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instants philosophie

Par-dessus Kant

14 Décembre 2014, 18:05pm

Publié par pascal doyelle

Kant dresse une barrière infranchissable lorsque l’on croit que le propre de la philosophie se limite à l’énoncé de propositions rationnelles, alors que cette rationalité est déjà en elle-même une définition restrictive de la philosophie.

Kant poursuit la logique ontologique de Descartes, augmentant considérablement ce qui était ébauché par René, de détourer notre être en sa spécificité ; Descartes expose de but en blanc notre-être au travers du doute-cogito-infini-étendue et corps, soudant le tout de notre réalité (la pensée au sens large et non défini, qu’il ne faut surtout pas préciser, puisque notre propre en cela est d’exister, de surgir comme dispositif de dispositifs), soudant le tout par cet acte de volonté, non finie. Kant part de la position obtenue par Descartes du sujet (que Descartes ne nomme pas tel, c’est simple il ne le nomme pas du tout, sinon comme «chose pensante » afin d’être en mesure de la disposer dans un système, « chose pensante » réfère au doute-cogito-infini mais aussi à la « pensée » insituable, soudée par la volonté et de plus la volonté qui décide mais aussi la volonté suspendue, qui s’abstient, se retient, se tient elle-même à distance, qui en vérité tient tout à distance et est considérablement autre que tout et qu’elle même, ayant largué le monde, le moi, le corps, la perception, l’entendement (dixit Descartes), et élaborant donc déjà un vol plané par-dessus notre capacités, nos fonctionnalités, et dressant donc par-dessus la raison-entendement-perception un système, un para système qui se-mesure lui-même, mesure son champ, et se tient réflexivement autre que soi, que l’on peut donc ré exprimer comme tel ; autre que (soi), puisque le soi est précisément la question, qu’est-ce qu’il « est » ? et de quel sorte d’être ressort-il ?

La question de cet être, du statut de cet être qui apparemment donne deux plans ; repris par Kant jusqu’à ce que Hegel redistribue cet être sur l’historicité (l’être pour nous se relance constamment du temps, par la négativité qui n’appartient à rien, qui s’appartient d’être plus grande que le temps, qui est lui-même plus vaste que la spatialité, la détermination dans la spatialité).

Définir notre capacité par la raison, enchaine que nous sommes dans l’impossibilité de comprendre quoi que ce soit, sinon cette réduction par l’objet ; le transcendantalisme ayant pour fin de permettre l’obtention d’un objet, d’un objet suffisamment ordonné.

Le sujet positionnel

Or depuis le début et si la philosophie comme métaphysique part apparemment dans tous les sens, c’est que précisément son objet n’en est pas un, d’objet, mais est un sujet (au sens purement positionnel, pas un sujet subjectif, laquelle subjectivité ne se différencie que plus tard en rapport à une objectivité qui n’a pas lieu d’être primitivement). Le dit sujet (positionnel) est « ce qui se conçoit lui-même là où il est ». autrement dit ce qui interroge non seulement son être, sa réalité, ses qualifications mais le fait qu’il soit ; sa position dans un monde, un donné, un « là ». donc ce qui interroge qu’il existe dans l’être.

Si l’on réduit cette circonvolution tournante sujet-là-être, à un « objet », cad à une énonciation directe, posée par un regard qui ne se demande pas du tout ce qu’il fait là et pourquoi il y est, et comment et qui ne se montre pas en acte en train d ‘exister en tentant de monter en conscience cette position très étrange, et se contente de définir une fixation aveugle et sourde … on ne s’en sortira pas.

Or nous disions que l’objet réel de la pensée, de la philosophie est certes d’exposer clairement ce qu’elle énonce mais encore faut-il se demander ce que précisément il faut exposer ; soit donc notre être dans l’être. Ce qui ne se peut. Ça ne peut pas s’exposer comme si nous étions un regard tout extérieur et inexistant ; mais si ça ne peut pas se démontrer, ça peur se montrer. La monstration est donc cette infixation philosophique qui nous force à philosopher, à penser, à élaborer une quantité intentionnalisatrice suffisante qui puisse laisser remonter en toute conscience sa positon étrange et autre qui à la fois est là où elle est (elle-même en l’être) et la logique, cad la cohérence que l’on y suit. On ne peut pas penser sans y être ; et pour cette raison on a pu dire ; les sciences, la raison ne pense pas, parce qu’elle ne se pense pas (sans se réduire à un objet, à une énonciation objective, ce qui est très bien mais ça n’est tout simplement pas le sujet, ni le sujet, positionnel).

on nomme cela l’objectivisme (kantien au fond) et l’objectalité (la définition du moi par ses objets ou sa capacité ou son incapacité, ses difficultés à s’objectiver). Soit donc le sujet absenté (des sciences et pire encore des scientistes ou des philosophies adeptes de l’absentéisme et qui théorise cette absence ou des anciennement idéologies)et le sujet ignoré (par le moi ou ses descripteurs, scientistes ou étatistes, ou ultra libéraux, etc).

Donc seule la philosophie tient le coup, mais il faut ajouter ; la littérature, les esthétiques, les éthiques, les politiques sauvages ou utopistes ou libertaires ou spontanée, le vieux fond scrupuleux des peuples qui ne parle pas ou l’essence in-connue encore de la démocratie, ou les acculturations inventives (les mass médiations déraisonnables du 20éme par ex), etc.

L'antériorité

Ce qui tient c’est que cela s’énonce et veut s’énoncer le plus clairement possible, (mais c’est l’être même et nous dans l’être qui occupons une position étrange… et non pas la tentation d’un discours obscur qui nous submergerait), et s’énoncer de là où cela « est ». Et qu’il existe un discours au moins qui prend cette position là parce qu’il sait qu’il y saisit ou est saisi d’une Cohérence (dont la raison ou le scientisme ou l’objectalité, etc, ou donc l’humain ou la personnalisation sont des effets) antérieure. Antérieure à tout.

