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instants philosophie

Le corps de Rimbaud

15 Janvier 2015, 12:11pm

Publié par pascal doyelle

On peut se demander pourquoi tant d’exégèses, de commentaires, de théorisations sur les quelques phrases de Rimbaud, de Mallarmé, de Joyce, de qui l’on voudra. Puisque Rimbaud était seul à en supporter la charge …

C’est que Rimbaud a écrit sur et par son corps. Ce qu’il dit, ce qu’il a vu, ce qu’il a entendu, c’est en utilisant son corps. Ce qui est écrit sur le corps se propage plus vite et le corps pense tout entier alors comme une seule cervelle. Ou donc inversement la cervelle sort d’elle-même et devient en la position exacte du corps. Ce qui court le long du corps étend le corps autant que la cervelle.

L’esthétique d’une manière générale est ce qui nous montre comme l’image corps peut se transformer en idée image du corps ; ce par quoi seulement il peut exister le début d’un accès à la dimension réelle du corps, de telle sorte que le corps puisse éventuellement supporter l’insupportable, l’indescriptible, à savoir notre être de conscience, la structure du bord du monde qui est aussi la structure du bord du corps ; ce qui implique donc que le corps lui-même soit selon son registre ce bord lui-même.

L’esthétique nous entraine, nous tire vers le corps comme ayant sa propre possibilité, ses devenirs et ses réalisations ; ce qui nous a libéré des mondes particuliers clos, chacun séparé les uns des autres, soit donc la réflexivité comme structure et non comme contenu (qui serait dénommé « raison » au lieu qu’en réalité elle fut la pensée, cad la pensée de notre-être dans l’être et non pas l’être tout seul comme Objet énorme, fantasme caricatural qui fut repris afin de réduire la pensée à la raison, voir la raison au relativisme, voir le relativisme à un irrationalisme), e qui nous libéré de tout monde particulier, la structure formelle de conscience, le mécanisme de conscience élaborant ses machineries intentionnalisatrices hyper objectives qui augmentent notre cervelle, est aussi ce qui étend le corps et ce en toutes les directions adéquates ; éthiques, politiques, idéelles (maths par ex au moment grec), mais aussi esthétiques.

Cela signifie que les réalités peuvent être rassemblées en un lieu neuf et ignorant qui ré-ouvre instantanément le monde, le donné là et surtout le « là » du donné. Il est clair que dénommer le donné là comme étant « là » signifie que ce donné n’est pas dans l’irréel, dans le langage du groupe, dans ce groupe lui-même et que la statue de Zeus est plus réelle que Zeus. Qu’il est un dépassement soudain de la Cohérence rassemblée esthétiquement en une nouveauté là et Une.

Autrement dit, le réflexif (soit donc l’arc réflexe qui se crée nu et vide dans la cervelle vers le donné là et le là du donné, qui sort constamment vide de la cervelle et que l’on ne peut remonter, la structure imperturbable) s’arcboute vers et dans le réel, dans et par le « là » du donné et ouvre chaque fois une Cohérence.

Comme ce qui fut inventé, créé, découvert et dé-couvert (débarrassé des mondes particuliers qui s’enfermaient dans chaque fois une synthèse immédiate et obnubilée et séparée de toutes les autre synthèses), n’est pas une idée ou un système idées, mais comme ce qui fut inventé par les grecs est notre-être ; soit donc une structure réelle et solide et hyper active ; alors cet être réel entre en devenir selon le corps. La pensée et plus encore la pensée des grecs n’est jamais séparément du corps ; c’est le corps qui est investi et ce par quoi « ça existe », existe cette structure réelle et activiste.

En ce sens on y découvre que le corps est ce qui existe et qui remonte , lui, du donné là à la cervelle et c’est ce que décide, ce qui se décide par la structure de conscience mécanisme ontologique qui crée des machines intentionnalisatrices qu’elles soient éthiques, politique, esthétiques, idéelles ou philosophiques (puisque la philosophie est la discipline qui se charge de tenter de se saisir de l’insaisissable structure de conscience, qui en élabore la pensée, de marquer dans l’intentionnalisme les points d’attirance et de devenirs de cette structure sur le monde donné là, engageant à définir le monde en dessous de tous les autres mondes particuliers, et le corps non plus passivement immédiat mais instantanément surpris par lui-même, et le corps des autres évidemment dont on ne sait plus du tout ce qu’il peut … ce qu’il veut, ce vers quoi et par quoi il se dirige).

Par ceci il est aperçu que la structure de conscience, vide et formelle, n’existe que de s’en prendre à ce qui est réellement là. Ce corps réel et non un corps irréel ou un corps appartenant au groupe, au langage, est ce qui se cherche et qui cherche sa matérialisation. Et c’est ce que, autre versant de la matérialisation, ce que l’on nomme incorporation. Que ce corps devienne l’articulation puisque de toute manière ça ne passera pas ailleurs que par le corps…

L’être de conscience qui est articulation, arc réflexe de la cervelle arcbouté au donné là et au « là » du donné, est effectivement et hyper activement, à la fois le « là » du donné (soit donc l’être, des grecs qui est la pensée « notre-être dans l’être » et non la « raison » seulement, l’être qui est le Réel) et est tout autant le donné là réellement là, le monde tel qu’il ne perce que partiellement dans les mondes particuliers et qui par le monde universel grec est affirmé tel quel et nu.

De même le corps. Jamais le corps ne vient dans les mondes particuliers. Jamais il n’est nu. Il faut les grecs pour qu’il le soit, le corps dépourvu de sens, cad parfait, parfaitement dans le détail précisément exact et réel (et non une figuration abstraite et rituelle ; la perfection même fait office de pur réel, s’oppose à la ritualisation, à la fantasmatique des groupes clos, on ne peut opposer aucune ritualisation face à la perfection du corps présenté).

Et curieusement n’est-il pas nu le corps des chrétiens ? N’est-il pas celui là qui meurt ? N’est-il pas celui qui est représenté ? Résumant en une fois tout le vécu d’un corps. Non le vécu abstrait des mondes particuliers mais le vécu fragile et déchiré. Aucune ritualisation ne peut s’opposer au déchirement de la cervelle et du corps, au déchirement qui traverse intégralement la cervelle et le corps, puisque c’est l’arc de conscience qui se tient au Réel donné dans le Là, qui traverse tout ce que nous sommes.

Alors Rimbaud écrit sur son corps, puisque par le corps accélère la cervelle (le supportera-t-il ? Le corps de Rimbaud a-t-il supporté l’éclatement de sa possibilité pure ? N’a-t-il pas désiré exploser son corps par surcroit de réel …). Qu’il faudra des tonnes de commentateurs pour comprendre ce que le corps a saisi, ce dont il fut saisi.

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