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instants philosophie

Le point de conscience dans le corps

25 Mars 2015, 12:09pm

Publié par pascal doyelle

Comme la conscience n’est pas le conscient, il faut voir cela comme suit.

« Conscience » n’est pas un contenu, ne désigne pas du tout le « moi-même », la subjectivité ou des variations objectives, ne signifie pas une « âme » ou un conscient ou la raison ou « conscience morale » ou ne porte pas un sens ou un ordre, ni ne désire ou ne visualise un projet, etc. C’est un mécanisme, une articulation hors de la cervelle (produit par celle-ci) vers le réel, rapportée au réel, et mécanisme qui s’émancipe par et dans la nouvelle anthropologie en s’extirpant des groupes-langages-mondes immédiats et localisés, et commence dès lors son propre jeu.

La conscience prend le départ, elle surgit à propos de ou en tel objet ; visé. Ce qu’elle connait à ce moment là, c’est cet objet et non pas elle-même. Vient l’évidence qu’elle se sait elle-même mais comme un objet et donc ce faisant elle se retire ; en se désignant ou en se nommant, elle se retire dans/de la nomination même ; si je dis « je suis un-tel », je deviens Pierre ou Paul, mais le je de « je suis un-tel » est déjà retiré, reculé.

Si je dis « je suis un homme », je distingue par là que je suis un être humain, mais je peux dire aussi « je suis un homme » au sens de « je ne suis pas une femme ». Or vous n’êtes ni un homme ni une femme ; dans les deux cas vous êtes une conscience, un mécanisme. Rien d’autre. De même vous n’êtes pas un « être humain », mais cette structure qui, pour nous (depuis l’humanisme), se dit « être humain ». Or votre être n’a rien à voir avec « être humain ». Vous êtes une structure qui « se nomme ». Rien de plus.

Etre humain ou être homme ou femme, définissent, délimitent une zone de déterminations ; que l’on prend pour une substance, une essence, pour une réalité constituée, alors qu’elle est une construction. Ce qui ne signifie pas qu’elle soit fausse, cette zone découpée ou inventée, mais ça n’est juste pas « cela que vous êtes ».

Lorsque l’on dit « conscience » on sous-entend soit le conscient (qui sait ce qu’il dit), soit « ma conscience », cad « moi-même ». Mais « conscience » n’est ni l’un ni l’autre. De même elle n’est ni subjective, ni objective (mais elle est à chaque fois un point, individué de cela même) ; qui sont des découpages intérieurs au donné et à l’intentionnalité que l’on y porte. Encore une fois toutes les distinctions et découpages sont valides, mais il ne faut pas y croire ; on peut y croire comme découpages, comme utilités, utilisations, et c’est ce que l’on fait habituellement, mais en plus de les utiliser on croit qu’ils sont vrais et réels.

Or ils sont vrais et réels mais relativement. Relativement se dit à partir d’un absolu, d’un absolument là, radicalement réel ; mais qui n’apparait jamais dans les découpages, jamais dans le conscient ou dans le moi-même. Ce sont des supports de « ce qui ne se montre jamais » mais qui est ce à partir de quoi on découpe. Et si « conscience » n’est pas subjectivité ou conscient ou moi-même, chaque conscience est cependant un point existentiel absolument existant. Ex-sistant, ce qui veut dire « sortant de ».

Le point formel

Si « ce qui ne se montre jamais » était lui-même un mot, une idée, une réalité, une essence, une substance, on pourrait critiquer tous les découpages que l’on utilise en fonction d’une « authenticité », une âme, une idéalité, une vérité, etc ; mais le caché ne se montre ni ne peut se montrer, s’exprimer, aussi on ne peut pas fonder à partir de la conscience-même, vide, formelle, cachée, retirée, autre chose que de remodeler sans cesse les découpages, et c’est ce qui depuis 2500 ans ne cesse de produire ; des découpages, de plus en plus précis ou distincts ou de plus en plus de différences et donc en somme de possibilités. C’est pour cela que depuis que notre être vide et formel se veut (impossiblement), il crée, il crée continuellement, renouvelle et transporte des couleurs et des signes, des modes politiques, et des éthiques, des sciences et des personnalisations si diverses, qui creuse et engendre, des corps nouveaux (depuis le christ on invente non plus seulement des pensées et des systèmes, comme les grecs, mais des corps nouveaux, comme il le montre lui-même, et lorsque Descartes affirme que c’est ici que ça se passe, des corps il en existe de plus en plus, des distinctions indéfiniment nombreuses, des romantiques aux mois, aux personnalisations, y compris dans la dévoration consumériste).

