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instants philosophie

Des grecs à Heidegger

22 Mars 2015, 11:03am

Publié par pascal doyelle

Lorsque se sont repliés les mondes particuliers, chacun dans leur synthèse, leur parole, séparée, au milieu de la méditerranée, univers de mondes mouvant, c’est l’articulation de chaque conscience au réel qui commence de s’élaborer ; mais ça ne prend pas exclusivement le nom de raison, ça s’élance comme pensée ou réflexivité.

Ça n’est pas la raison qui s’impose (comme retour sur elle-même de notre nature humaine), c’est la réflexivité qui devient cause d’elle-même ; raison ne se dit que de saisir en objets la réalité, mais réflexivité lorsque l’on est saisi par notre-être/dans l’être ; et notre-être/dans l’être est une formule, vide, formelle, mais active, voir hyper active ou activiste.

Si l’on admet la raison selon ses objets (l’objet est désigné comme un, et tout extérieur), la raison s’en prend à la réalité, mais la réflexivité aborde un plus grand cercle ; non pas l’objet mais notre-être/dans l’être, et doit installer un circuit externe qui ramène, relativise toute donnée dans la considération du rapport. Évidemment le grand circuit inclut et pousse le petit ; le réel entoure la réalité (et si les grecs veulent saisir la réalité, ils n’en obtiennent que des réalités, totalisations par totalisations sans parvenir au Tout lui-même, sinon crevé par le Un ou le Bien ou la Pensée de la pensée ou la matière sous diverses formules).

En concevant d’abord notre-être/dans l’être, cela engage la raison, mais ne s’y limite pas ; la pensée, les grecs, sont parvenus à subsumer toute la réalité dans un Effet Réel. Même si ensuite cet effet sera découplé ; d’une part selon dieu et le christ et d’autre part selon le sujet-même cartésien (qui supportera tout l’influx du Réel dans l’affluence de la réalité, posée là comme étendue du monde, de l’étrangeté du monde pour un sujet outrepassant, autre ; ce que l’on définit comme posé sur le bord du monde, comme la transcendance dans et par l’immanence, en une fois).

Il apparait donc que si la pensée n’est pas la raison, il est absurde de lui appliquer les règles de la raison, et ce qui semble inutile, pour la raison, relève donc non d’un système de raison, mais d’un système réflexif, et système qui permet seul de situer la position de notre être dans l’être. De là que les systèmes philosophiques incluent à la fois un système raisonné (du donné là) et un système formel (du là du donné, de l’être des réalités).

La réflexivité philosophique, la pensée, brise donc la réalité et se plante ici même ; dans l’ici même il est exigé de rassembler tout en cohérence ; c’est en somme l’ici même qui se-sait (de sa certitude formelle) et qui tente de se connaitre (en pensée réflexive et en raison, à la fois et distinctement).

Distinctement parce que bien sur au début le couple est lié ; pensée et raison, sauf qu’en la pointe de la pensée ça se retourne par l’idée des idées, le moteur énergia, le un de Plotin ou la matière sous quelque forme que ce soit. Mais qu’ensuite ça se distingue plus encore dans la mesure où l’on propose dieu comme intentionnalité ayant créé le monde, le donné, la matière, actualisant le concept, la notion, l’idée comme logique (d’un esprit).

La difficulté de conception revient à ceci ; qu’il n’existe alors qu’une seule intentionnalité (dieu) qui pense, qui crée, qui fait exister. Il reviendra donc de perfectionner la pensée en ceci que chacun crée et pense et invente et désire et fait-être.

Le christianisme

Le christianisme enjoint un arc en ciel absolu qui traverse toute la réalité, toute la réalité humaine et toute la conscience ; il prend de bien plus haut la description de notre être en état d’existence. Mais n’est pas encore affirmé la prévalence du sujet, et cela tombe sous le sens, parce qu'affirmer la prévalence du sujet est une opération d’une extrême complexité, retorse, effroyable, exploratrice, devenante ; tout ce qui se produira à partir de Descartes, et ce y compris par la pensée rationaliste mais « métaphysique » de Leibniz et Spinoza (qui ne se fient plus à la pensée comme les penseurs du moyen-âge, les théologiens ou les scolastiques qui tentaient de poursuivre la pensabilité divine), et qui, Leibniz et Spinoza, doivent tenir compte de ce qu’ils redoutent ; l’étendue cartésienne et le sujet structurel.

