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instants philosophie

Le spermatozoïde un-tel

15 Mars 2015, 10:54am

Publié par pascal doyelle

Tout ce qui creuse le sujet, par le néant, le manque à être, le désir, l’être pour la mort, l’indétermination passive et molle, l’infini qui n’aurait pas d’aboutissement dans le fini, enfin tout ce genre de travers négatifs (par lesquels la pensée morne se permet de catégoriser l’être réel que nous sommes et de l’entrer dans des cases, dialectiques ou autres), s’oppose instantanément d’une part à l’ampleur des grecs (qui adorent la pensée pleine et entière), et d’autre part au chrétiens (si ils suivent ce que le christ déplace soudainement ; que tout a déjà commencé), et enfin (ce qui fait 3) à Nietzsche qui est le seul et unique à affirmer instantanément que « ça est ». Genre « ça y est, ça c’est fait, passons à autre chose, à un autre univers ».

Il n'y a pas de manque. Signifie aussi que le réel est parfait. Si l’on en n’est pas convaincu, pensons que par effet de spermatozoïdes et d’ovule, si ça se trouve nous serions un autre, un autre que « moi ». Ça s’est joué d’un cheveu (à moins de supposer que le spermatozoïde n° 1253 était prédestiné à la rencontre … ce qui est plutôt compliqué, ou que l’on est l’enfant sans corps de parents ou de causes psycho sociales diverses et que l’on aurait la même conscience en étant un autre corps … ce qui est délirant).

Le réel est parfait puisqu’au moins, au minimum, on y est, on y existe. Ou alors c’est que l’on n’est vraiment pas content d’exister ou que l’on aurait préféré être un autre ou pas du tout. Pourquoi pas … mais alors n’existant pas rien du tout n’aurait été en remplacement ; l’aurait été autrement n’a rigoureusement aucun sens, réel. La non existence supprime d’un coup toute variation (histoire de bien comprendre que l’on y existe pour de vrai, que ça n’est qu’une seule fois, qu’il n’est pas de double et que ce qui est ici et maintenant est définitivement tout ce qui est, qu’il n’y a rien d’autre a priori, que ça a déjà commencé et c’est ici que ça a déjà commencé).

Il est clair que si l’on possède une quelconque influence, de par ce que l’on pense, sur ce que l’on est, ça urge. Si ça ne se passe pas maintenant, ça n’arrivera nulle part ailleurs ni jamais.

Que le réel soit parfait ne signifie pas que l’on s’en contente ; de fait le réel est en mouvement, donc il ne se contente pas d’être juste et simplement « là », bêtement. Qu’il y ait temps et pluralités (on ignore quelle quantité de pluralités, peut-être des tas d’univers ou des tas de planètes ensemencées et des tas de races diverses, on ne sait pas) et ce dans quand même un sacré désordre ou si l’on veut un gaspillage éhonté d’énergie, veut dire que tout est mouvement et cherche quelque chose. Quoi ? On ne sait pas, pas encore, enfin vu d’ici.

Puisque le réel se cherche, nous aussi. En cela c’est parfait. Que l’on trouve ou non est une question absurde ; parce que si l’on est en recherche et que par ailleurs tout ce qui est cherche aussi, on s’existe communément dans la même perfection ; ça explore. Ça explore ce qui est. Et personne ne sait, a priori (après on peut croire ce que l’on veut), ce qu’il en est, ce que cela donne.

Revenons sur le spermatozoïde et l’aléatoire de la naissance. Si c’est juste la rencontre délirante d’avec l’ovule qui nous fait-être, en un mot, cela signifie que l’exister est le (fait). Ce qui est extravagant, naturellement, pour notre esprit (et comme quoi ça n’est pas un esprit que l’on a, que l’on est). C’est la juxtaposition d’une seule fois qui crée qu’il y ait ce « moi-même ». Mais en même temps sitôt cela acquis, c’est absolument et pour la totalité du temps (ou quoi que ce soit qui en tienne lieu, si il est plusieurs sortes de temps dans différents univers) ; bref pour de vrai et de réel, ça n’arrive que par là, par le fait d’exister.

Autant dire que l’on n’admet pas du tout que de la réalité il n’est que de l’essence, de la détermination ; il y a de l’exister. Ça ne signifie pas que ce soit forcément un hasard, ça peut être tout à fait déterminé compte tenu de la force expulsant le spermatozoïde et du degré d’inclinaison ou du coefficient de pénétration, allez savoir, c’est le n° 1253 qui l’emporte. Cela se peut fort, mais de toute manière ça n’a rigoureusement aucun sens ; on n’en peut rien conclure du tout, sauf de superposer une sorte de destination finalisée à tout, à la moindre molécule. Déterminé ou pas, hasardeux ou non, c’est juste un désordre sans nom.

Mais le fait, d’exister, est la preuve. Invariablement et totalement. Ça ne peut plus ne pas être tel, pourvu que cela ait eu lieu.

Quoi que. Parce que si tout est en mouvement peut-être est-ce en mouvement continuel. A savoir que l’exister varie tout le temps, constamment. Il y aurait une quantité de possibilités qui ne se concluent jamais, ou plutôt se concluent continuellement ; et justement continuellement. A chaque micro seconde ça se joue et vous décidez constamment en diffraction continuée. Mais ce serait là une position extrême, que « tout » se joue continuellement, bien qu’il vaille que dans chaque présent quelque chose se joue néanmoins, outre donc toutes les données déjà réalisées, et que vraisemblablement on ne peut pas reprendre et rejouer.

On lance les dés seconde après seconde et quelque chose à la fois est toujours acté et pas acté ; peut-être pas « tout » donc mais quelque chose, un petit quelque chose qui se remet en jeu à chaque fois. Bref on existerait sur le bord du monde, ça on le sait, mais réellement sur le bord : risquant de se relever et de retomber à nouveau, sur la corde, comme dit l’autre, le danseur. Ça se décide ici même, ici et maintenant.

Si c’était comme notre « âme » qui était en jeu, au fond ça ne jouerait pas vraiment (elle serait acquise éternellement ou quelque variation dans le genre), mais si l’exister apporte quelque réalisation de par lui-même (ce qui est l’hypothèse), ce qui est lancé se réalise ou non selon son expérience ou exploration ou aventure ou décision ou soudaine imagination ou selon les prédispositions, les considérations préalables, les rassemblements, les rives et dérives potentielles que l’on étend.

Pour cela, nul n’étant censé ignorer la loi, il faut le savoir, sinon ça ne serait pas loyal (ou pas logique, si l’on préfère). Mais est-ce que nous l’ignorons ?

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