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instants philosophie

Le réel et sa brutalité

3 Janvier 2015, 10:15am

Publié par pascal doyelle

Si il n’est pas d’ordre ni de sens mais le grand déploiement indifférencié (indifférent au sens et à l’ordre) c’est que précisément s’installe le jeu de la différenciation ; ce qui est réel suit indifféremment la différenciation, puisque par là seulement on passe outre un ordre ou un sens qui assignerait qu’il y ait plus ceci que cela, et qu’alors tout revient à la possibilité. Ou donc ; la réalité est ce qui se décide elle-même et constitue sa propre dureté.

Si cela est tel, quand bien même aboutirait-il en tel sens ou tel ordre, ce ne sont pas ceux-ci qui existent mais le dés-ordre du début et initial. L’essentiel, l’essence de la réalité est le désordre (ou si l’on veut les sauts d’un ordre inférieur à l’autre, puisque l’ordonné est « ce qui dure » étant organisé), ce qui ouvre la possibilité même mais sans que celle-ci soit prescrite.

La réalité est ainsi le lancement de toute la réalisation en tant que cela repose sur la détermination, les différenciations de la réalité.

Il se trouve que dans ce désordre manifeste (qui ne se soumet en aucun ordre ou sens, qui produit une ou des réalités, un ou des univers, mais dans tous les cas selon une dépense initiale insensée, sans ordre, ni sens), il y aura au moins un être qui sera pour lui-même rapport à (soi).

Ça n’est pas le rapport à un soi ; mais à un (soi). Ce qui veut dire que ça n’est pas le soi qui compte mais le rapport, qu’il y ait un rapport. Et il en existe au moins un, l’humain ; et probablement quantité d’ »autres, mais dont on peut se demander ; sont-ils autre qu’un tel Même rapport à (soi) ? Puisqu’il n’existe pas a priori d’autre manière d’être ce rapport, une pierre est, un animal est rapport au milieu, une conscience est rapportée à elle-même, peu importe ses contenus.

Peu importe ses contenus et c’est bien pour cela que quantité de cultures vont inventer divers contenus et chacun synthétisé en une fois (les égyptiens, les mayas, les tribus et royautés, les empires et tous les mondes particuliers, un par un , à chaque fois). De même tout moi invente sa personnalisation mais dans tous les cas crée un rapport à (soi), peu importe les turpitudes du moi.

Cette structure est immergée en chacun de ces contenus synthétisés, jusqu’à ce qu’il nous vienne à l’idée que la structure existe par elle-même et indépendamment de tout langage et de tout groupe ; on a nommé cela la « raison », et même plutôt cela s’est nommé soi-même ‘pensée », puisque c’st un rapport, qu’il se sait, et qu’il se dénomme donc et puisqu’il lui vient à l’idée qu’il est en soi le rapport même il se nomme via des abstractions tout à) fait vides ; l’être, le Un, le bien, la pensée, la vérité, de même qu’ensuite il sera dieu, le sujet ou la raison au sens restreint, ou l’humanisme en général ou l’Etat ou le droit, etc.

On dira que c’est là une autre sorte de monde encore particulier qui n’a rien de plus que les autres, mais c’est tout à fait faux ; l’Etat est une forme applicable universellement (et du reste c’est ce qui arrive), de même le sujet. Pareillement on reproche à Descartes de ne pas comprendre le moi, mais Descartes n’avait rien à faire du moi, il pensait le sujet (chose faite). Ou encore on dénie la pensée grecque en lui opposant la raison, mais la raison est tard venue dans un ensemble bien plus vaste qui conditionne qu’il y ait eu ensuite une « raison objective ».

La pensée rend possible la raison, le sujet rend possible le moi, mais rabattre les seconds sur les premiers est une absurdité. Et ne tenir pour « vrai et réel » que les acquis récents pousse à la courte vue qui ne saisit pas son être propre ni qu’il y ait eu révolution anthropologique intégrale ; la pensée et le sujet, les grecs et les sujets (intégrant en une seule fois le christianisme et Descartes et suivants), la vérité et la liberté, formulent un seul système formel qui est système non de s’en tenir aux idées, mais puisqu’il est la mise au jour de notre être qui été jusqu’alors recouvert par, en chacun des mondes particuliers ; autrement dit la conscience se fiait au conscient.

