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instants philosophie

Le moi, le sujet impossible et le corps-en-plus

3 Mars 2015, 08:43am

Publié par pascal doyelle

Le sujet est complètement à l’arrache. Le sujet n’est évidemment pas la caricature que l’on a voulu prêter à Descartes ou au subjectif ou au romantisme, etc ; c’est une structure concrète et par concrète une structure réelle. C’est ce que décrit Sartre, le pour soi, très étrange ; ou l’être-le-là de Heidegger qui est censé chargé de l’Etre (celui au-delà des étants et qui n’est pas lui-même un super étant, ou donc n’est pas un contenu mais la forme qui contient les contenus et n’est pas elle-même un contenu).

Le sujet est ce qui tente de remonter la structure ; de remonter des contenus à « ce qui contient les contenus » (en réalité il ne contient pas les contenus mais les expulse) ; le sujet ne se crée que de ce mouvement impossible qui veut reprendre la structure laquelle surgit dans la cervelle, indépendamment de tout contenu et donc aucun contenu ne permettra d’en saisir l’architecture, l'archistructure ; mais la structure elle-même peut réaliser ce tour de force de ménager des passages au travers et par les contenus, tout tordus, qui conduisent au saisissement de cette structure-même ; pour cela il faut évidemment s’incarner, ou plus exactement s’incorporer le retour ; on ne comprend pas la philosophie sans philosopher, on n’adore pas une œuvre, une esthétique, sans s’y investir, s’y exister. Et que cela devienne corps. Plus ça devient corps, mieux c'est. (Et pour cela le summum du moi est l'état amoureux, il croit l'autre corps, et il ne peut pas avancer plus haut, loin, externe que cet amour, et même si il est beaucoup d'autres devenirs que le moi ignore, ceux du sujet, tous les sujets sont néanmoins toujours et rien que des mois).

Que par-dessus ce corps-çi il se surimpose un corps en plus, une image-idée ou une idée-image de ce même corps, là, bien concret, mais qui par son idée-image ou image-idée se rend capable de synthétiser, d’assimiler une plus grande ampleur que ce moi n’en est capable en ceci que le moi, tout moi, dans sa contenance même, est happé, finalisé par/vers son corps, oui, mais donné là, le corps inerte ontologiquement, qui simplement existe, vit, et dont les finalités propres absorbent toute la forme de conscience, en se faisant passer pour les finalités réelles et suffisantes ; toutes les intentionnalisations du moi aboutissent à se confondre par mille détours, (qui le rendent capable de langage, d’échanges, d’exercer une profession, d’assurer une personnalisation, etc,) mais mille détours qui reviennent au bout du compte à un corps, à un moi-corps.

Aussi l’autre voie est-elle de non pas annuler qu’il y ait un moi-corps, ce serait absurde, mais d’ajouter à cette finalisation vers la pesanteur du corps ici là, un autre corps ; celui qui est capable d’assurer une intentionnalisation qui s’échappe, qui puisse déployer sa propre mesure et démesure, qui acquiert sa dimension. C'est ce que éthique, esthétique ou politique ou idéel tentent de réaliser mais sous l'égide de l'universalisation, tandis que Rimbaud ou Nietzsche ou même Descartes imposent de réaliser autrement qu'universellement ; ils l'imposent singulièrement, on ne joue plus à penser comme "tous", mais à penser comme "uns". Le régime de l'être a complétement changé et rend plus réel encore l'universel.

Les anciennes figures, figurations de la dimension étaient pleinement réalisées par la pensée grecque, la réflexivité chrétienne et affiliés (notamment à partir du monothéisme, mais aussi des pensées étendues ou intensives en toutes civilisations), et assumé et assuré par Descartes et le sujet, le réflexif pur et simple et fondamental (et inimitable, non répétable), mais ensuite puisque l’universel et le sujet sont de fait lancés dans l’histoire, l’ampleur se réduit et aboutit à la définition de l’humain par la raison, la nature humaine et le moi.

