujet et son intensité et de sa pensée universelle, mais il est peut probable que ce processus fonctionne et parvienne à devenir, et ce malgré le déploiement extensif et intense de la mass médiatisation qui va chercher chacun jusqu’à sa plus visible corporéité, qui cherche à nous convaincre de notre devenir universel et de sujet, mais mass médiation qui tord tout à la fois vers les finalités les plus faciles et les plus corporelles. La corporéité tente constamment de recouvrir et d’avaler l’incorporation.

Par ailleurs l’incorporation n’a rien à voir avec l’élévation morale ou la grandeur universelle (d’une vérité qui s’imposerait d’en haut) ; tout cela riperait sur le corps du moi ; il est infiniment distant de ces impératifs ; c’est plus en dedans et en sa matérialisation même que cela se cherche. Ce qui se cherche tient à la complexité invraisemblable de l’image-idée de (soi) du moi ou à son idée-image, épuisant les images (qui sont autant de corps) jusqu’à parvenir à l’idée de (soi). C’est cela qui se trame, se dessine, se visualise, se rend complexe, se diffracte dans la représentation (et la mass médiatisation, qui a de « mass » ceci qu’elle doit toucher chacun …).

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