Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
instants philosophie

Histoire de la pensée : le réel

9 Mars 2015, 16:39pm

Publié par pascal doyelle

Lorsque dans le même temps Descartes définit le monde par l’étendue et qu’il place avant la pensée la conscience de la pensée, tout est joué, tout est joué autrement.

Le monde a un bord et l’on existe sur le bord du monde. Qu’ensuite cela se réfère à dieu est question personnelle, mais de toute manière le bord a un rapport avec l’infini.

Comme on ne sait pas du tout ce que « infini » signifie, comporte, on dira que notre être a un rapport indéfini à ce qui est, cad à l’étendue.

Si l’étendue est tout l’être (nonobstant qu’il a un bord et que l’on est assis sur ce bord), alors toute l’étendue est dans l’instant, est un présent absolument là et il n’est que le présent (et à cette simultanéité, rien dans le monde n’a accès, puisque chaque point présent est absolument celui qu’il est ; on ne sort jamais de son point-présent et tout exister « là » est radical, absolument radical).

Que par ailleurs il est ou non un point au-dessus de tous les points, un externe à l’étendue, nous n’en savons rien. Puisque pour l’instant nous existons sur ce point-ci. Ce qui sous-entend ou ouvre la dimension que le présent est peut-être la dimension qui traverse d’éventuelles autres réalités. Étant donné de fait l’on a avancé que le présent est l’être lui-même.

Si l’on se demande « qu’est-ce qui (est) vraiment ? », il faut bien admettre que seul le présent est réellement et absolument. Il n’est aucune autre visibilité, pour ainsi dire, de l’être, que le présent.

Or c’est au présent que Descartes nous montre ; voila, regardez, c’est ici que ça existe (en tant que je).

De là qu’il faut envisager la cohérence qu’entend découvrir ou orchestrer la philosophie, comme étant la perfection ontologique de « ce qui est réel » ; le réel est tout ce qui a lieu, effectivement, et cela ne peut pas se déduire ; puisqu’il faut expérimenter les éléments qui entreront éventuellement en déduction et que le repérage de ces éléments est l’œuvre de la philosophie ; qui consiste donc à remonter en conscience ce que l’expérience de l’être de conscience rend possible.

Or pour cela, pour valider cette expérience, il faut donc supposer que l’être de conscience découvert, (par les grecs, les chrétiens et affiliés et Descartes et suite), est effectivement un être et se confier à cet être, lui accorder confiance et prétendre que toutes les démarches entreprises élaguent puis marquent et cartographient la possibilité de cet être bien réel (et non que c es expériences soient subjectives ou à rebours qu’elles soient des idées ou des systèmes « entre autres » et tombant dans le relativisme, et pas plus la réflexion d’une nature humaine sur elle-même, laquelle n’aurait d’expérience que morcelée et composée, de langages et de perceptions par ex, de physiologies et de cultures diverses, de subjectivités et d’objectivités régionales), et que cet-être est en lui-même la saisie en propre de sa position.

Ce que cet être nomme « l’être », là au-devant, que Descartes nomme comme ici et maintenant (origine de toute pensée, cad pour Descartes de tout ce qui nous vient) et que les grecs désignent comme monde, cosmos, et dont la pensée est l’expression ; la pensée est la vie du cosmos en ceci que par la pensée (et sa cohérence) la perception du monde est augmentée, mais puisque c’est l’arbre vivant qui orchestre le monde apparent, la précision et la cohérence étendent leurs racines partout au travers et dans le monde, élevant la perception mais aussi puisque c’est notre-être qui est en son entièreté (et non pas en sa composition comme la pensée, interprétée comme raison seule, nous y limiterait), c’est l’entièreté qui en agit et en existe.

D’où la dispendieuse division en éthique, politique, esthétique, idéel, qui ne sont pas en mesure de se réunir (mais division qui était requise alors, afin de faire apparaitre l’universel traversant les domaines intentionnels et ouvrant ces régions intentionnelles afférentes aux dits domaines, qui, notons- le, ensuite existeront de fait ; éthiques, esthétiques, politiques, idéels, acculturation, humanisation et personnalisation). Mais qui ne se réunissent pas en acte.

C’est l’acte même pourtant que vise la philosophie. Celui qui réunit les domaines intentionnels. Et cela ne peut se réaliser sans que cet acte soit pour lui-même existant et dit. Ce qui commence avec et par Descartes qui pousse plus loin notre-être dans sa structure même et énonce enfin que notre être non pas forcément est le bord du monde (Descartes réserve encore cette positon à dieu), mais se tient sur le bord du monde. Dont on voit bien que par la suite il sera question du temps.

Et lorsque Descartes pousse notre être, c’est réellement ; il avance physiquement, physiquement sur le réel. Il y est engagé corps et âme, il instruit le cheminement en cartographiant sous ses pas ; ses déplacements sont les placements, les positionnements, les « là » où se situe le réel. Et donc il restructure à la racine ; ce qui signifie que la pensée grecque n’était pas une abstraction, ni de se confier aveuglément à l’idée, mais s’imposait d’orienter et réorienter et désorienter ; que l’être soit ensuite par Descartes dénommé « étendue » est un heurt, un choc, un renouvellement dont on n’a pas encore absorbé le coup, et qui superpose à neuf une autre imposition quant à l’être, originant ce que les grecs percevaient.