Ou donc la réflexivité devient le retour sur elle-même de notre nature humaine et par quoi elle se régule, et non plus cette réflexivité grecque ou christique ou cartésienne (et ce jusqu’aux idéalistes allemands, et les Grands sujets fous ou délirants ou désarticulés ou existentiels ou ontologiques qui suivront jusqu'à Lacan), par raison-nature humaine-moi, ça n'est plus l’ampleur valant et ouvrant la dimension structurelle par laquelle on n’est plus objet ou objectif ou d’objectalité (par quoi les sciences ramènent les mois à leur capacité ; celle d’assumer leurs objets … ce qui est très bien mais absurde ; si un moi n'assume pas son objet de désir, il se dépièce, sa conscience possédée retourne dans le subjectivisme mortifère voir mortel)

Par l'ampleur, par laquelle dimension, chaque conscience assume, subsume, assure, porte, reporte sa potentialité même de tenter de devenir son être ; ce qui est impossible. Et c’est de cette impossibilité (en disant ; vous voyez bien que c'est impossible !) que l’on se va se rabattre sur une « nature humaine », un « moi » et une « raison » toute plate.

De ce que l’on ne sera plus en mesure de comprendre son identité selon un sujet, mais exclusivement limité à un moi, on deviendra fou ou dégradé ou idiot ; dans la limitation donné là qui ne comprend plus rien parce que les morceaux de réalité que le moi rencontre dans son existence, son vécu, sa vie, ne forment jamais un Un opératoire.

Non pas qu’il y ait un Un qui tel un super objet amènerait tout, mais bien un Un opératoire qui soit la possibilité de division, de division de quoi ? De l’intentionnalisation ; par quoi l’intentionnalisation étant bien trop à l’étroit dans le monde, le donné, l’humain ou le moi, peut enfin se diversifier, se déployer, et donc créer ses distinctions ; celles là même qu’autorisent, que permettent la pensée grecque, la réflexivité intense chrétienne et affiliée, le réflexif pur et simple cartésien et grands sujets ; que l’intentionnalisation ne soit plus abaissée dans et vers les finalités pauvres, mais qu’il lui soit possible de se démultiplier par le devant et par le haut.

Il faut noter, quand même, que la définition de notre réel comme étant la nature humaine, le moi et la raison, cela équivaut à être pensé. Etre pensé par les autres. Ce qui revient à ces théories qui sont pensées à partir du sujet (puisque de toute manière tout le monde, tous et tout, est pensé à partir du sujet cartésien, qui non pas invente ce sujet mais le montre, l’expose, et qui décrivant un être effectivement réel est de toute façon incontournable), mais du sujet ignoré ou absenté ou nié ; la science absente le sujet, le moi ignore le sujet qu’il est, la critique tue le sujet en le recouvrant par son guano. C’est au nom du sujet absenté ou ignoré ou nié, que l’on rabat le sujet réel (puisque l’on ne peut pas évacuer le sujet, sa structure, cet être dans le réel) vers son donné, auquel il ne correspond pas.

Puisque rien ne lui correspond.

Ça n’est pas que l’on veuille établir une correspondance avec une autre sorte de détermination, surnaturelle ou idéelle, etc, qui empruntent toutes aux contenus, à tel ou tel contenu toujours quelconque (tous les contenus sont quelconques en comparaison de la structure qui les contient), quelconque voir grotesque. Non, le rapport à (soi) qu’est le sujet ne correspond à rien, pas même donc à (soi), et de la sorte est libre (si il correspondait à un contenu ou à un « soi » il ne le serait pas). Figurons cela par ceci ; il est une simple source qui surgit de la cervelle, un arc de cercle vide vers le réel et qui passe outre tous les contenus (et tous les groupes-langage-monde, et toutes les personnalisations-corps), et instrumente l’horizon au bout de toutes les étendues du monde, bref sur le bord.

Le bord externe donc, qui se situe au-delà des horizons dans le monde-étendue (ou les mondes divers si il est quantité d’univers), mais aussi le bord interne ; interne en tant que toute structure de conscience (vide) est ce bord lui-même et la source penchée sur le présent ici-et-maintenant constant.

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