Il ne cesse de créer et de se produire comme détermination.

On ne juge donc pas des découpages, des mondes humains, des vécus, des idées et systèmes en fonction d’une « conscience » ésotérique, vague, nirvana, universelle, insituable, etc. Mais en fonction de chaque point-conscience, nu, vide, formel, sans rien, ne correspondant à aucune réalité, isolé radicalement, une et étrange (Husserl, Heidegger en première partie, Sartre et sa clarté cartésienne explorent cela, mais Nietzsche ou Stirner ou Rimbaud ou Artaud le vivent et pensent ce point étranger, de même que suite à sa découverte/expression/invention Descartes est repris par Kant et l’idéalisme allemand).

Or la philosophie est précisément de s’amener dans cet être retiré et de montrer où il est. Contrairement à ce que l’on croit, elle ne le définit pas ; ou plutôt toutes ses définitions sont coupées, tranchées, repliées, tissées et retissées, au point qu’en fait si l’on philosophe, si l’on pense, comme les grecs, si l’on est, comme les chrétiens, ou pour nous, au 21éme ou depuis au moins le 19éme ou depuis Descartes, si l’on veut se saisir de notre être, on ne peut le saisir sans l’être … sans le déplier en chaque conscience propre, sinon ça demeure incompréhensible (la philosophie, le foi du christ, le cogito ou les grands sujets, les créateurs Rimbaud ou Mallarmé, etc, sont incompréhensibles si on ne les prend pas sur soi). Autrement dit la philosophie (et les remontées dans la structure, seule, formelle, les mystiques par exemple qui ne lâchent pas le morceau, qui veulent éprouver leur être) montre à quel point c’est insaisissable, mais montre aussi comment on en est saisi ; comment il faut s’y introduire.

Et ceci est essentiel.

La psychanalyse

Si l’on ne veut pas s’orienter vers le saisissement de notre être (par quoi il est soudainement absorbé par son être seul, sans rien, vide, formel, structurel), alors le corps vient prendre la place. et tout le naturalisme proposé depuis l'humanisme, la raison, la nature humaine, l'objectivité et l'objectalité (qui cerne le moi).

Le corps est, devient la référence fondamentale de notre réalité, de notre vécu, de notre identité, de notre moi, de notre idée-image de nous-mêmes, qui occupe entièrement le terrain ; c’est pour cela que la psychanalyse découvre que c’est la jouissance qui commande. La jouissance est la position constante du corps qui ramène notre être (qui pourtant n’a rien à voir, notre être structurel, qui n’est pas notre réalité, qui est impossible et autre que tout), notre être au corps ; parce que la conscience est volatile, pour ainsi dire, et le corps est « là », massivement influençant, les finalités du corps sont inscrites d’elles-mêmes dans le monde, il désire de et dans le monde et finit par, lui, coaguler notre être structurel.

Et c’est fort compréhensible puisque notre être est vide et purement structure ; elle n’a aucun contenu et bien aise de se soumette à « cela » qui sait tout de suite qu’il est, le corps. Elle n’a pas de guide, de main courante, d’orientation en propre (elle doit créer ses orientations et qui sont fondamentalement fragiles et difficiles et pleines d’efforts constitués, continuées plus ou moins, on ne peut pas vouloir longtemps et durablement, c’est entrecoupé, une conscience, c’est éphémère et velléitaire en somme, il faut s’y motiver pour durer en conscience de structure). Aussi se coule-t-elle bien aise dans le corps.

Et si le corps et la jouissance, si le corps est la jouissance, et que l’acte de conscience n’ayant pas de repère en lui-même, s’y confond, alors le moi, le conscient, les sciences, les représentations, les identités, sont elles-mêmes seulement et rien que des détours plus ou moins réussis (ou ratés comme dit l’autre), de la jouissance. Et lorsque le moi ne va pas bien, et qu’il tente de se résoudre en mots ou idée ou image de soi, ça n’atteint pas, ça reste dans les effets et effets dont la cause est sur ou dans le corps ; une jouissance marquée sur le corps.

