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instants philosophie

L'insaisissabilité

14 Février 2015, 18:23pm

Publié par pascal doyelle

Si l’on songe à tout ce qui devrait être mis en place en terme de comportements qui puissent assurer une vie, un monde un peu mieux organisé … on en conclut que serait requise une conscience, une mise en forme de la conscience, de chacun et de tous, bien autrement architecturée.

Puisqu’il est clair qu’ayant activé la construction de notre être (ne se référant plus à une Vérité, celle du groupe ou de telle communauté) et que cela ne fonctionne que volontairement ou si l’on préfère intentionnellement, il en va de notre responsabilité, de notre inventivité d’élaborer l’être qui convient à la possibilité du monde, qui puisse s’adapter à la configuration du donné. En bref ça ne se fera pas tout seul … ça n’adviendra pas comme une vérité par-dessus, tel un couvercle. Et ça ne peut pas, en aucune manière, se produire simplement, puisqu'est requise l'auto modification de notre être.

Il apparait également que recevoir par le dessus une vérité n’obtient aucun effet durable ; ou donc l’universalité existe mais elle est un procédé et si une conscience n’en accepte pas l’augure, c’est l’universel qui sera contourné et dégradé, puisque la conscience est plus grande que l’universel, cette structure est plus puissante que la raison, la théorie, la vérité énoncée.

Pour le mieux il faudrait extraire notre être et le rebricoler extérieurement, l’arrangeant de telle sorte qu’il supporte sa propre capacité dont de toute évidence nous sommes débordés. Mais notre être n’est pas un contenu, une essence, une composition dont nous puissions réécrire la trame ; comme nous existons en tant que conscience, celle-ci existe pour elle-même et c’est sur ce « elle-même pour elle-même » qu’il faudrait intervenir ; or ce qui "a" rapport à soi, "est" ce rapport à soi, et donc ne peut intervenir sur soi que ce rapport lui-même ; ou encore ; il faut qu’il s’en convainc ou qu’il s’en motive ou qu’il désire s’en sortir, de son marasme habituel, ou, positivement, qu’il intentionnalise de lui-même sa propre modification.

L'incomposition

Comprenons donc que notre être est un vide formel et que n’étant pas composé, nous ne disposons d’aucune préhension qui puisse le modifier, sinon précisément de remonter dans ce vide formel et l’ayant analysé, ou exposé, ou décrit ou porté au jour, et que, bien saisis de cette exposition, il nous vienne de désirer cette forme même. Mais comme cette forme n’a pas de visage, de représentation, de signes adéquats, elle se figure sans cesse selon des représentations secondes voir secondaires (qui iront se dégradant) et s’emplit de finalités irréelles ou non adéquates, qui rabaisse la finalisation (de structurelle au donné mondain ou localisé) et laisse tomber notre être dans, à nouveau, le monde immédiat.

On remarquera ceci ; la Méthode de Descartes est le début (ou la continuation des grecs) qui voudrait au moins exposer par où et comment notre être agit ; la suspension dans le doute, la remise en programme de l’intention, l’appui en la volition, le détachement de la volonté par rapport à l’entendement, etc , ne manifestent pas seulement la possibilité d’une certitude (cela, c’est seulement l’occurrence mais non ce qui se montre à toute conscience dans et par la structure qu'expose au vif le doute-cogito-infini-étendue-corps), mais ce mouvement de prendre conscience de nos articulations est justement la capacité que cet être aura ou peut espérer de se modifier lui-même (ce qui suppose donc que malgré le mur infranchissable de l’impossibilité de se saisir de soi, on parvienne néanmoins à ruser … la philosophie est cette ruse qui se cherche, et Descartes aime, adore et tente de situer le libre même, le plus grand bien qui soit, et le plus jouissif).

L’approche des religions est tout autre que celle rationnelle ou universelle, et tend à rendre l’imaginaire de soi de telle sorte que l’on s’en imprègne ; mais derechef comme on ne saisit pas bien les causes et les effets, les raisons de telle ou telle conversion, même cette imagination de soi ne suffit pas à pénétrer plus avant en cette structure ; qui, donc, n’est modifiable que si elle le « veut » bien, que si elle adhère à cette modification.

Le pourrissement

D’aucuns s’étonnent de ce que puisque nous sommes laissés libres, laissés à nous-mêmes, et que notre « nature humaine » peut plus ou moins librement s’exprimer, tout cela au lieu de se parfaire et de se rendre capable de soi, tourne en désordre, voir en catastrophe soit individuelle soit collective et que l’on n’y voit pas plus clair qu’auparavant, et d’autres encore qu’il vaudrait mieux en revenir, en fin de compte, à une contrainte sur notre « nature humaine » plutôt que de lui permettre de se dissoudre, perdre, abolir, détruire, dégrader lorsque livrée à elle-même.

Mais c’est que dans les deux cas, on croit en une telle « nature humaine », sans voir que précisément notre être n’est pas une « nature » du tout, ni humaine, ni naturelle, ou à tout le moins qu’outre ces natures que nous sommes, la pointe articulée de notre existence est un être formel vide sans composition, et n’ayant donc aucune définition parce que sans réalités, sinon la sienne propre, dimensionnelle, formelle, et tout à fait étrange et en tous les cas non compréhensible.

On précise « non compréhensible » non pour signifier que l’on n’y comprend rien (ce qui n’est pas faux puisque cet être est au minimum en cours et que l’on ne sait pas « où » il va ; on ne sait à quoi sert au bout du compte (quel compte ?) la structure de conscience), mais que cet être ne relève pas d’une compréhension aisée, et que l’on ne peut pas penser cette structure « hors d’elle-même » ; ce sera toujours substituer à son être un « programme » (une vérité) alors que tout l’effort des 25 siècles est justement de ne plus tomber dans le piège d’une définition, d’une définissabilité extérieure, et que inversement ces 25 siècles ont lancé des élaborations précautionneuses, des tours et des détours, afin d’approcher l’animal sauvage et furieux qu’est la conscience, et qu’en aucune manière elle ne soit confondue avec le conscient, ni avec quelque partie du monde, ni avec un pré jugement ; de là que l’on ne philosophe que si l’on Est.

La réduplication

Et l’on y Est, signifie qu’une conscience philosophique doit se ré-dupliquer en telle autre, en toute autre conscience qui s’y dispose ; la philosophie n’a pas pour dernière finalité la connaissance, mais la mise en forme. La mise en forme de cet être que précisément (ça tombe bien) on nomme « formel ». ou donc, il n'y a pas de programme antérieur à la conscience active, la structure est elle-même ce programme (qui en engendre des tas, mais ne se bascule en aucune des vérités créées). En cela on ne sort pas du constatable ; il revient à chacun de re-concevoir, réintentionnaliser la conscience en usant de Descartes, de Sartre ou des systèmes ou des esthétiques ou des éthiques ou des politiques, et d'expérimenter cet être dans son activisme étrange.

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