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instants philosophie

Pensée-raison, sujet-moi, Un-naturalisme

18 Mars 2015, 10:01am

Publié par pascal doyelle

La récupération de l’être.

Le sujet, soit donc la volonté d’une conscience qui entend remonter dans l’impossible structure qu’est une conscience articulée au réel même, cette remontée qui s’en prend à elle-même et veut exposer, exhiber, se saisir de son être, de la fine pointe qui s’existe hors de la cervelle, rendue vers le donné là (et dont la philosophie a créé le « là » du donné, l'être, ou le réel),

le sujet est un fauve redoutable, impitoyable, qui se dévie de toute détermination et par conséquent détruirait bien le moi qui le supporte, rien que pour voir. Pour en observer les effets.

Les grecs pensaient canaliser cet être-de-puissance (cad de potentialité) et les chrétiens de même ; de le convertir en sa face blanche et lumineuse. Mais la conscience est l’être même dans la pointe et dans l’attention qu’il instigue dans la réalité, le vécu, l’identité du moi, la relation aux autres, la perception, ça n’a rien de simple ; ce qui veut dire qu’il va vouloir épuiser, atteindre, absorber, ressaisir en détournant comme conscience encore et à nouveau. Que ça n’a pas de fin, y compris au sens littéral, ça n’a pas de finalité parce que c'est l’activisme même ; cette pointe qui creuse est ce qui calcule.

Autrement dit la soif de notre être est un travail, une torture, une exploitation ; et peu importe de quoi. Inutile de lui chercher un sens, ou un ordre, ou une attente ; ça travaille parce que. C’est son être, et ce au sens littéral ; en deçà il n’y a rien (quant à au-delà, c’est affaire de croyance). Depuis les grecs, les chrétiens et Descartes nous sommes à la racine, nous existons de et par la racine (et les criticismes divers et variés qui nous condamnent à l’insatisfaction, à la néantisation que serait notre être, au manque à être, etc, ne comprennent pas que « ça surgit », c’est entièrement positif quoi que bizarrement positif et ça surgit parce que c’est la source même, la structure est la source radicale qui emplit l’atmosphère).

Et ceci est essentiel parce que le moi ne peut comprendre cet être de conscience comme source puisqu’il en attend que ça soit sous la forme du désir, du manque et de son objet et que la source évidemment n’est pas du tout un objet ; le moi veut saisir son être, or on en est saisi et que pour en être saisi il faut cesser d’être volonté, cette caricature, pour devenir intentionnalisation ; l’intentionnalisation est le rendu complexe de ce qui croyait se fixer solidement au-devant de soi.

C’est pour cela que ceux qui critiquent la pensée et la philosophie (en pensant la révolutionner) sont obligés de caricaturer la pensée et la philosophie et de laisser accroire qu’elle désirait l’objet et qu’elle maniait la volonté ; or l’objet de la philosophie et la volonté, cartésienne par ex, est bien plus biscornue que selon son traitement caricatural. C’est parce que le moi, qui est la dernière acquisition suivant l’humanisation préalable de la révolution unique, interprète la source, la structure de conscience, en désir et son objet, ou pour la philosophie du « sujet » (figé et caricaturé) et de la raison (pensée fixée squelettique), ou quant au vécu du moi et du bonheur, de la satisfaction, dont de toute manière on n’obtient que le monde, les finalités pauvres et amenuisées du monde (non que le moi soit méprisable ; il faut qu’il soit exigé, mais il est impératif qu’il ne soit pas tout et que pour tout moi il y ait un avenir, qu’il y ait son sujet dans son moi, et de toute manière, quoi qu’on veuille ou fasse ou désire, il y a, de fait un sujet dans chaque moi… et qui travaille ce moi).

Les objets ou les volontés de la philosophie sont fouillés, complexifiés, insaisissables … sinon il serait facile de philosopher et si l’on traite la pensée comme la raison, alors évidemment ça simplifie … sauf que de fait la pensée n’est pas cette traduction mollasse qui en fut donné, de raison. La raison est hors du moi et se déploie sans le modifier lui ; ça n’en va pas de même pour la pensée, on y est, dedans, ou pas.

C’est pour cela que l’on a imaginé la raison, la science et le moi et la société humaine naturaliste (qui tient notre réalité pour un corps langage, ou pour un moi psy et notre désir pour un objet, objectalité et objectivité sont la même logique, y compris technique ou libérale); pour ne plus remonter vers la pensée, le sujet et la division non naturelle de l’être.