Une fois cette nouvelle pensée assumée, viendra l’éprouvante conscience de soi de l’esprit ; par quoi, ayant acquis que la pensée s’origine en un être (le sujet décrit cartésiennement), c’est de ce point de vue que l’on va réfléchir notre être même en embarquant toute la pensabilité ; la pensabilité devient une extension du sujet et non pas cette conscience soumise à la pensabilité comme auparavant (soumise au penser grec ou soumise à la pensée de dieu, soit comme pensée du monde créé soit comme dieu étant pensé lui-même, comme ontologie du Un conscient de lui-même et de nous et de tout).

Criticisme de Kant ou dialectique historique de Hegel, idéalisme allemand qui essaie de se saisir du Un, du sujet, qu’ils nomment « esprit », pensée consciente d’elle-même ; où situer, positionner, déplacer la conscience de cette pensée ??

Et lorsque suite à Hegel qui expose totalement l'esprit, (il croit que la pensée se sait et se connait, à la fois, et non que la pensée dépend d'un être-étrange), naissent les Grands Sujets, ils usent de cet activisme et si ils prennent l'apparence d'irrationalismes, ce n'en sont pas ; ils pensent, tout simplement, et mènent plus loin, jusque dans leurs mois, leurs corps, leurs perceptions, la réflexivité qui travaille, œuvre et creuse.

L’être-le-là heideggerien

La vérité est que c’est toujours le même problème qui reviendra ; Descartes nous a installé sur l’étendue et de l’étendue on ne sait pas quoi faire, ni comment définir notre être sur la surface, puisque désormais la surface, l’étendue est l’être… Ce qui abat toute la notionalité antérieure à Descartes (grecs, scolastiques) toute la pensabilité au sens propre (la pensée est ce qui augmente notre être, et nous sommes dans la dépendance de la pensée). Problème qui poursuivra jusqu’à Heidegger ; l’être-le-là est le « lieu » métaphysico-ontologique qui nous crée sur la surface et l’étendue, mais qu’Heidegger tente de subvertir … de replacer dans une (méta) ontologie.

L’être-le-là est fondamental, mais dérive vers une tentative vouée, dit-elle, à une méta-réflexivité (ce faisant il la réalise plus encore, on ne peut pas dépasser les grecs, les chrétiens, Descartes, Hegel, etc, puisqu’ils disent et montrent "cet être qui est") ; il veut métaboliser un autre sens puisque le là, le là du donné excède considérablement la raison (que dépouille Heidegger, sorte de para délire criticiste), excède le sujet (il veut contourner Descartes), et désigne le « là », celui des grecs qui relativisaient le donné (le monde, cosmos) par le « là » (l’être, le réel), le constituant en retour comme cosmos (pensable et la pensée seule nous ouvrant qu’il y ait un monde, un Tout, intotalisable en vérité mais au moins posé tel).

L’être-le-là, le lieu en lequel nous sommes ouverts à « l’être » heideggérien, voudrait réunir en sa conception, son élaboration, en son engendrement, réunir toute la précipitation, la catalyse ontologique ; celle qui excède la raison, le sujet, la pensée (post socratique), la technique, toute la philosophie. Et c’est vrai.

Il est absolument vrai que notre-être/dans l’être excède toute rationalisation, universelle et grecque, notionnelle et théologique, du sujet et de l’idéalisme allemand, au point qu’il faut à la limite remonter à maitre Eckhart pour parvenir à instituer une lecture de notre-être/dans l’être. maitre Eckhart qui est le clou du christianisme, il le rive "là où il Est, Existe", en plein dedans.

Mais ce en quoi Heidegger s’égare est de considérer que cette folie outrepassant toute définissabilité, se situait hors de la philosophie ; parce que depuis le début la pensée veut accrocher l’excès, l’impossibilité, et elle le sait, elle sait l‘impossibilité comme telle ; c’est dans cet effort même qu’elle entend rétablir ici même et rigoureusement l’articulation au « là ». Il ne voit pas que l’articulation réflexive est outre-pensable et que c’est cela même qui fonde le philosophique (soit donc la saisie de « ce qui arrive » à l’humain dans la nouvelle anthropologie au sortir de tous les mondes particuliers, qui amène d’une part le monde unique universel et d’autre part notre-être comme structure valide intégralement).