C’est juste là que ça bifurque ; ou l’on considère que la dite cohérence de là où l’on est (notre être et l’être) est réelle ou on considère que non. Que ça n’a pas de cohérence ; ce qui veut dire que c’est un arrangement de propositions, un aléatoire sans regard aucun, sans sujet, et que le sujet croit juste qu’il est alors que c’est un agrégat de trucs qui existent à sa place. Ce faisant le regard qui décrit cet agrégat s’absente et l’on n’est plus sujet du tout … ce qui signifie parce que l’on ne peut pas annuler le sujet) que l’on sera objet dans la conscience d’un autre… Qu’un autre va nous penser. Alors que l’on a vu que l’on ne philosophe pas, ne pense pas si l’on n’intègre pas soi-même la position de sujet (raison pour laquelle la philosophie est « difficile » ; il faut y être, ou pas).

Il est donc une privation d’être qui aboutit ou qui résulte de la définition de la pensée ou de la réflexivité ou du réflexif pur, selon l’objet et la raison, et l’ignorance dans la réduction de la pensée grecque et chrétienne (et affiliés, depuis le monothéisme et toutes les réflexivités antérieures, puisque l’on a vu que si les grecs systématisent le réflexif, ça n’empêche en rien que le réflexif existe en toute humanisation, en quelque monde aussi particulier soit-il ; c’est la systématisation, de la cohérence du réflexif, qui est avancé décisivement par les grecs et non son être de fait).

Et cette réduction s’effectue d’un seul point du temps ; de ce 19éme, 20éme et 21éme. Lequel point se constitue de la révolution unique qui a défini l’Etat apparemment de manière définitive et fixiste doté de son corolaire ; qu’il y ait une « naturalité humaine » définie et donnée là. Autrement dit on pense comme si on avait atteint le point ultime de l’être, soit donc notre réalité humaine ; élaborée elle-même par l’humanisation de la révolution et la personnalisation qui s’en suivit.

Positionnement figé, statique, qui ne s’en sort pas de son aveuglement et de sa surdité, point aveugle qui tente de se composer et décomposer un être dans l’être, qu’il a pourtant déjà annulé et stoppé net depuis le début de sa propre logique froide.

Ça n’est pas un hasard si Heidegger et Nietzsche (les deux métaphysiciens ou plutôt otologistes qui veulent renouer avec la métaphysique, Descartes transformant définitivement la métaphysique en ontologie de notre être ici même dans l’être, au lieu que la métaphysique positionne notre être en l’être même), pensent retourner aux grecs … Mais ils se trompent de croire que la « raison » est ce qui pousse les grecs ; toute la pensée antique est articulée selon l’être même, c’est seulement ensuite que l’on a traduit cette pensée en « raison ».

De manière légère on dira qu’il est globalement passionnant de transformer la réalité en objets, en énonciations exactes, en analyses pointilleuses, en mesures et en extériorités, et causalités, autant que l’on voudra, mais qu’il est impossible d’attendre quelque résolution que ce soit de cette objectité généralisée quant à "notre être dans l’être", parce que de fait on n’y est pas sans y être...

Et que c’est précisément cette position qui rend la philosophie difficile, voir obscure, ou absurde ou déraisonnable ou même irrationnelle ; parce que si l’on n’entreprend pas l’exploration de notre être en cette métaphysique puis en cette ontologie, on ne dit rien. Littéralement rien.

La redondance

C’est que la métaphysique et l’ontologie (les grecs et suivants, Descartes et suivants), se forment de, par et pour la redondance qu’est notre être dans l’être, et que c’est cette redondance qui apparemment ne dit « rien » ou se perd obscurément ou maintient des impossibilités (le Bien, le Un, Dieu, le Sujet, etc), c’est cette redondance qui est la plus qualifiée … parce que ni les opérateurs allégoriques (comme la matière ou la volonté de puissance ou l’économisme ou l’objet scientifique ou le désir du moi, etc) ne remplissent ni ne suffisent à combler la redondance et qu’elle ne peut se survaloir que si elle-même se-sait … c’est dans la scénette qu’elle se joue par l’être, dieu, le sujet, mais aussi la volonté de puissance, la matière ou le désir qu’elle se-re/présente ; cad se présente à soi. Mais tandis que la pensée ou dieu ou le sujet assument pleinement leur Vide Radical, volonté ou désir ou matière comblent prétendument par un « quelque chose » ce qui n’existe que vide, cad structurel.

Les contemporains se dégoutent de la pensée, de dieu ou du sujet parce qu’ils n’y rencontrent pas le concret que leur moi réclame, et s’enfoncent dans le désir, la matière énergie ou le langage, supposés plus concrètement existant et donc réel, mais ils ne voient pas ou plus que la fonction radicale assurée par les Vides Formels ne peut pas l’être par les remplissages concrets, toujours tendant au quelconque, absolument nécessaires mais œuvrés par le sujet (absent ou ignoré), par la pensée (mais auto négatrice), par la vérité (mais concrète et non suffisante). Du reste qu’est-ce qui se dessine dans l’Etre heideggérien, la volonté nietzschéenne, le désir de la psychanalyse, l’hypostase diverse du Langage comme dieu vivant (ou mort), sinon précisément le Même Vide Formel jusqu’alors orchestré selon l’être et la pensé, le sujet et le corps (monde, donné), la conscience et le phénoménologique, l’ontologique ou l’existentiel ?

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