Or pourtant tout dans la pensée antérieure nous indique absolument autre chose ; sauf qu’on ne le voit plus et que l’on s’offre la surenchère de croire reprendre en objets et déconstructions, doute et remplissage naturaliste à nouveau, d’interpréter selon cette position du donné là, ce qui autrefois fut installé non comme donné là mais selon le là du donné …

Pour remonter dans la pensée, le sujet et le là du donné, il faut affronter l’être et le un, dieu et le christ, Descartes et le sujet hyper tendu invraisemblable ; mais aussi commencer de comprendre la soif destructrice des grands sujets, des fous structurels, des grands dégradés du monde qui abiment, au deux sens de ramener à rien et de tomber vers l’abime, que furent précisément les créateurs, et dont la culture mass médiatisée nous offre soit l’étouffement (en nous proposant une vie entièrement naturaliste) soit l’explosion énergétique et prophétique (comme furent le pop rock et la science fiction et le fantastique).

Joyce, Artaud ou Rimbaud relèvent d’un autre monde en comparaison ; ils sont eux non des mass médiatisations mais des grands sujets, qui s’attaquent avec l’infinie complexité au sujet, à la pointe de conscience et remontent, ou le tentent, dans la structure, plus que complexes ils sont retors.

Si l’on se déchausse de la pensée et du Un, de dieu et du christ (qui est naissance et mort et au-delà et l’étrange inquiétude), du sujet et de l’étendue là du monde, on perd tout ; ou plus exactement on perd qu’il n’est pas, nulle part, d’objet, et on perd que « ça n’a pas de sens » parce que c’est le sens. Le réel est le sens. et il n'y a pas d'objet, parce qu'il n'existe que la source-surface unilatérale qui avance vers le devant ; soit donc le Un, la source mais on verra cela.

Mais si le réel n’est pas la volonté, le désir ou le langage, il se révèle tout autrement complexe et fondamentalement autre que l’on ne croit du point de vue la raison, du moi ou du naturalisme. Le réel n’est pas le « là » bêtement posé comme objet, il est le « là » du donné ; le là en quoi existent le, les donnés ; le là qui existe antérieurement aux mondes humains, aux mois dans leur corps inerte, aux langages qui parlent (cad qui échangent toujours le même sens).

Ce que disent les grecs, les chrétiens et Descartes, c’est cela qui s’est réalisé.

Il est clair que le « là » de tout donné, on n’en connait rien, mais alors sont recevables les illuminations. Nommons illuminations toutes les approches desquelles naitront les prophéties. Illuminations qui se tiennent ou se tirent des plus hautes tours, en quelque civilisation que ce soit, mais pour nous essentiellement grecque et chrétienne et affiliés (puisque c’est là que c’est ici et maintenant, là dans le monde, immédiatement, instantanément et sans remords que l’on a voulu décidé que ça serait existant, et pas ailleurs sou autrement qu’instantanément) et prophéties qui prenant d’être saisies du là du donné et du sujet, de la pensée cohérente (la pensée pas la raison cohérente, la raison rationnelle qui est une version seconde de la pensée), sont effectivement la puissance. Et de fait la puissance, la potentialité même, réalise. Elle réalise un monde humain fondé d’une part sur le monde unique universel et d’autre part sur notre-être même, celui qui est en deçà de tous les mondes et de touts les mois.

De ce que l’articulation majeure fut tendue comme pensée, dieu et christ ou sujet cartésien, il fallait bien s’attendre à ce que l’ampleur décroche et tombe dans le monde.

Mais il est tout à fait désaliénant de vouloir réduire les anciennes ambitions à des éléments du monde ; le désir, le langage, la physiologie, et leurs prises en main technologique ou étatique ou scientiste ou psy, soit donc dans la désappropriation de soi et l’appropriation par une autre conscience ; parce que ce qui n’est pas admis au Un (accessible au seul je) sera absorbé par un autre ; et donc la désaliénation est aussi l’aliénation rendue autrement, selon une autre formule.