Il est clair que les grecs recherchaient l’être dans la pensabilité, ce qui ne signifie pas le « sens » ; puisque pour eux la pensée est un fait et qu’elle pense effectivement le monde, cosmos ; mais comme ensuite il y eut le christ qui nous promît la survie éternelle, c’est cela qui prit la qualification de Sens (la réussite de la réalisation de « soi » par la pensée, ou par une vie achevée, ou une vie héroïque ou éthique, etc, étant théoriquement pour les grecs amenée de la conduite conforme à la pensée, comme effet de sa cause intellective, et comme ils se tenaient à la pensée et non au sujet, et ensuite à l’intentionnalité qui s’évase et se poursuit en toutes les fonctionnalités de conscience, il suffisait, intellectivement de penser pour que la cause produise ses effets).

Le changement introduit par le christianisme (ou ce qui prit ce nom là, la technologie structurelle « mentale » qu’invente le christ ou qu’il découvre, dont il poursuit effectivement la conséquence t la logique en se fondant sur la structuration même qu’implique l’acte de conscience, qui effectivement est en plus et par dessus la naissance et la mort, de fait ) est autrement intense et si difficilement pensable qu’il fallut évidemment un autre régime de compréhension ; le christianisme n’est pas une religion a-structurelle (parce qu’aucune n’est a-structurelle, mais en ce cas la structuration est hyper essentielle), en ceci que pour se concevoir de la naissance à la mort et au-delà, il faut bâtir une intense intentionnalisation ; ce qui aboutit à la refondation d’acculturation généralisée qui requiert tous les domaines, et crée ou découvre toutes les régions qui se subsument sous l’hyper intensification que l’effet de Sens exige à partir de cette cause structurelle, celle qui articule au plus haut, au plus loin l’arc de conscience (de ma conscience engoncée dans le monde-corps-intérêts particuliers à la dernière conscience indéfiniment possible de dieu via l’incarnation de l’acte-même de (soi) ).

Mais la difficulté du christ, bien qu’il provoque qu’il y ait Sens et exigence individuelle absolue, est de rapporter toute conscience comme ne s’acquérant que par et pour dieu ; on est sauvé par la foi, la conversion, la renaissance en et dans la conscience de l’un-seul ; le christ.

Or Descartes rétablit un super étrange parallèle. Il est une singulière continuité et une continuité singulière entre dieu et le « sujet » (étant entendu que le sujet n’est pas pour et selon Descartes la caricature qu’on a voulu lui prêter). Un virement ontologique sans précédent et qui divise l’histoire en deux. On a voulu retrouver et comprendre cette division, via les allemands, par l’intellection de notre «être » d’un point de vue idéel ou idéaliste, mais il faut Husserl pour qu’à l’inverse quasiment, ce ne soit plus dans l’idée de soi, mais dans la technique même, dans la technologie étrange qu’est l’activité de conscience que la sauce prenne. On a commencé alors de démonter cet être (et non plus de le penser).

On a voulu démontrer « ce qui est » depuis les grecs et beaucoup ont encore (tout à fait légitimement mais en son ordre propre) prétendu apporter la démonstration de quelque chose depuis, mais en même temps on s’est aperçu ou contraint par l’expérience même, qu’il s’agissait d’abord (sans abandonner la démonstration) le montrer … le montrer là en acte, et puis finalement on a commencé de le démonter, pièce à pièce ou en le prenant par un bout, en dévidant la pelote, et ce selon deux voies ; celle de la technique pure (la réflexivité sur cet être étrange) ou celle de l’expérience in vivo ; de Stirner à Nietzche en passant par Schopenhauer, puis de démonter cet être engoncé dans un moi (le sujet dans le moi) dont Lacan est le dernier philosophie.

Autrement dit passer de la démonstration à la monstration et puis au démontage, de tout cela il ne faut rien abandonner, rien céder ; c’est un seul et unique plan qui explore son advenue, son surgissement ; le surgissement d’un être qui quitte le groupe-parole-monde immédiat et localisé (qui nous a guidé depuis plusieurs centaines de milliers d’années par les tribus et la Parole Vivante partagée dans un monde donné) et qui se retrouve « là » dans le devant, le ci-devant monde-étendue aberrant et autre.

Mais qui aussi découvre et dé-couvre son être propre spécifique qui n’a de commun avec rien qui existe dans ce dit monde ; qui explore son possible. Qui de la démonstration de la pensabilité, passe à la monstration de ce même être en acte et ensuite à la remontée interne de la structure par elle-même (de la voie technologique husserlienne ou existentielle et illustrative, requérant toutes les régions, de l’esthétique à la politique, de l’acculturation, pour nous la mass médiatisation puis l’hyper médiatisation d’internet, à la personnalisation, jusqu’à la concrétion du moi… jusqu’à la densification incorporée qu’est le moi), ceci est à la fois l’exploration de la Possibilité (de notre être tel quel), son invention et sa création par lui-même (œuvrant structurellement et lançant ses rapports nouveaux constamment, rapports ontologiques à l’étendue et à son corps même), et ourdissant le démontage de cela même qui le constitue ; le démontage in vivo de la structure par la structure elle-même, ce qui ne se fait pas sans douleur. Douleur étrange venue d'ailleurs.

Commenter cet article