Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
instants philosophie

La philosophie s’en fout

8 Décembre 2014, 11:07am

Publié par pascal doyelle

Elle s’en fout parce qu’elle ne désigne pas une connaissance, mais le savoir.

De savoir il n’y en a qu’un seul ; celui qui se-sait depuis le début et cette certitude est l’acte même de penser pour les grecs et plus généralement de réfléchir. Et n’a qu’un seul repère ; l’être, autrement dit le réel (la philosophie a inventé ou soulevé le réel, soulevé qu’il y ait une question du réel et que toutes les autres tournent autour de cette unique).

Réfléchissant sur le Réel et comme ça ne se sait pas comme ça, facilement, il faut y user des tas de consciences. Que ça se décante. Cependant que l’on en ait prononcé le nom de conscience par Husserl, ne signifie pas que depuis le début on se soit égaré.

Parce que les grecs, ce qu’ils nomment « pensée » peut être traduit et explicité comme « machines intentionnalisatrices » et « idée » comme « rapport dénommé au réel ». Alors évidemment on a cru ou tenté que les idées et les systèmes soient complets et comme existant en soi ; on a avancé que le Bien, le Un, ou l’énergia ou la forme intellective, soient hypostatiques, prééminents. Ça facilitait les choses, mais ça ne changeait rien ; le bien ou l’énergia il faut qu’ils restent compréhensibles, explicitables, dépliables, là, ici et maintenant. Les grecs inventent qu’il existe des intentionnalisations qui se regroupent ici même et ne sont renvoyés nulle part ailleurs que dans la Cohérence de l’ici même.

Cela nous vient très tard, que le nom de notre être soit prononcé réellement ; conscience.

Ayant épuisé l’intégralité de la pensée, par Hegel qui renvoie très exactement tout ce qui le précédait à l’activisme fou du négatif radical ; phénoménologie de la conscience, dit-il.

La philosophie s’en fout, parce qu’y advient qui veut. Ça ne s’impose pas, c’est impossible. Parce que si l’on n’y est pas « dedans », on n’y comprend rien. Et lorsque l’on y comprend, ça n’est pas d’y contrôler la pensée, mais d’être saisi de la réflexivité même. Autrement dit ; le réel s’y saisit lui-même. Et on en reste coi.

Ce qui se dé-couvre, c’est le Rapport. Qu’ensuite l’espèce humaine sache s’y admettre, ça la regarde. Le rapport, lui, qui est réalisé au travers de cette humanité çi, si ce rapport n’est pas supporté par notre humanité, ça n’importe que pour cette espèce là ; il ne fait aucun doute que ailleurs, sur un autre monde ou des tas d’autres mondes, serait-ce en d’autres univers, le dit rapport se rendra réel ou déjà s’est réalisé cent mille fois, et que quelques races sur d’autres mondes surent s’en acquérir. Que nous autres flageolions … ça n’importe pas ; c’est juste que l’on va se dégrader ou au mieux que l’on disparaitra.

Le rapport ne tient pas à la raison, l’esprit, la personne ou l’humain tout court. Tout ça ce sont des effets. Le rapport vous inscrit dans le réel, à vous de vous débrouiller. Il ne peut pas vous prendre en charge, parce que précisément il est LE rapport et qu’un rapport se rapporte à lui-même et vous rapporte donc à vous-même ; vous rend libres, cad capables (ou non).

C’est pour cela que ça n’a pas de sens, c’est parce que c’est le sens. Le sens ou l’ordre strict ou la cause ce sont des remplissages. Le rapport, lui, est articulé au réel, au réel qui contient les univers, toutes sortes diverses probablement d’univers ou de « mondes » ou de réalités, différentes ou divergentes ; il existe probablement d’invraisemblables univers ou réalités (qui ne sont pas à strictement parler des « univers » avec la même sorte de « temps » ou d’espaces « ou de « choses »).

Les grecs inventent de sortir le mécanisme de conscience-de (cad de conscience qui ne contient rien, mais est articulation, au réel (à l’être, dit nommément), et donc existe mais existe formellement), mais de le sortir sous la forme de machines intentionnalisatrices ; et on a vu que la philosophie est la discipline qui réfléchit sur, cet être, mais que cet être se donne tout autant en éthique, esthétique, idéel, politique, et que « ça réfléchit », ça réfléchit d’autant plus par les chrétiens (qui réfléchissent dans le monothéisme même, qui sont un ajout supplémentaire au judaïsme et au dieu unique). En bref ça existe, ça surgit, ça devient diversement et s’exporte dans le donné-monde-là (et non plus dans un monde séparé particulier).

