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instants philosophie

Les deux entrées du réel

6 Novembre 2014, 15:27pm

Publié par pascal doyelle

On obtient donc deux entrées au réel.

D’une part ce qui fut signifié instantanément par la découverte du réflexif pur des grecs (soit donc sa nomination comme étant l’être, le « ce qui est » ; ce qu’évidemment on a l’habitude de comprendre comme « réduction de la réalité » à l’idée, mais qui en fait a opéré dans la conscience des grecs comme augmentation extensive infinie de la perception d’un-tel-monde, le cosmos, qui a opéré comme machine infinie intentionnalisatrice construisant des intentionnalités par-dessus et au-delà des mondes humains particuliers immédiats, au-delà des groupes et des langages et exposant notre être tel quel).

D’autre part ce dit sujet, l’étrange, qui n’appartient à rien ni à personne, qui est en nous, en chacun, comme conscience-de (le moi est au plus proche de l’articulation qui sort de la cervelle vers le donné là, ce que les existentiels nommèrent le « là » du donné, à voir ce que cela signifie et porte).

Les autres réalisations naissent de ces deux là ; politique, éthique, esthétique, idéel (mathématiques ou ensuite sciences ou objectivismes), mais aussi acculturation généralisée (lorsque la réflexivité grecque s’ajoute à la réflexivité chrétienne, qui elle-même réfléchit le monothéisme juif, qui est un retour-dans ce monothéisme, ce qui est absolument stupéfiant), et dans l’acculturation généralisée d’une part l’humanisation (à fondement en grande partie universelle, et se réalisant par et dans la révolution unique ; puisque notre être est unique et partout absolument identique en chacun à quelque moment du temps, il se réalise dans une seule universalité dans le seul monde réel), et d’autre part encore plus extraordinaire la personnalisation, qui seule donne à l’universalisation sa portée (sinon on en resterait à une universalisation générique de type communiste).

La personnalisation nous concerne tous, un par un, en tant que cela forme le moi, et le monde des mois. Le moi, puisqu’il se tient de lui-même (son fondement replié est le sujet, que le moi ignore comme la science et l’étatisme et la technocratie et l’économie l’absentent de leur côté),le moi tend à oublier qu’il est né de et par la pensée grecque et la réflexivité chrétienne ; sans quoi il serait impossiblement existant. Il institue donc Son monde à lui … ignorant tout le reste. Mais il est clair que d’une part il a raison (il est un acquis absolu) et que d’autre part il se perd dans le même temps en cette ignorance ; le moi déteste l’universel et abomine le sujet (que de fait les sciences chercheront à cerner, rendez-vous vous êtes cernés, comme matériaux psy ; or il existe une folie psychologique évidemment mais aussi une folle structurelle, ontologique ; puisqu’il n’est pas dit qu’un moi soit capable de supporter l’être de conscience-de, se porter le sujet impossible).

Les deux entrées, l’être et le réel d’une part et le sujet et la conscience-de d’autre part, rendent effectivement exigeant ceci ; que le présent est absolument l’actualisation de ce qui arrive.

Parvenu en ce point unique, qui ne se répète pas, parce qu’il est toujours le Même Point Unique, est relancée la mystique pure et simple du Réel. Qui consiste en ce que « ce qui est, est parfaitement », d’une part et que d’autre part « ce qui est n’est pas livré au monde ».

Parce qu’au final d’évacuer l’ambition ancienne et de dénier qu’il y ait un poids absolu à exister, rend pour tout sujet impossible qu’il veuille autre chose que ces petites parts, petites miettes du monde. De là que tout sujet finit transformé en un sombre moi, en cette entité innommable, finie, attachée à ses colifichets, sans envergure ni étendue, jeté dans le temps et non pas dominant ce qui est. L'articulation de conscience est "ce qui veut ici et maintenant ce qui est, sans discussion possible", ou "ce qui en se laisse pas faire, jamais, par quoi que ce soit".

De là que les mois délestent et l’universel ancienne et la folie sacrificielle des grands sujets. De là que par exemple la figure du révolutionnaire soit si rapidement absorbée par son propre vécu. Pardi, le vécu est le monde qui absorbe la structure.

Les mystiques ou les penseurs furent les Mêmes. De se tenir eux-mêmes du seul se-savoir qui ne quitte jamais la structure, qui est de fait à soi sa propre certitude (indépendamment de toutes raisons et donc causes et donc influences ou perversités du monde, du vécu, et du moi et des autres). Il faut confier son âme à Platon ou Plotin, et son intellect et sa raison à Maître Eckhart. Il n’est pas dans notre historicité de distinction péjorative depuis que l’articulation structurelle de la pensée grecque a repris l’articulation réflexive tout autant chrétienne, porté cet aqueduc jusqu’à la fusion cartésienne, réarticulation qui a rendu possible l’inventaire leibnizien et spinoziste du penser (qui n’est plus La Pensée, puisque cette fois c’est à partir d’un sujet, René), la sur-réflexivité kantienne (il fallait bien que le sujet cartésien se-situe lui-même), et le déploiement intégral de toute la pensabilité hégélienne (qui étant sujet peut bien tout, littéralement tout exposer du pensable ; ou donc le sujet n’est plus la pensée … )

Enfin nous voici saufs. Les grands sujets peuvent commencer. Du Un complètement absorbé de Stirner à l’auto affirmation exubérante et parfaite de Nietzsche, de la pensée objective des conditions marxistes du monde humain, de la traversée éperdue de « cela qui agit » à savoir la conscience husserlienne emmitouflée d’idéalisme (ça aurait un « sens » que d’intentionnaliser … peu importe Sartre nous montrera que « ça est » et que ça n’a pas de sens idéel, c’est uen structure pure que la conscience), jusqu’à l’extraction sur le moi vivant du trou invraisemblable ; que le conscient est juste un ilot perdu parmi les flots. Mais que l’on s’en fout parce que l’on n’est pas le conscient… C’est ça le hic, la conscience n’est pas le conscient, n’est pas le moi, n’est pas le langage, n’est pas les autres, n’est pas le monde, n’est rien de tout cela ou quoi d’autre encore ; elle dépend de tout ce que l’on voudra mais s’ajoute, s’ajoute impitoyablement, en plus de tout ce qui la précède, cad tout. Puisque tout la précède.

Il n’existe que le Un, et forcément un seul Un

Réfléchissons à cela ; tout la précède. On pourra lui injecter quantité de déterminations, oui, bien sur, mais elle y sera encore en plus. Elle est structurellement « ce qui n’appartient à rien du tout ». mais c’est compte tenu de tout ce qui la précède (cad tout, littéralement, tout ce qui est dans le monde, le vécu, le moi, la cervelle, le corps), qu’elle est d’une part articulation grecque au réel (l’être) et ré-articulation volontaire cartésienne, à nouveau. Ce sont ces deux empans là qui arraisonnent tout ce qui est. Les deux empans sont l’arc qui réinjecte la conscience-de dans le réel actuellement existant. Le seul présentement ici même. Celui qui revient toujours, parfaitement identique à lui-même. Cela forme le Un, le Un agissant (qui donc n’est jamais un tout ; il n’existe aucun tout, il n’y a que du Un, et forcément un seul Un).

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