Il apparait alors que la récupération de ce qui mésinterprète l’ancienne ambition, est la reprise de celle-ci ; que le sujet soit, que la pensée advienne, que le Un s’impose à nouveau, et ce non pas sous la forme des objets (ou de ce que l’on a prétendu qu’ils furent des Objets) mais en tant que ce qu’ils étaient ; des Articulations. Des instanciations du réel. Soit donc les plus grandes, amples, profondes tensions. Tensions que le moi ne peut que mésinterpréter ; selon sa propre vision de la tension, des tensions immédiates, mais qui jouent cependant à plein ; parce que le moi en se cantonnant à l’immédiat et aux petites finalités, se les rend adaptables et saisissables ; on ne lui fera plus le coup de la grandeur non accessible.

Il faut malgré tout qu’il se méfie, et ne pas prendre les objets ridicules, les données du monde ou du moi, pour des réalités pleines et entières ; ce sont des fétiches agités sous son nez, et ça n’indique pas du tout la récupération de son être.

Pareillement le moi doit cesser de croire qu’il pourra se saisir de son être ; il n’y a aucun autre moyen que d’en être saisi, de le recevoir.

Que l’on ait oublié qu’il nous vient d’ailleurs et autrement, notre être, cela reviendra de toute manière à continuer de s’enfermer dans le monde, dans et selon telle ou telle partie du monde et repoussant, reniant ce qui autrefois s’est imposé comme articulation structurelle, sous prétexte que l’on continue de comprendre la pensée, le dieu et le christ, le sujet comme choses réelles mondaines illusoires… C’est que c’était autre chose qui au travers de ces figures, de ces positions se formulait ; la question n’est pas de croire ou pas en la pensée, dieu ou le sujet ; la question est que c’est cette ambition qui était efficace, qui a poussé à être.

Et que hors de ces articulations, les reniant, on aboutit à ce monde-çi, celui qui tourne en rond. Parce qu’il ne trouve plus dans sa définition de lui-même comme monde, comme donné (et non pas comme du donné), comme humanité naturaliste, comme corps langage ou comme raison ou sciences, il n’y trouve pas le moyen de subvertir cette définition ; elle repasse constamment le même sillon.

En réalité elle épuise la possibilité ouverte. L’arraisonnement du monde, le consumérisme ou le désir à tout va, la sexuation ou l’objectalité recherchée partout, l’exploitation des ressources ou l’égocentrisme psychique, la mass médiatisation ou l’obsession des images, tout cela est l’utilisation, l’abus de la possibilité ouverte. Son épuisement. L’impossibilité tout autant de maitriser la possibilité tant que l’on se tient en elle, tant que l’on ne dispose pas de la lecture qui relativiserait ce que l’on prend pour la réalité même.

Ou dans une autre perspective ; expliquer la pensée ou dieu ou le sujet par l’économie, le langage ou l’inconscient est totalement passionnant, mais ça ne marche pas ; ça n’est pas suffisant, et c’est en réalité la pensée, dieu ou le sujet qui se donnent la dite interprétation au-devant d’eux-mêmes, qui rendent possible qu’il y ait de telles compréhensions (dont il n’y a pas à dénier la valeur mais seulement à les relativiser, exigeant par ailleurs qu’il y ait une réelle et suffisante compréhension de la pensée, du dieu et du sujet).

Or la réalité même et sa définition sont fondées sur l’universel, l’humanisation ou la raison, mais aussi et surtout pour nous-mêmes dans et par cette formulation distincte qu’est le moi. Relativiser ce serait donc relativiser ce moi, sa formule, sa concrétion, son corps même, ce serait reprendre le registre du naturalisme (du libéralisme ou du communisme, de la science ou de l’objectalité du moi psychologique, du désir et des objets), de l’esprit même, de la logique qui guide le monde, en se ramenant à la définissabilité (ce qui signifie la raison), tandis que la pensée, le dieu et le sujet tiraient vers une cohérence ;(laquelle est autrement supérieure à la raison, au monde, au naturalisme et au moi, en ceci qu’elle entame une tension bien plus ancrée au plus loin sans quitter ce que par l’être, le là du donné on peut comprendre).

C’est cette tension qui s’est affaissée, en gagnant par ailleurs en concrétisation et réalisation, mais cohérence structurelle qui ne peut en aucun cas être séparée de ces concrétisations et réalisations, et que donc la pensée, le dieu et le sujet n’appartiennent plus eux-mêmes aux mondes particuliers, mais sont déjà la montée de la structure dans le donné là ; raison, naturalisme et moi sont des effets, pensée, dieu et sujet sont les causes structurelles. Si l’on ne remonte pas jusqu’aux causes on se perdra dans les effets.

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