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instants philosophie

Le creusement du Même réel

18 Février 2015, 10:09am

Publié par pascal doyelle

Notre être, cette structure qui n’est pas du tout la nôtre, bien plutôt nous lui appartenons, s’enroulait donc dans les mondes particuliers, emmaillotée dans le groupe, le langage, le monde local immédiat et tout ce qui venait à se produire était admis et cru tel quel absolument dans son apparence parlée au sein du groupe, entre tous.

Au sein des mondes particuliers subissant la mondialisation durant l’antiquité, un peuple invente le moyen de s’en sortir ; de s’en sortir mentalement ; en abolissant qu’il y ait des mondes particuliers et déplaçant la totalité et qu’il n’existe qu’un seul monde donné là pour tous et dans tous les mondes humains.

Que les mondes particuliers aient pris fin, signifient qu’ils sont remplacés par les devenirs intentionnalisateurs. Et qu’au centre de ces devenirs, émerge un mécanisme qui soudainement se sait et bien qu’il se soit donné un apparent contenu (la pensée), ce mécanisme doit être lu comme purement formel (cad en dehors et en plus de tout contenu, de tous les contenus intentionnels que pourtant il rend possible, mais relativisant la vérité, il lui devient possible de produire des quantités de vérités).

Ce que les grecs et les chrétiennes et Descartes et suivants installent est la forme structurelle dont la pensée, dieu ou le sujet (si l’on entend par là une substance) ne sont que des représentations, des effets ; ce qui compte c’est la lecture qui laisse prédominer la forme même sur les contenus ; la pensée n’est pas un contenu « idéaliste » mais une forme articulée à l’être, cad au réel, soit le réel du donné là (sous la formule du là du donné, de tout donné) soit l’être de conscience, l’intentionnalisation, qui n’est aucunement idéelle, mais bel et bien rapport réel au réel.

Ce que l’on cherche c’est donc le creuset structurel ; celui qui lie la conscience au réel par la cohérence, cad par l’exactitude des intentionnalisations qui y portent à être. Il n’est dans toute la philosophie rien d’idéaliste (si l’on croit comprendre par là l’établissement de pensées référant à un contenu sur essentiel), parce que les rapports créés sont des moyens d’entrer dans la réalité d’une part (le monde, le donné, la perception, le corps, l’humain, le moi, etc), et d’autre part d’accéder au réel (l’être comme étendue, surface, là au-devant et ici en tant que l’être est le présent lui-même, et rien d’autre) ; la différence de la stratégie grecque et puis chrétienne et puis cartésienne et des grands sujets, comme des mois, et de toute autre tient en ceci ; ce qui est, est ici et maintenant.

Absolument. Au sens où il n’est aucun élément qui ait à quitter le plan de l’immanence ; il n’existe qu’un seul donné, là, énorme, gigantesque, effarant, mais cette immanence possède au moins deux bords ; d’une part le présent et d’autre part l’être de conscience, la structure mécanisme (dont nous sommes l’effet). Le principe de cohérence est la constatabilité dans l’ici maintenant de ce qui est énoncé. Mais de plus ce qui est ici et maintenant est en son principe même parfait d’une part et d’autre part cette perfection contient la réflexivité en externe, sur le bord.

La constatabilité est juste ; ce qui peut être dupliqué par une autre conscience. Or c’est ce qui se passe de fait ; Descartes se duplique instantanément partout, parce qu’il fait voir, en acte, et in vivo que « ça arrive » que le sujet soit à lui-même nommé. On pourra contredire cent fois Descartes, ce sera dès lors toujours de son point de vue, parce que son point de vue n’est pas le « sien » mais celui de tout retour vers (soi) (on serait bien en peine de définir ce que ce « soi » est pour Descartes, il décrit seulement ce qu’il voit, l’étendue et la bizarrerie du « sujet », cad du retour-sur).

Ou donc ce qui est « vu », ça n’est pas que l’homme soit une « chose qui pense » (du reste qu’est-ce que cette « pensée » pour Descartes ?? ), mais que cette chose fasse un retour-sur.

Descartes ne redéfinit pas d’abord la pensée (ça c’est ensuite, et secondement), mais déplace et replace notre être. Ce qui change tout, ça change tout ce qui fut antérieurement. Au point que l’on ne sait pas du tout par où on a bougé.

Cela est essentiel ; parce que certes la philosophie veut poser là au-devant clairement ce qui est, mais elle est elle-même activisme pur … et donc est tout aussi bien surprise par ce qu’elle dit, par ce qu’elle bouge … elle est tout comme l’esthétique à ne pas comprendre ce qu’elle fait ; elle le montre. Sauf qu’en plus elle tente de le démontrer ; mais la démonstration est toujours en retard de sa monstration, et pourtant sans cette intention de démontrer, cad de ramener ici et maintenant les éléments de connaissance, elle ne remonterait pas dans la structure même ; ce qui veut dire que « penser » c’est réélaborer non seulement des « idées » mais des structures…

Et cela ne s’obtient que un par un, une conscience par une conscience ; pourquoi n’obtient l’acmé de notre possibilité que par le une par une ? Sinon de ceci que l’être existe selon le Un. Et parce que c’est le même Un qui est pour chacun mais aussi partout comme présent.

C’est donc la structure même du « ce qui est tel que cela est » ; au présent qui creuse épouvantablement la réalité.

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