La philosophie décrit objectivement « ce qui se passe » ; elle en « fait état ». Elle le décrit objectivement mais comme ça ne rentre pas dans une définissabilité « objective » cad ne peut pas se relativiser comme « objet », ce qu’elle montre (et parfois démontre et à tout le moins démontre comme « ça est », cad le démonte, pièce à pièce et qu’elle ne cède rien, pas un iota), ses textes sont explosés de l’intérieur ; ils contiennent la réflexivité, la non immédiateté, l’articulation au réel, autrement dit contiennent notre-être/dans l’être.

Et il est impossible de connaitre ce rapport, or pourtant ça avance

Le projet (interne à la structure de réflexivité elle-même, elle n’a pas un « programme », son être, sa forme est son programme, son agissement, son activisme, son acte est une forme agissante et qui veut ici et maintenant, irréductiblement et ne cédant en rien quoi que ce soit ; puisque sa structure est cette intentionnalisation, cette intensité du réel articulé), le projet creuse à même notre réel, et avance en ceci qu’il parvient à isoler l’articulation même et ce sur quoi elle joue.

L’erreur consiste à admettre, puisque la conscience est réflexivité, que la conscience connait par son contenu (le conscient ou le concept ou l’idée), alors que c’est l’expérimentation même du réflexif par lui-même qui « se-sait », hors contenus et cela se nomme la forme. L’auto consomption, l’auto effacement de la conscience, de la structure par elle-même qui se-sait ; étant sans contenu cette instanciation de la forme « conscience-de » est inattaquable … il n’y a rien à attaquer, c'est de là que ça part, comme source.

Pareillement, il est absurde d’opposer pensée, dieu et sujet d’une part et raison, naturalisme, mois, d’autre part, puisque c’est seulement une querelle à l’intérieur de la même chapelle, dans la même logique ; sauf que pensée, dieu-christ (que l’on y croit ou non, cela n’a pas d’importance) et sujet tentaient le grand arc de cercle qui pose l’horizon intentionnalisateur intense le plus lointain, le présente ou le représente objectivement, et la preuve est que ça a marché… Intentionnalisateur signifie ; je veux ici et maintenant amener le « ce qui est » tel qu'appréhendable.

Je dis « que l’on y croit ou pas », à propos du dieu-christ, parce que de même que l’on est de toute manière aristotélicien, ou cartésien, on est chrétien structurellement ; quiconque sur terre, mais cela nous conduirait très longuement et pour résumer on précisera ; de ce que l’on est un Corps, chacun est ou est devenu ou est en cours de devenir son corps. Et rien d’autre. Et cela n’est absolument pas du tout évident… On voudrait bien, mais non. Tellement que l’on voudrait on s’est réfugié dans le naturalisme, la raison et la science (le donné), le moi (corps-langage ou image-corps), on a oublié, si l’on a retenu seulement le donné là, on a oublié le là du donné. C'est en ce sens que le christianisme est l'apport, l'afflux du mécanisme radical, qui place ici et maintenant que "cela a déjà commencé", est déjà actif radicalement, à la racine.

Du même ordre on a cru que le présent était fonction ou effet, alors que l’hypothèse ici est que le présent est justement l’être, l’être même (et l’être n’est rien d’autre). Rappelons que le là du donné, est le là qui contient tous les donnés, et comme tel le là est la fondation, le sol, la base de tous les donnés (les mondes naturels, les mondes humains, les langages, les mois, tout ce que l’on voudra, puisque l’on va nommer ou percevoir dans et à partir du « là », et le « là » lui-même ne sera pas nommé).

Pour résumer dans l’autre sens ; le message livré par le christ est « ce corps-là ». Ou donc ; de la naissance à la mort et au-delà. Et enfin ; nous sommes ainsi déjà en plus de la naissance-mort en ce que chacun assume son vécu, cad tout et qu’il est en-plus, en-plus du tout. Le mécanisme est de fait installé et fonctionne.

Ce qui revient à annuler ou reporter le Tout mais à saisir le Un ; ça se saisit par le Un, le Un est spécifiquement ce qui est actif, est l’Agissant. La philosophie cherche le Un et s’en est emparé, sous une forme incompréhensible ; d’en être saisie, et non pas de le saisir.

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