Notre être est cinglé

Or pourtant notre être n’y a rien à voir. Du tout et en aucune manière. Notre être lorsque donc on restreint notre être à la fine, très fine pointe de conscience purement structurelle, vide et formelle ; on ajoute « formelle » à « vide », pour bien montrer que ce vide est un être et que cet être est une forme entièrement positive ; entièrement et seule qui soit « entièrement » puisqu‘elle n’est pas composée, elle est rapport, reliaison, et ne contient donc aucune fracture. Elle est déjà toutes les fractures qui seront ou ont été ou s’existent), elle est source unilatérale parce qu’elle n’appartient pas, à rien, ni à quiconque, elle est autre que tout et sa forme n’étant pas composée est non négociable ; elle veut ici et maintenant, exigence à la racine, que « ça soit réel » et réellement « là », en quoi elle est le présent radical.

Qui pourrait bien sacrifier tout le reste… cad le monde, la vie, l’humain, le moi, et dont on doit se méfier absolument, qui est infiniment dangereuse et plus que sauvage ; mais en même temps elle ne se réalise que dans la distinction et donc recherche la non violence (qui ramènerait son être au corps… au pire du corps, cad au massacre des autres ou au suicide ou à la dégradation).

De la faiblesse

C’est donc avec précaution qu’il faut « se manier ». Manier notre être. Le cogito de Descartes n’est pas autre chose. Il suspend notre être et il le dit, très exactement. Il suspend et essaie de s’introduire « entre notre être et lui-même». Entre le vide et le vide, ou si l’on veut entre le vide et la forme (pour cette raison on prend notre être comme un « néant », négativité, manque à être, etc, parce que notre être qui est radicalement positif, ne rentre pas dans le monde, dans le corps, dans le moi, le conscient ou dans quoi que ce soit ; il ne rentre dans aucune case, et c’est pour cela qu’il ne peut que se saisir lui-même et ce sous la formule du « en être saisi ».

C’est la même faiblesse que celle du christ ou celle de Nietzsche ; il faut être faible et passivement recevoir « ce qui est », parce que c’est là qu’est le réel. Cela seul montre, la fragilité, la petitesse, le minuscule, qui peut seul s’introduire et non pas imposer au réel (ce qui est une aberration… qui ou quoi peut s’imposer au Réel ???), parce que « imposer » est non du réel mais de la réalité, de ces réalités-là, toutes sortes, raisonnables ou aberrantes, qui retournent toutes au corps ou à la jouissance du corps. C’est pour cela que le christ ou Nietzsche pensent.

La pensée est le détour qui ramène notre être vers son être réel impossible (cad faible et velléitaire et pauvre et infime ou infirme, la conscience est infime et c’est cela même qui lui permet de s’introduire, de s’intercaler, de jouer du décalage infime) ; la pensée est pour cette raison ce qui influe sur les siècles, elle n’utilise pas les corps ni ne s’adresse au corps, en quoi elle n’est pas cette forme faible de la pensée qu’est l’idéologie outre qu’elle annule le pouvoir de la violence qui en fonde jamais rien, sinon la reproduction, du monde déterminé ; elle a remis les compteurs à zéro qui sont vaincus par la précédence, précédence antérieure à toutes les réalités, qui en imposent inutilement.

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jlboucon-philo 25/03/2015 14:34

Excellent Je partage les idées et admire le style. Permettez que j'ajoute ceci: La conscience qui n'est que le lieu hypothétique de toutes ces convergences, se projette dans le corps comme en un miroir. Comme en sa propre image. Comme en elle même. Car ce corps n'est lui même rien plus qu'une image. Autre point: la conscience ne choisit ni d'être ni de devenir, ni de représenter soi et tout, car ce processus est son essence même, elle n'est que celà.

pascal doyelle 27/03/2015 10:01

Merci :-) Pour ce qui est de la liaison conscience-corps, je ne suis pas certain qu'il y ait rapport en miroir ("conscience" est jetée dans un corps qui n'est probablement pas fait pour recevoir une telle potentialité) ; en fait je crois que là, en ce moment, historiquement, "conscience" cherche à se conformer un "corps", j'en prends pour explication les difficultés innombrables des "mois" (psy et psychanalyse, folies et dépressions, etc) ; leur soif d'image-idée de leur réalité (mass médiatique évidemment), comme si ils ne parvenaient pas à se caler dans leur corps.