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instants philosophie

Le sujet éberlué

28 Décembre 2014, 11:09am

Publié par pascal doyelle

L’impossibilité du moi consiste en sa stagnation ; il croit qu’il existe, mais comme en son être structurel il ne possède aucune substance, aucune réalité, il admet son corps comme propre, un, personnel, et en son corps il clôt son identité.

Evidemment il ne se le « dit »pas ; il l’éprouve comme tel. Il se clôt sur son corps mais dans l’ignorance, et l’absence de ce corps et si on lui demande « qui » il est, il se nommera ; un-tel, Pierre Dupond. Et il pense référer en cela à une identité tout à fait idéelle. En réalité cette identité se cloue comme par-dessus « ce corps-çi » ; dont pierre Dupond croit qu’il l’occupe.

Etant enfermé en ce corps qui est d’autant plus abandonné et perdu et fermé qu’il n’est jamais considéré comme tel mais seulement sous sa nomination de pierre Dupond, il ne parvient pas du tout à libérer sa structure, sa structure de sujet.

Ce qui est normal ; une structure ne peut pas se libérer ou se lâcher dans le monde ; elle est inabordable, insituable, impossible. D’y croire ce serait encore remplacer l’idéel moi par un super moi quelconque. Par « libérer le sujet dans le moi » il faut comprendre ; libérer celui qui est déjà là. Celui qui a toujours été là. Dont le moi est seulement un habillage.

De sorte que si le moi habite son corps et que donc il est dans l’ignorance de ce corps (qu’il remplace par une image-idée, toute abstraite), il est hors de question de croire qu’il puisse réintégrer ce corps (dont il n’a aucune représentation ni nomination réelle) et il est hors de question de lui ajouter un super moi (qui est un fantasme, idéal ou anti-idéal, ca dégradant au fond), mais par contre il existe déjà, sans qu’il puisse le saisir, comme sujet, qui, insituable et incompréhensible, et non ce qu’il faut saisir mais ce dont on est saisi…

Ça ne sera donc jamais de saisir le sujet dans le moi que l’on est, dont il est question, mais de retrouver le sujet que l’on a toujours été (bien que par sa version particulière du moi que l’on est), et de faire être ce que dont le moi est la clef et la serrure, à la fois, mais à destination du sujet qui, lui, plonge tout à fait lointainement dans l’historicité humaine, dans l’ampleur que par exemple il est un citoyen tout à fait effectivement réel, mais aussi une personnalisation profondément acculturée (par 2500 ans de grecs, de chrétiens, de cartésiens, de siècle des lumières, de révolution, de débordements structurels des grands sujets, d’approfondissements du moi dans son épaisseur, soit donc par l’extensivité de la pensée, l’intensité du sujet et la densité du moi).

Rappelons que l’on nomme acculturation que ce soit une culturation, mais « a », en ceci que cette culture n’appartient à aucune, de même que cela fonctionne comme a-civilisation, de ne pas en être une, de civilisation (localisée et d’un groupe particulier), mais donc qu’elle est la civilisation mondiale elle-même ; qui se crée au fur et à mesure par-dessus les peuples et les mondes, les langages et les groupes.

Autrement dit ; un moi contient un sujet lequel reçoit la description que les sujets (ceux qui s’en sont pris à eux-mêmes, les sujets ou les grands sujets qui ont expérimenté l’impossibilité du sujet et qui ont agrandi l’espace et le temps de leur sujet, de leur être structurel, tous nos grand sujets de Descartes à Lacan, en passant par Rimbaud ou Nietzsche, Mozart ou les Rolling stones, etc),

Le moi via son sujet relève aussi de toute la réflexivité historiciste antérieure ; des grecs aux chrétiens en passant par les universalisations (éthiques, politiques, esthétiques, idéels, ou acculturation généralisée que constituent les 25 siècles, ou personnalisations) ou par les universalités (le vrai, le bien, le beau, le un, l’ont-os (Descartes) et l’ontologie, le métaphysique et la structuration de discours pleins, l’existentiel (de Stirner à Sartre en passant par Kierkegaard et Nietzsche).

De même le moi dispose lui aussi de son propre répertoire in-sensé (insensé puisque le moi est l’acquisition post universelle, l’humanisation fondée sur l’universel étant réalisée historiquement par la révolution unique puis planétaire, le moi ou la personnalisation constituent la suite, le devenir, la possibilité interne à l’universel, la concrétisation de l’universel, de la réflexivité), et le répertoire du moi bascule de son objectalisation absolue (l’amour si l’on veut, qui est son invention propre radicale mais aussi l’invention du monde-des-mois ; au travers de ses luttes pour ses droits, de sa réalisation de son vécu, des acquis de son identité, de sa sexuation par ex, ou de ses sexualités, etc) à son incapacité objectale (sa dégradation de moi, ses perturbations et ses délires ou folies ou l’invivable de son vécu, ses borderlines ou ses dépressions, etc). il est clair qu’il est autant de vérité dans ses réussites (amour, droits, reconnaissances, etc) que dans ses « échecs » (dépressions et folies, désordres inventifs et perversions, etc).

Tout cela est l‘exploration au fur et à mesure de sa réalisation dans un monde ; que devient une structure réelle pure et formelle dans un monde ? Tout ceci.

On comprend bien que si l’on se limite à croire que c’est une question de volonté, (Descartes initie le problème de la volonté, mais dans sa prudence fondamentale, il ne caricature rien, il lance seulement le problème), et par volonté il faudrait entendre la caricature volontaire ; limite kantienne (mais Kant cible l’universel et donc et dédouané de son erreur, de son égarement abstrait), si l’on croit à cette histoire de volonté (il faut vouloir le vrai, le bien, le beau) on n’aboutit à rien ; sinon à l’abstraction. Ce qui nous est impossible ; puisque nous sommes des mois, et que le moi est déjà bien plus avancé que n’importe quelle caricature.

Le moi est déjà pris dans la racine antérieure à « volonté-raison-conscient-bien-vrai-beau-universel » etc. il en peut pas être atteint par ce qu’il a déjà intégré, dépassé ; pour le moi « volonté et conscient » doivent s’incorporer. Se saisir à même. Ce qui veut dire ; en être saisi.

Aussi tente-t-il d’être saisi de son corps, puisque c’est cela qu’il trouve, rencontre, se heurte dans le réel. Mais en vérité c’est son sujet ce à quoi il se heurte. C’est de son sujet, déjà là, et déjà actif et même et surtout de son sujet déjà hyper actif.

L’hyper activisme de nos mois, se tient de ce sujet éberlué et fou.

Et rien ne peut arrêter le sujet éberlué et fou. Pas même la folie ou les perversions ou les dégradations d’un moi, fut-ce de son moi à lui.

Le sujet est l’articulation au réel. La philosophie loin de se cantonner au cadenas volonté-conscient (en quoi on a voulu traduire notre être selon une interprétation abstraite et pseudo critique de la philosophie, est précisément ce qui explose cet être et en expose l’explosion, en manifeste l’ampleur.

Ou alors il faut admettre que peut-être, éventuellement, on n sait où ni comment, il existerait (idéalement) une résolution des mois qui se tiendrait dans cette identité et dans le donné là vécu, et qu’il n’aurait aucune autre horizon… ce qui est littéralement l’enfer. La dispersion dans le bricolage à jamais labyrinthique. L’absence du Un.

La vérité et réalité n’est donc jamais un au-delà ou un en-plus idéal ou une abstraction, mais la dé-couverte de ce qui est déjà là, mais alors réellement déjà « là ». Dans le « là » très bizarre d’exister.

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