Les grecs (chrétiens et affiliés, sujets) ne se fiaient pas au conscient. La pensée est précisément le traficotage du conscient, la reprise du conscient (cad de ce qui est échangé dans un groupe) par une intentionnalisation, qui rapporte le conscient au donné là, et au « là » du donné (le là du donné étant l’être, cad le réel, et le donné étant le monde même, celui qui existe en-deçà de tous les mondes humains qui bâtirent sur lui leurs chaque fois synthèses particulières).

Le traficotage du conscient n’est rien d’autre que la soumission du langage à l’expérience immédiate du monde ou à l’expérience instantanée de l’être, du réel. Ce que les grecs nomment leur étonnement. Ce que nos existentiels et otologistes (Nietzsche et Heidegger ou Kierkegaard, etc) nomment l’absurde, le non sens, l’abandon, etc.

Au lieu de se fier au groupe on élabore un système intentionnel qui réclame de chaque conscience qui l’expérimente qu’elle apporte de l’eau au moulin, et chaque système est une telle machinerie intentionnalisatrice, par-dessus le langage commun, qui décrit pour soi et pour chaque soi (et comme on ignore de quel soi il s’agit, on le note (soi), conscience de (soi)). Qui décrit le donné là et le là du donné.

Parce que la formule complète est évidemment que notre être-est dans l’être ; il ne s’agit nullement de seulement décrire un objet (version restreinte de la pensée que l’on nomme la raison, la raison d’un regard aveugle qui ne cherche pas à (se) penser). Mais de décrire notre situation « là » dans le réel, face à ce réel.

La formule complète est celle qui part de la monstration ; voici ce qui peut être dit de notre être dans l’être, monstration qui se double d’une démonstration. En ceci qu’il faut exposer en cohérence ce qui a lieu, ce que l’on perçoit et notre être comme ayant lieu. Descartes ne fait pas autre chose ; le réel (cad en l’occurrence le réflexif individué d’un sujet, cad d’un être qui s’en prend au rapport qu’il est, qu’il existe à l’état même) est décrit tel quel et il en offre une compréhension, une reconstruction, qui de fait remodèle les compréhensions, cad les machines antérieures. Mais en les approfondissant.

Ce qui veut dire qu’il est impératif de se tenir au même niveau. Qu’il est impossible de redescendre d’un degré et de négliger l’articulation première, native, l’instantanéité de l’être et l’immédiateté du monde donné là.

Ou donc si l’on ne se tient pas en notre être, mais seulement dans une version restreinte de cet être, on cesse immédiatement et instantanément de se saisir en notre être. Il est particulièrement faux et absurde de considérer que la philosophie chosifie, réifie notre être ; c’est elle qui a lancé notre être sur sa logique structurelle. C’est elle qui loin de nier le réel, affirme que le réel est, et elle le nomme, de fait ; l’être. Que ce soit le cosmos, la pensée, dieu ou le un surnuméraire, le sujet ou le situé ontologique radical (des grands sujets, de Kierkegaard ou de Heidegger, etc).

La perte de ce point de vue unique, c’est la perte de l’unique point de vue. Parce que si il existe des tas d’idées (rendues possibles de ce que la vérité est relativisée par rapport à un être qui n’est pas relatif, qui est notre-être et que seule la formule de l’être empêche que l’on retombe dans une sidération mondaine, une dégradation interprétative), notre-être est un et un seul, quel que soit le monde humain, et quel que soit ensuite le système, ou quel que soit les expériences qui sont toutes nouées par le structurel des sujets ; les sujets expérimentent solidement la réalité et le réel, c’est cette expérience radicale qu’ils se communiquent, et qui de même que la philosophie ne peut être comprise sans y être, de même on ne comprend pas les sujets sans explorer leur perception, cad leur immédiateté et leur instantanéité.

L’instantanéité est le mode premier et absolu de la philosophie, l’immédiateté est ce qui fonde qu’il y ait un monde donné là. La dialectique, réelle, qui a lieu consiste en ceci ; l’inadéquation constamment constatée entre l’instantanéité et l’immédiateté mondaine ; c’est cela qui constitue l’exploration qui est transportée à chaque fois en un système qui rend compte du situé de notre être dans l’être.

On remarquera qu’aussi non rationnel soit-il, Nietzsche s’ingénie à en offrir une transcription cohérente. C’est cela la cohérence antérieure à la « raison », c’est cela la pensée. Aussi Nietzsche essaie-t-il en cohérence de rendre compte d’un réel et d’une réalité effrayante et non humaine, non ordonnée, et non sensée. Mais la cohérence demeure. En son exigence même, en son instantanéité d’en être saisi et son immédiateté à saisir.

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