Les grecs pensent ; ils commencent de manipuler intégralement les contenus de conscience (et dépassent les langages, groupes, mondes, jusqu’au monde unique donné là, réel, qui par ailleurs contient tous les mondes humains séparés), et cette manipulation est la mise en jeu de l’intentionnalité dont l’essence réelle est qu’elle veut ici et maintenant la Cohérence (qu’aucun élément ne soit énoncé qui ne soit pas ici et maintenant constatable, recomposable, aucun élément n’est supposé ou imaginé ou irréel, etc). ces machines intentionnalisatrices produisent des universalités (le vrai, le bien, le beau, le un, la structure de la pensée, etc) et des universalisations (applicables immédiatement ; la politique, l’éthique, l’esthétique, l’idéel, comme viendront la science et la technique, le sujet et le droit, l’Etat et l’acculturation généralisée, par le christianisme d’abord, etc).

Tout cela ne tient que dans l’effort ; cad la motivation à être. Et comme il s’agit d’une architecture intentionnelle et intentionnalisatrice, que fondamentalement il faut le vouloir pour que cela existe, il est clair que par ailleurs quitter la machinerie intentionnalisatrice revient à substituer au système formel un monde particulier, un monde de contenus, sans plus aucun souffle qui puisse animer une architecture de conscience (qui se réfugie dans une synthèse, par ex politiquement une mafia, économiquement une hyper hiérarchie, esthétiquement un appauvrissement des finalités, éthiquement un irresponsabilisme, et toutes sortes de déviations qui retombent dans le monde, le groupe, le langage, le corps, incapables de superviser les contenus de conscience par une architecture).

On a vu que les grecs imposent l’archi, que les chrétiens redistribuent l’hyper, que les sujets (à partir de Descartes et suivants, y compris Kant qui mesure le sujet par le transcendantalisme, et Hegel qui en marque toutes les étapes, mais aussi Heidegger ou Nietzsche, Rimbaud ou Céline, ce par quoi un sujet s’en prend à son moi, etc) s’éloignent infiniment de ce qui constitue pour la majorité, voir tous, l’essence même de la réalité ; leur vécu. De même sciences et techniques offrent à tous une mise à disposition de leur monde de mois ; l’objectivisme est corrélé à l’objectalité.

De même les mois ne succombent pas nécessairement à l’objectalité (le moi ne serait réalisé que si il trouve ou admet son « objet », qu’il soit objet lui-même ou qu’il désire son objet, objet pour le libéralisme producteur ou pour l’étatisme, désirs proliférant et irréalités qui court-circuite la conscience-de (au réel) en l’écrasant sous l’irréel de la cervelle et du corps), mais les mois deviennent aisément malades de et par l’objectalité ; un moi, qui contient un sujet, ne peut pas, se reconnaitre dans un objet, ça n’a tout simplement pas de sens du tout. Un moi ou plutôt un sujet dans un moi, ça se dégoute de ses objets… parce que le sujet n’est en aucune manière soumis à l’objet ; le sujet est et a élaboré ses propres registres.

Et ce sont les sujets et les grands sujets qui nous en apprennent, nous marquent, nous dessinent, nous créent les cheminements du sujet ; esthétiquement ou éthiquement ou politiquement ou idéellement ou philosophiquement ou littérairement ; tout cela, cette profusion de possibilités est, littéralement, notre richesse, notre richesse de sujets ; mais nous sommes écrasés de n’être que des mois et les mois ne comprennent rien à toute cette exubérance extraordinairement complexe.

C’est que le régime de l’objectivisme (science, technologie, étatisme, libre marché réducteur, consumérisme, mass médiatisation et spectaculaire, etc, de même que les idéologies qui prétendent penser la réalité à partir de « vérités généralisées », ultra libéralisme étriqué ou communisme universaliste, alors que c’est dans les deux cas la réalité qui est-devenue complexe en interne de sa structure, et que ni l’un n i l’autre n’y abordent) et de l’objectalité (réduction au seul moi, à son vécu bricolé, à son corps donné là inerte, psychologisé, sociologisé, etc) ne désire que ceci ; que la réalité se résolve sans souci, extérieurement, sans qu’ils aient à se bouger le cul. Sans qu’ils aient accès au structurelle de conscience, parce que l’articulation de conscience (qui nous rapporte au réel) modifie TOUTE l’aperception de ce qui est.

Commenter cet article